La nouvelle mouture du controversé projet Royalmount, présentée mardi lors d’une réception près du futur site en question, n’a pas su rassurer la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui souhaitait y voir de plus importantes mesures d’atténuation de la congestion routière et une proposition de logement social.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Raphael Pirro Raphael Pirro
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Lors de la présentation, le PDG de Carbonleo, Andrew Lutfy, a levé le voile sur une version plus « verte » du gigantesque complexe qui s’élèvera à l’intersection des autoroutes 15 et 40 : une fois terminé, le bâtiment serait carboneutre, les toits, verts, et l’espace, entièrement piétonnier. De plus, le nombre d’unités d’habitation a été fixé à 4500, soit en deçà des 5000 à 7000 avancés par l’entreprise l’année dernière.

L’attachée de la mairesse, Geneviève Jutras, a rapporté à La Presse des propos tenus hier par Valérie Plante lors d’un scrum. Celle-ci « salue les améliorations apportées par le promoteur pour améliorer l’acceptabilité sociale du projet », mais insiste que « ces changements sur le site ne changent rien à la congestion du secteur qui elle demeure réelle. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Andrew Lutfy

Selon Mme Jutras, la mairesse a expliqué ne pas pouvoir « passer sous silence [son] énorme déception quant au fait que le promoteur ne semble pas avoir prévu de logements spéciaux dans son projet, et ce, en plein resserrement du marché locatif ».

En réponse à ces critiques, Claude Marcotte, vice-président de Carbonleo, a ouvert la porte à l’idée, sans s’y engager.

« Si nous obtenons les permis nécessaires pour aller de l’avant avec l’ajout d’une offre résidentielle, nous comptons offrir une vaste gamme d’options de logements pour une clientèle variée, a-t-il expliqué. Nous aurons alors l’occasion de définir en détail les paramètres de cette mixité, en respect de la réglementation en vigueur. »

ANDRE PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

La mairesse Valérie Plante

À ce sujet, Claude Marcotte a indiqué que Royalmount 2.0 serait « complémentaire à l’offre résidentielle » déjà existante et au futur quartier Namur-Hippodrome. Il estime que le projet situé sur le territoire de Mont-Royal n’aura pas à se conformer au règlement 20/20/20 visant à améliorer l’offre en matière de logement social, abordable et familial.

Pour l’instant, le promoteur projette 70 % d’unités de condo et 30 % d’unités en location. Mais aucune unité réellement abordable.

De trois scènes à une

Carbonleo prévoyait au départ un total de trois scènes : une à l’extérieur et deux salles intérieures qui devaient contenir respectivement 3250 et 1250 places.

Devant les craintes exprimées par le Partenariat du Quartier des spectacles, qui craignait d’être « cannibalisé » en voyant dans Royalmount un compétiteur féroce, le promoteur a révisé à la baisse ses ambitions pour l’offre de divertissement et a décidé d’y aller avec une seule salle multifonctionnelle de 2800 places.

Dans un communiqué, Pierre Fortin, DG du Partenariat du Quartier des spectacles, s’est dit « heureux » de voir que « Royalmount a évolué ». « Cependant, nous ne connaissons pas encore avec précision la direction artistique de cette grande salle. Sa dimension porte à croire qu’on pourrait aussi y présenter des spectacles grand public ou à grand déploiement. Ceci pourrait briser l’équilibre des salles et fragiliser la diversité des productions – spécialement québécoises – en plus de minimiser la prise de risques pour certains spectacles. »

Passerelle piétonne

Les engagements de Carbonleo sont grands en matière de mobilité durable. Le nombre de cases de stationnement commercial et résidentiel a été diminué de 40 % dans les nouveaux plans, pour un total de 8180 espaces.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE CARBONLEO

Dans les plans présentés aux médias, on prévoit aussi l’ajout de bretelles d’accès aux autoroutes 520 Ouest et 40 est. Un élargissement du chemin de la Côte-de-Liesse est prévu. De plus, une passerelle piétonne et cycliste couverte et accessible à l’année reliera la station de métro De la Savane à une place publique.

Une partie des travaux sera réalisée au coût de 25 millions, assumés par le promoteur. On indique cependant que des pourparlers sont en cours avec le ministère des Transports et d’autres acteurs, dont la Ville de Montréal, pour certaines infrastructures.

Enfin, Carbonleo a beaucoup insisté sur son plan de verdissement. À terme, il est prévu de planter 4459 arbres et de la végétation sur une superficie de 157 000 pieds carrés. Le promoteur s’engage aussi à réaliser un meilleur un bilan carbone en ajoutant la mise en service d’une navette électrique.

Douze grues

Sur le terrain du futur Royalmount 2,0, situé à la jonction des autoroutes 15 et 40, cinq grues sont déjà en activité, et l’on prévoit qu’il y a en aura bientôt douze. Carbonleo prévoit livrer la première phase du projet en 2022.

Mais avant de s’attaquer à la construction des unités résidentielles, le promoteur devra obligatoirement obtenir un permis de construction résidentielle de la part de la Ville de Mont-Royal. Comme il s’agit d’un grand projet mixte, il devra également obtenir l’aval de l’agglomération de Montréal.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE CARBONLEO

On se rappellera qu’un rapport dévastateur de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, en janvier 2019, recommandait de redéfinir complètement le projet. La mairesse de Montréal Valérie Plante déplorait le manque « d’accessibilité sociale ».

Mardi, des critiques sont aussi venues de divers regroupements citoyens, qui militent depuis longtemps contre le mégaprojet du promoteur. Dans un communiqué de presse commun, Coalition Climat Montréal, Royalmount : royalement contre et Notre 15/40 réitèrent leur appel pour un moratoire sur le projet, qu’ils jugent « anachronique » et « néfaste ».