Une passagère qui a fait escale à Montréal et qui a voyagé de l’Iran jusqu’à Vancouver le 14 février était atteinte du COVID-19. C’est par une note interne qu’Air Canada a informé samedi ses employés, sans prévenir Aéroports de Montréal, qui a appris la situation dimanche par les médias.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Selon la note interne, Air Canada a été avisée samedi que sa passagère avait reçu un résultat positif à son test de dépistage.

Pour des raisons de confidentialité, dit Air Canada dans sa note, l’état de santé actuel de la passagère ne peut être précisé.

Elle souffrait de toux sèche « avant de monter à bord, à Montréal ». « Elle a connu de légers symptômes pseudo-grippaux » et elle s’est dirigée vers un hôpital de Vancouver pour se faire traiter.

Elle a été évaluée, puis renvoyée chez elle.

Le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique ne contactera que l’équipage « desservant la section concernée de l’avion » de même que les passagers « occupant un siège sur les trois rangées situées immédiatement devant ou derrière la passagère infectée », précise la note.

Air Canada souligne qu’elle a elle-même choisi d’aviser les pilotes et l’ensemble de l’équipage, même si le protocole du Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique ne l’y obligeait pas.

Air Canada soutient que toujours selon le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique, le risque « est suffisamment faible pour que les membres d’équipage ne soient pas tenus d’être isolés ; on les invitera cependant à s’autosurveiller pendant 14 jours ».

Les membres de l’équipage ne sont pas non plus obligés d’arrêter de voler, « bien qu’ils puissent choisir d’agir de la sorte jusqu’à la fin de la période de 14 jours si cela devait leur permettre de se sentir plus à l’aise », est-il écrit.

Il n’a pas été possible d’avoir une entrevue avec quelqu’un chez Air Canada, dimanche. Les informations arrivaient au compte-gouttes par courriel, sans qu’il soit possible d’avoir un entretien téléphonique avec le service des communications.

Dans une publication sur son site internet, le syndicat des agents de bord d’Air Canada a indiqué avoir reçu de nombreuses questions de ses membres depuis samedi. Le syndicat revient sur les précautions sanitaires à prendre en vol et sur les règlements concernant le droit de refuser un quart de travail.

Christine Ackerley, responsable des communications au Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique, a précisé à La Presse avoir appris le jeudi 20 février que le résultat du test de la voyageuse s’était avéré positif.

Pourquoi son organisation considère-t-elle que le risque est faible ? Elle n’a pas répondu à nos questions, nous renvoyant aux considérations générales du site internet.

Il n’a pas été possible non plus de connaître les numéros des vols en cause.

L’Agence des services frontaliers du Canada n’a pas été en mesure de préciser si la passagère avait franchi les douanes à Montréal ou à Vancouver.

« Tous les passagers doivent être contactés »

Jointe au téléphone, la Dre Anne Gatignol, professeure en microbiologie à l’Université McGill, ne croit pas, elle, que le risque soit faible pour les passagers et les membres de l’équipage.

La passagère n’est certainement pas restée assise tout le long du vol. Elle est allée aux toilettes. Elle s’est lavé les mains. Ou pas. Elle a utilisé la poignée de porte. Son plateau a été ramassé par des membres de l’équipage. Au surplus, rappelle la Dre Gatignol, l’air dans un avion est recyclé.

À son avis, « tous les passagers devraient être contactés » et « le gouvernement devrait leur offrir une aide s’ils veulent faire une quarantaine pour éviter de contaminer les membres de leurs familles ».

« Les passagers des vols en question devraient aller faire des tests et éviter tout lieu public » pendant les jours où ils pourraient encore être contagieux.

Le Dr Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif, estime que tous les passagers qui ont été en contact avec la femme infectée devraient « définitivement être prévenus ».

« Moi, si j’avais été dans l’avion avec elle, j’aimerais en être informé », dit-il. Cela vaut pour ceux qui ont fait le vol Montréal-Vancouver, mais pas uniquement. Comme il n’y a pas de vol direct depuis Téhéran, la femme a fait une portion de son voyage à bord d’autres avions. Ces passagers devraient eux aussi être suivis.

Le Dr Weiss rappelle aussi que bon nombre des passagers qui étaient dans l’avion avec elle ont sans doute terminé leur voyage à Montréal et qu’ils se retrouvent maintenant au Québec. Vrai, dit-il par ailleurs, les passagers qui étaient assis dans les rangées directement devant ou derrière la femme ou assis à ses côtés sont plus à risque, « mais ce n’est pas une science exacte ».

Quand on éternue, les gouttelettes peuvent être projetées à plusieurs mètres de soi. Et bien sûr, la femme s’est promenée dans l’avion, est allée aux toilettes, fait-il lui aussi remarquer.

Pour ce qui est des équipages à mettre ou pas en congé forcé, le Dr Weiss relève que les pilotes, qui restent essentiellement dans le cockpit, posent moins problème. C’est une autre histoire pour les agents de bord. « Je n’aimerais pas me faire servir mon plateau-repas » au cours des prochains jours par un des employés qui a servi la passagère, a conclu le Dr Weiss.

Aéroports de Montréal informé par les médias

Marie-Claude Desgagnés, des relations publiques d’Aéroports de Montréal, a pour sa part indiqué hier après-midi qu’elle avait été mise au courant de ce cas par les médias. Air Canada n’avait pas avisé Aéroports de Montréal.

À l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, un kiosque d’information a été mis en place par l’Agence de santé publique du Canada. Autrement, a indiqué Mme Desgagnés, ce sont les douaniers, en contact avec les voyageurs à leur arrivée, qui posent les questions qui s’imposent.

Au gouvernement du Québec, on nous a renvoyé aux autorités canadiennes en santé publique. L’Agence de la santé publique du Canada n’avait toujours pas répondu à La Presse au moment d’écrire ces lignes. À la Direction régionale de santé publique de Montréal, on nous a plutôt redirigé à Québec.