Dès qu’ils ont appris que la Société de transport de Montréal (STM) allait mettre en vente quelques voitures MR-63, Frédéric et Étienne Morin-Bordeleau ont eu un flash. Ils ont imaginé un complexe dont le cœur serait les fameuses voitures qui ont transporté pendant une cinquantaine d’années des millions de personnes.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Après avoir séduit un jury de la STM avec un projet bien ficelé, les frères Morin-Bordeleau ont pu mettre la main sur huit voitures MR-63. « On a payé 2000 $ pour chacun des wagons, précise Frédéric Morin-Bordeleau. C’est la valeur du métal. Finalement, ce qui a coûté cher, c’est le transport et l’entreposage. »

Lors des saisons estivales 2018 et 2019, quelques voitures ont été intégrées dans un projet d’espace éphémère créé dans un premier temps au bord du canal de Lachine, puis dans Griffintown. Le but de ces happenings était de faire connaître le véritable projet MR-63.

Celui-ci consiste en un complexe de trois étages permanent qui englobera un centre de diffusion multivocationnel pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes ainsi qu’un resto-bar. Le mandat de ce lieu d’échanges et de rencontres est clair, net et précis : faire vibrer Griffintown. « On aime à dire qu’on va créer une ambassade de la créativité », dit Étienne Morin-Bordeleau.

  • Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

    IMAGE FOURNIE PAR LE PROJET MR-63

    Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

  • Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

    IMAGE FOURNIE PAR LE PROJET MR-63

    Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

  • Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

    IMAGE FOURNIE PAR LE PROJET MR-63

    Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nom

  • Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nomIMAGE FOURNIE PAR LE PROJET MR-63

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    Maquette du projet MR-63, conçu à partir d’anciennes voitures du métro de Montréal du même nomIMAGE FOURNIE PAR LE PROJET MR-63

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Conçu par la firme d’architectes Rayside Labossière, le lieu intègre de manière fort judicieuse les huit voitures MR-63.

Nous sommes jeunes, mais nous avons grandi avec ces wagons. Ils font partie de notre histoire. Pour nous, il est très important de perpétuer leur souvenir.

Étienne Morin-Bordeleau

Non loin d’une station du REM

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le terrain vague à l’angle des rues Ottawa et Peel, en plein cœur de Griffintown, où sera érigé le projet MR-63

Le complexe MR-63 sera érigé sur un terrain appartenant à la Ville de Montréal, à l’angle des rues Ottawa et Peel, en plein cœur de Griffintown. Un bail emphytéotique de nombreuses années sera bientôt signé entre les promoteurs du projet et la Ville.

Évalué à 10 millions de dollars, le projet bénéficie d’une aide financière de 350 000 $ de Desjardins. Des démarches auprès des gouvernements fédéral et provincial sont en cours. « Nous comptons également sur l’aide de commanditaires et sur des dons privés », dit Étienne Morin-Bordeleau. Si tout va comme prévu, MR-63 ouvrira ses portes à l’été 2022.

Les promoteurs du projet MR-63 espèrent très fort que la station du Réseau express métropolitain (REM) prévue dans Griffintown sera située à proximité de leur centre. En effet, alors qu’on a récemment dévoilé la plupart des noms des dessertes du REM, celui de la station qui doit apparaître dans ce secteur a été maintenu secret. Son emplacement n’est toujours pas connu. Mais des sources m’indiquent que la station sera effectivement érigée non loin du projet MR-63.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Frédéric et Étienne Morin-Bordeleau

On a l’audace de dire qu’elle devrait être nommée Griffintown–MR-63

Étienne Morin-Bordeleau

Un corridor de la créativité

Ce projet cadre parfaitement avec le caractère du Quartier de l’innovation créé dans le sud-ouest de Montréal. Délimitée par la rue McGill à l’est, par le boulevard René-Lévesque au nord, par l’avenue Atwater à l’ouest et par le canal de Lachine au sud, cette zone est devenue le symbole de la créativité et d’une certaine effervescence à Montréal.

MR-63 s’ajoute à ce qu’on appelle le corridor de la créativité. Imaginez un instant ! Sur un même axe, vous aurez L’Arsenal, La Poste, le New City Gas, MR-63, la Fonderie Darling et le Centre Phi.

Étienne Morin-Bordeleau

Il est vrai qu’au cours des dernières années, le sud-ouest de Montréal s’est transformé, lentement mais sûrement, en quartier le plus innovant, le plus bouillonnant de la métropole. Il est un peu devenu ce que Williamsburg représente aujourd’hui pour Brooklyn.

Le projet MR-63 va se retrouver au centre de la future place William-Dow. Cet espace est l’un des cinq parcs qui seront créés dans Griffintown au cours des prochains mois. Outre la place William-Dow, il y aura le parc Mary-Griffin (situé en face du New City Gas, entre les rues Ann et Dalhousie) et le parc des Eaux-Cachées (bordé par les rues Ottawa, du Séminaire, Saint-Thomas, William et de la Montagne). Ces deux parcs seront munis de bassins de rétention.

Critiqué ces dernières années pour l’absence d’infrastructures et le manque de vision de son développement, le quartier Griffintown sera bientôt doté d’une école. Celle-ci sera construite sur un terrain appartenant à la Ville de Montréal dans le secteur des Bassins du Havre. Des artères commerciales, rues Peel et de la Montagne, prennent forme peu à peu.

« Griffintown vit un énorme rattrapage, m’a dit Julie Bélanger, directrice de cabinet du maire de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais. Il faut agir vite, mais bien. »

Un projet écoresponsable

Au seuil de la trentaine, Étienne et Frédéric Morin-Bordeleau entendent inscrire le projet MR-63 dans une démarche qui va au-delà de l’architecture et du monde des affaires. Pour cela, ils ont défini quatre axes qui procurent une philosophie à leur projet. « Notre objectif est de créer une sorte d’ancrage, expliquent-ils. On veut que MR-63 soit le cœur du quartier, sa signature. »

Les quatre pôles du projet sont l’inclusivité territoriale, la carboneutralité, la conservation du patrimoine et le rayonnement culturel. « Ces valeurs et ces principes sont très importants pour nous, dit Étienne Morin-Bordeleau. C’est ça, l’âme du projet. »

MR-63 bénéficie de l’appui de plusieurs acteurs importants : Valérie Plante, Damien Silès, directeur général du Quartier de l’innovation, Liza Frulla, directrice générale de l’ITHQ, Marc Miller, député de Ville-Marie et ministre des Services aux Autochtones, et Benoit Dorais, maire de l’arrondissement du Sud-Ouest.

« M. Dorais adore l’idée qu’on inscrive l’histoire dans la modernité, dit Julie Bélanger. Il trouve que Frédéric et Étienne Morin-Bordeleau sont sérieux et réfléchis. Leur plan est solide. Il n’y a pas de doute. »

Après avoir été bardassés et entassés de nombreuses années dans les voitures MR-63, voilà que nous pourrons bientôt y relaxer en prenant un verre entre amis. Ou y divaguer en participant à une séance de remue-méninges avec des collègues.

Voilà la douce et belle revanche que l’on souhaite tous prendre un jour.