Alors que la police de Toronto vient d’ordonner à ses enquêteurs d’arrêter d’utiliser un logiciel de reconnaissance faciale controversé appelé Clearview AI, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) refuse de dire s’il s’en sert ou non. 

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Clearview AI offre aux forces de l’ordre américaines et canadiennes un service de reconnaissance faciale basé sur l’intelligence artificielle, qui compare des images de suspects à une banque de 3 milliards de photos d’utilisateurs cueillies sans autorisation sur Facebook, Twitter, YouTube et différents réseaux sociaux. Les trois géants du web ont demandé au cours des dernières semaines à Clearview de cesser ses pratiques, puisqu’elles violent, selon eux, le droit à la vie privée des utilisateurs. 

Après avoir d’abord démenti en faire l’utilisation, le Service de police de Toronto a reconnu, la semaine dernière, que certains de ses enquêteurs avaient commencé à utiliser Clearview en octobre 2019 pour « tester informellement cette nouvelle technologie ». Le Service de police d’Ottawa a aussi admis avoir testé Clearview l’année dernière.

La Sûreté du Québec, qui a elle-même lancé un appel d’offres pour un logiciel de reconnaissance faciale qui sera en fonction « au plus tard le 30 novembre 2020 », a quant à elle assuré ne pas avoir utilisé Clearview. L’entreprise américaine n’a pas non plus sollicité le corps policier pour qu’il acquière son logiciel, a indiqué le porte-parole Hugo Fournier. 

Le SPVM n’a quant à lui pas voulu répondre à la question. « Après vérification, nous ne pouvons pas confirmer ou infirmer que le SPVM utilise une quelconque technologie de reconnaissance faciale. Le SPVM s’assure toutefois de toujours de mener ses opérations et ses enquêtes en respectant les lois en vigueur », a déclaré un porte-parole par courriel. 

Le refus du SPVM de révéler quoi que ce soit à ce sujet est « très inquiétant et inacceptable », affirme le porte-parole de la Ligue des droits et libertés, Dominique Peschard. « Dans notre société, la police n’est pas autorisée à demander à quelqu’un de s’identifier sans motif. De tels logiciels de reconnaissance faciale leur permettent de faire indirectement ce que la loi ne leur permet pas directement. Nous sommes en droit de savoir si la police agit en conformité avec les lois et les chartes. Il doit y avoir un regard public sur l’utilisation de ces outils », affirme M. Peschard. 

Le Service de police de Toronto a demandé à la Commission d’accès à l’information et à la vie privée de l’Ontario d’enquêter sur l’utilisation du logiciel. Aux États-Unis, le procureur général de l’État du New Jersey, Gurbir S. Grewal, a aussi demandé la semaine dernière à toutes les forces policières de l’État de cesser de l’utiliser jusqu’à nouvel ordre.