La mairesse Valérie Plante affirme que l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG) « ne roule pas rond » compte tenu du refus de Sue Montgomery de congédier sa chef de cabinet relativement à un dossier de harcèlement psychologique. C’est ce qui justifie, selon elle, que la Ville a porté plainte à la Commission municipale du Québec (CMQ).

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

En marge d’une conférence de presse vendredi après-midi, Mme Plante a insisté sur la nature administrative de la décision de la Ville, écartant l’idée qu’il puisse s’agir d’un problème politique avec sa collègue qu’elle a expulsée du caucus de Projet Montréal le mois dernier. « Mme Montgomery a décidé de prendre un combat personnel et de le mettre au-devant de ses obligations d’assurer un milieu de travail sain pour l’ensemble des employés de l’arrondissement. C’est de ça dont il est question », a affirmé Valérie Plante.

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La mairesse de Montréal, Valérie Plante

Cette dernière a ajouté que « la plus grande tristesse là-dedans, c’est que l’arrondissement ne roule pas rond en ce moment à cause du climat de travail ». La mairesse de Montréal n’a toutefois pas précisé quels services à la population ou quels dossiers seraient affectés.

Des mesures pour apaiser le climat

Dans un communiqué de presse émis vendredi matin, le Contrôleur général qui a officiellement porté plainte à la CMQ au nom de la Ville, affirme pourtant avoir « pris des mesures afin d’assurer un milieu de travail sain et exempt de harcèlement psychologique dans l’arrondissement ». On comprend qu’il aurait ainsi compensé « l’inaction » de Mme Montgomery. Il demandait à cette dernière de donner suite à ses recommandations, notamment que la personne mise en cause (c’est-à-dire sa chef de cabinet, Annalisa Harris) ne soit plus en contact avec les fonctionnaires.

Or, Sue Montgomery a indiqué à La Presse par courriel qu’elle a assigné un membre de son équipe pour faire le lien avec les fonctionnaires à la place de Mme Harris. « Le Contrôleur général ne m’a jamais demandé de licencier ma directrice de cabinet, cette demande est venue de la mairesse Plante », écrit-elle en donnant l’assurance que « le bon fonctionnement de l’arrondissement […] est [son] premier intérêt ». Elle a également précisé que « l’ensemble [des] priorités continuent d’aller de l’avant ».

Quoi qu’il en soit, le Contrôleur général Alain Bond estime que Mme Montgomery a fait preuve « d’aveuglement volontaire » à la suite de son rapport d’enquête qui concluait à du harcèlement psychologique à l’endroit de deux employés de la part de Annalisa Harris. Dans son communiqué de presse, le Contrôleur général rappelle également que Mme Montgomery, comme tous les conseillers municipaux, est assujettie au code d’éthique et de déontologie des élus. Par conséquent, elle doit « favoriser le maintien d’un climat de travail harmonieux et respectueux » où il n’y a aucune forme de harcèlement.

Pour l’avocat de Mme Montgomery, Me Éric Oliver, la démarche du Contrôleur général soulève des questions. « Si la Ville est vraiment convaincue qu’il y a eu du harcèlement psychologique, pourquoi il n’y a pas de plainte au Tribunal administratif du travail ? Cela démontre que toute cette manœuvre du Contrôleur général, c’est politique. Il n’accepte pas que la mairesse Montgomery puisse avoir une opinion différente de la sienne, ce qui selon lui, est assimilable à une faute déontologique », soutient Me Oliver.

Ce dernier mentionne que la mairesse a demandé à obtenir les « faits objectifs » soutenant la conclusion du rapport du Contrôleur général visant sa chef de cabinet. « On a consenti à lui donner des exemples verbalement : Mme Harris ne sourit pas suffisamment, Mme Harris est froide, Mme Harris a fait un reproche pour des fautes de français dans un communiqué de presse. […] Ce qui est dénoncé, ce sont des éléments de droit de gérance normal. C’est normal qu’un employeur fixe des objectifs et qu’il demande un suivi de ses instructions. Il n’y a rien là-dedans qui peut être assimilé, de près ou de loin, à du harcèlement psychologique », soutient Me Oliver tout en soulignant n’avoir obtenu aucune collaboration de la part du Contrôleur général.

La Presse a tenté d’obtenir le rapport en évoquant la Loi d’accès à l’information, mais en vain. La décision a été transmise par courriel vendredi.

Enquête diligente

Selon le chef de l’opposition officielle, le conseiller municipal Lionel Perez qui siège à l’arrondissement CDN-NDG, la décision de faire appel à la Commission municipale ne règle en rien le problème. « C’est une crise politique interne de Projet Montréal qui perdure. Ce sont les citoyens de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce qui en font les frais. On n’est pas plus avancés parce que c’est le début d’un processus qui va prendre des mois », a commenté M. Perez.

Mais il semble que la CMQ entend agir avec diligence dans ce dossier. La porte-parole de l’organisme, Isabelle Rivoal, confirme que l’examen de la plainte en déontologie commencera dès la semaine prochaine. La cueillette de données a déjà débuté et des témoins pourraient être rencontrés rapidement. Aucune vérification ne sera faite concernant les allégations de harcèlement psychologique. « On ne regarde que le comportement éthique et déontologique de l’élue », indique Mme Rivoal.