La mairesse d’arrondissement Sue Montgomery, expulsée du caucus de Projet Montréal vendredi pour avoir refusé de montrer la porte à sa directrice de cabinet Annalisa Harris, persiste et signe : à ses yeux, il s’agit d’une pure « injustice ». Toute cette histoire est une « démarche pour faire taire une sonneuse d’alerte ».  

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

« C’est kafkaïen ! », a lancé la mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce en entrevue avec La Presse, dimanche.

Un rapport du contrôleur général de la Ville de Montréal a conclu que Mme Harris a eu des comportements de harcèlement psychologique envers deux employés de l’arrondissement. Mme Montgomery, qui n’a pu prendre connaissance du contenu du rapport confidentiel, a refusé d’en appliquer les conclusions, ce qui lui a valu d’être exclue du caucus de Projet Montréal.

La mairesse d’arrondissement se dit victime d’une histoire d’arroseur arrosé. Elle affirme que c’est elle-même qui a saisi le bureau du contrôleur général, en septembre 2019. Elle souhaitait alors dénoncer des problèmes de gestion et un manque de transparence dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG).

« J’avais beaucoup de doutes et je posais beaucoup de questions », affirme Mme Montgomery.

Trois mois plus tôt, Mme Montgomery avait embauché Annalisa Harris, qui a une longue feuille de route dans les cabinets politiques au fédéral. Elle avait donné le mandat à sa nouvelle directrice de cabinet de mieux structurer les relations avec la machine administrative. Elle déplorait notamment l’absence d’ordre du jour pour les rencontres statutaires, les procès-verbaux incomplets, le suivi des dossiers donné oralement et les descriptions de tâches inexistantes pour certaines catégories d’employés. « On veut de la transparence puisqu’on dépense l’argent des contribuables », dit Sue Montgomery.

Mais Mme Harris a rencontré « beaucoup de résistance », raconte cette dernière, également présente à l’entrevue avec La Presse. « On m’a dit que j’étais trop assidue dans mes suivis. J’ai toujours été directe, mais polie », soutient-elle. Sue Montgomery estime que sa collaboratrice est « franche, professionnelle et très respectueuse ».

Le rapport d’enquête conclut pourtant qu’elle a eu « des comportements graves assimilables à du harcèlement psychologique envers deux employés de l’arrondissement ».  Devant la recommandation du contrôleur de la congédier et malgré l’envoi d’émissaires politiques auprès de Mme Montgomery, celle-ci raconte avoir affirmé que si Mme Harris devait partir, elle quitterait elle aussi. Dimanche, la mairesse a réitéré son appui indéfectible à l’égard de Mme Harris puisqu’il s’agit, selon elle, d’une « injustice ».

Tolérance zéro

Dans le communiqué annonçant l’exclusion de Mme Montgomery, vendredi, la mairesse de Montréal et leader de Projet Montréal, Valérie Plante, a indiqué qu’elle a une politique de « tolérance zéro » à l’égard du harcèlement psychologique. « À une autre époque, les politiciens préféraient fermer les yeux ou cachaient sous le tapis des situations similaires afin d’éviter d’en payer le prix politique. Je ne partage pas cette façon de faire de la politique », a-t-elle indiqué.  

Si Annalisa Harris est une harceleuse, pourquoi le cabinet de Valérie Plante lui a-t-il offert un emploi au sein de Projet Montréal ?, demande Mme Montgomery. Mme Harris affirme en effet avoir reçu une telle proposition en vue de la prochaine élection générale, le jour même où elle apprenait ce qui lui était reproché.

C’était « afin de faciliter un dénouement rapide et pour assurer un retour normal des opérations en arrondissement », répond le directeur des communications de Mme Plante, Youssef Amane. « Nous lui avons proposé un travail pour quelques mois à temps partiel à la permanence du parti. Il s’agissait essentiellement de travail de recherche où elle n’aurait pas eu de lien hiérarchique avec d’autres employés ou avec des fonctionnaires et pour lequel elle avait les qualifications. Celle-ci voulait travailler au sein du cabinet à l’hôtel de ville, ce que nous avons catégoriquement refusé afin d’éviter tout contact avec la fonction publique, en toute conformité avec les recommandations du contrôleur général. »

Sue Montgomery ne cache pas sa déception, elle qui croyait que « Projet Montréal voulait vraiment faire de la politique autrement ». Ainsi, le rapport d’enquête, « c’est une démarche pour faire taire une sonneuse d’alerte », se désole-t-elle. Mme Montgomery entend réfléchir à la suite des choses et consulter pour connaître ses options. Dans l’immédiat, elle participera à l’assemblée du conseil municipal de lundi à titre d’indépendante.