Après le Joe Beef et le Manitoba, voilà qu’une troisième grande table montréalaise — le Vin Mon Lapin — vient d’être ciblée par des tenants de la cause antispéciste en moins d’un mois.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Jeudi soir, le restaurateur Marc-Olivier Frappier s’est rendu compte au moment de la fermeture que les serrures de l’estaminet avaient été enduites de colle durant le service du souper. Dans la boîte aux lettres, une note manuscrite qui reproche à l’établissement de la Petite Italie son association à un projet d’abattoir de petite échelle destinée aux producteurs artisanaux avait été laissée. Ce projet est notamment porté par la productrice de volaille Fernande Ouellet, qui est explicitement ciblée dans la note.

La missive a vraisemblablement été écrite par la même personne que celle trouvée lundi au restaurant Manitoba, dans laquelle son chef était accusé d’avoir « du sang sur les mains » en raison de sa présence au conseil d’administration du Petit abattoir. Le scénario est presque identique : la serrure avait aussi été remplie de colle.

PHOTO FOURNIE PAR LE RESTAURANT VIN MON LAPIN

La note laissée au restaurant Vin Mon Lapin.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La note laissée au restaurant Manitoba

« Je trouve cela un peu plate parce que c’est comme n’importe qui quand quelqu’un fait du vandalisme ou casse quelque chose chez vous, ça ne te tente pas trop d’échanger avec après », a souligné Marc-Olivier Frappier en entrevue avec La Presse. « La réalité, c’est qu’on a une approche super consciencieuse. On se questionne sur tout ce que l’on fait. On n’est pas parfaits, il y a plein de place à l’amélioration, mais on n’est pas la Cage aux Sports. Je ne veux pas jouer à la victime, mais de s’attaquer à nous, je trouve que c’est un peu viser les mauvaises personnes. »

Acte non revendiqué

Le Petit abattoir est un projet coopératif de petite échelle destiné aux producteurs artisanaux de volaille de la région de Granby. Il s’agirait d’une solution de rechange au modèle d’abattoir industriel. Un des avantages d’un point de vue de bien-être animal réside dans le fait que les bêtes ne seront pas transportées sur de longues distances.

Le restaurant Vin Mon Lapin, considéré comme l’une des tables de l’heure à Montréal, sert des produits de la ferme de Fernande Ouellet. Ses canards et ses oies sont élevés en pâturage. Dimanche, l’une des chefs du Vin Mon Lapin devait cuisiner lors d’un souper-bénéfice pour lever des fonds pour le projet. (Le repas a toutefois été annulé, car il n’y a pas suffisamment de billets vendus.)

« Les problèmes en agriculture au Québec, en Amérique du Nord et même partout dans le monde, écoute il y en a et il y en a vraiment beaucoup. Le Petit abattoir, c’est la solution, ce n’est pas le problème. Cela dit, quelqu’un qui est proanimal va dire que la solution, c’est de ne pas tuer les animaux. On tourne en rond », ajoute M. Frappier qui a été chef exécutif au restaurant Joe Beef durant dix ans.

Début janvier, ce haut lieu de la gastronomie montréalaise a d’ailleurs reçu la visite de manifestants véganes qui sont entrés dans le restaurant durant l’heure du souper en scandant des slogans comme « ce n’est pas de la nourriture, c’est de la violence ». Cette action avait été organisée par la branche montréalaise du groupe Direct Action Everywhere (fondé en Californie) qui a aussi mené une occupation de plusieurs heures dans une porcherie de Saint-Hyacinthe avant Noël.

Ses coups d’éclat sont généralement diffusés en direct sur le réseau social Facebook. Personne n’a toutefois revendiqué les actes aux restaurants Manitoba et Vin mon Lapin.

« La réflexion sur la consommation de viande, les véganes, le côté environnemental, les végétariens, les végétaliens, sur les pesquitariens, je l’ai eue des milliers de fois, je l’ai chaque semaine ! Je pense que la discussion est bonne. La réflexion c’est sain et l’on doit continuer à se poser des questions, mais il faut que ce soit tout le monde qui se pose des questions, pas juste l’un des deux côtés. L’affaire qu’il ne faut surtout pas faire, c’est faire du vandalisme, faire du chantage, et être arrogant. Ce n’est pas une menace le papier que l’on a écrit, mais c’est un peu de l’intimidation. Les gens vont arrêter d’écouter leur message. »

Québec veut éviter d’autres infractions

Afin de dissuader les atteintes contre les bâtiments agricoles, les restaurants ou les entreprises agroalimentaires par des tenants de la cause antispéciste, Québec a récemment mis sur pied une équipe de travail qui se penchera sur les actions prises par d’autres juridictions pour faire obstacle à ce phénomène. Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne en a fait l’annonce jeudi dans la foulée des événements survenus au restaurant Manitoba.

Le gouvernement Legault n’écarte pas l’option d’imiter l’Alberta ou l’Ontario en déposant un projet de loi pour permettre l’imposition d’amendes salées à ceux qui s’introduiraient illégalement dans des bâtiments de fermes ou des abattoirs.

C’est l’occupation d’une porcherie à Saint-Hyacinthe, début décembre, qui a motivé le gouvernement Legault de créer un comité formé de représentants des ministères de la Justice, de la Sécurité publique et de l’Agriculture.

Selon nos informations, dix personnes arrêtées pour entrée par effraction sont citées à comparaître, lundi prochain, au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Une manifestation en appui aux activistes est d’ailleurs planifiée dès 8 h.