Un grand dépotoir illégal sur des terres mohawks de Kanesatake, près d’Oka, continuerait à violer la loi malgré l’arrêt complet des activités ordonné par le ministère de l’Environnement.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Une enquête menée par Québec indique que le cran d’arrêt déclenché l’automne dernier n’est pas respecté. Des images filmées clandestinement et obtenues par La Presse montrent d’ailleurs que des semi-remorques et d’autres véhicules ont continué à circuler sur les lieux dans les dernières semaines.

L’entreprise G & R Recycling exploitait officiellement un centre de recyclage, mais au fil des dernières années, son terrain s’est transformé en montagne de détritus en provenance de chantiers de construction du Grand Montréal. Après des interventions à répétition, le ministère de l’Environnement a retiré toutes ses autorisations à l’entreprise en octobre dernier.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Le dépotoir de G&R Recyclage, à Kanesatake, en juin 2018

Mais ce geste ne semble pas suffisant.

« Le Ministère effectue un suivi serré de cette entreprise et est effectivement informé que celle-ci ne respecterait pas entièrement les exigences reliées à l’ordonnance et à la révocation », a indiqué la porte-parole Sophie Gauthier par courriel, mardi dernier. « Une opération de surveillance [a] permis de constater que G & R Recyclage inc. effectuait des activités visées par la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) alors que l’entreprise ne détient pas les autorisations nécessaires en vertu de cette loi. »

« Il s’agit d’activités constatées depuis la révocation du permis », a-t-elle ajouté.

Des activités de surveillance ont été menées par un groupe réunissant la Sûreté du Québec, le ministère de l’Environnement, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) et le ministère des Transports.

La Presse n’a pas pu joindre G & R Recycling. L’entreprise appartient aux frères Robert et Gary Gabriel, qui ont de lourds casiers judiciaires.

« On n’a pas d’officiers environnementaux »

Sur des images transmises à La Presse sous le sceau de la confidentialité et datées de la fin de novembre et du début de décembre, on voit plusieurs véhicules entrer et sortir du terrain, situé à la frontière entre les municipalités d’Oka et de Saint-Placide.

Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, n’avait pas été informé du fait que G & R Recycling continuait à violer la loi.

À ma connaissance, il ne devrait pas y en avoir [de déchargements supplémentaires], mais je n’ai pas les ressources. […] On n’a pas de corps policier, on n’a pas d’officiers environnementaux pour surveiller l’environnement.

Serge Simon, grand chef de Kanesatake

Le grand chef Simon renvoie la balle à Québec, mais l’entreprise dispose toujours d’une résolution du conseil de bande qui l’autorise à fonctionner.

« On avait plusieurs conditions, a-t-il dit. Il faut qu’on juge de l’enlever. On donne une chance à G & R de se redresser ou nous autres, on va retirer la résolution et il s’arrangera avec les autorités. »

M. Simon s’inquiète aussi de la suite du dossier : si les autorités provinciales ordonnent le nettoyage du site, il ne voudrait pas que les entreprises de transport qui ont fait des profits en remplissant le site de débris fassent encore de l’argent en les déplaçant vers un lieu adéquat. Serge Simon évoque plutôt l’incinération des déchets comme solution potentielle.