L’administration Plante termine l’année 2020 sur les coudes. En plus d’avoir à gérer une grave crise sanitaire et économique, elle fait face à une crise interne majeure.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Après le départ de Christian Arseneault, conseiller dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, voilà que Christine Gosselin, conseillère dans Rosemont–La Petite-Patrie, a claqué la porte du parti jeudi.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Christine Gosselin, qui siégera comme indépendante durant la prochaine année, a qualifié de « rétrograde et autoritaire » la gestion de l’administration Plante.

En entrevue chez Paul Arcand vendredi matin, Christine Gosselin a été cinglante à l’égard du noyau qui gravite autour de la mairesse. « Il s’est installé un contrôle basé sur les communications, a-t-elle dit. Avec le temps, il y a eu moins de place aux débats, moins de place aux échanges, moins de liberté de parole. Ça, on peut l’accepter pour un moment, car on le fait pour une cause. Mais quand ça dépasse ce qui est raisonnable, quand ça ne nous permet pas d’exprimer nos convictions, quand ça ne nous permet pas de porter nos dossiers, il y a un problème. »

Christine Gosselin prétend que cette centralisation des décisions au cabinet de la mairesse se fait avec la bénédiction de Valérie Plante. « Pour elle, son cabinet est son caucus. Les élus sont de plus en plus exclus de cela. Ça se passe peut-être comme ça dans d’autres partis, mais ça ne correspond pas à l’ADN de Projet Montréal. »

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Christine Gosselin, conseillère dans Rosemont–La Petite-Patrie

Christine Gosselin met le doigt sur le problème. En effet, Projet Montréal a été élu par des gens qui souhaitaient un renouveau, qui avaient envie qu’on ne fasse plus les choses comme avant.

Reportez-vous à 2017 et revoyez un instant les candidats, revoyez l’esprit qui se dégageait de cette équipe qui voulait déloger ceux qui étaient en place et qui étaient perçus par les militants comme de vieux mononcles.

On voulait discuter librement ! On voulait favoriser la créativité et les idées par des échanges ! On voulait révolutionner !

Or, trois ans plus tard, de plus en plus d’élus se plaignent que l’administration centrale et l’entourage de la mairesse exigent d’eux qu’ils exécutent les ordres qui viennent d’en haut.

Méchante révolution !

Ces deux départs s’ajoutent à celui de Luc Ferrandez, ex-maire du Plateau-Mont-Royal, ainsi qu’à l’exclusion du caucus de Julie-Pascale Provost, conseillère de Lachine. Son objection à la fermeture du port de plaisance de Lachine serait, selon elle, la cause de son retrait.

Au début décembre, Rosannie Filato, conseillère du district de Villeray, a quitté ses fonctions de responsable de la sécurité publique au sein du comité exécutif. Elle poursuivra son mandat de conseillère jusqu’à la fin de l’année 2021.

Il y a aussi eu l’exclusion de Sue Montgomery, mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, qui a été faite dans des circonstances pour le moins nébuleuses. Et celle de Giuliana Fumagalli, mairesse de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, pour des raisons de harcèlement.

Le robinet des départs et des exclusions est ouvert et il semble qu’on ait du mal à le fermer.

Avec tous ces changements, Projet Montréal compte maintenant 50 élus sur 103 sièges.

Je comprends parfaitement les élus de Projet Montréal d’être ulcérés par la situation. Ils ont adhéré à ce parti pour jouir d’une liberté d’expression et bénéficier d’une marge de manœuvre dans leurs actions.

Mais voilà, la tête dirigeante du parti s’est rendu compte qu’elle ne pouvait pas laisser faire des dizaines d’élus répartis dans 19 arrondissements.

Bref, cette autorité, qui aurait dû être mise en place dès le départ, a toutes les misères du monde à s’installer et fait maintenant passer Projet Montréal pour un parti… rétrograde.

Comme quoi on est toujours le rétrograde de quelqu’un.

* * *

La raison qui a incité Christine Gosselin à quitter Projet Montréal repose sur la mauvaise gestion du dossier Sue Montgomery. Celle que beaucoup percevaient comme la méchante de ce pitoyable scénario municipal a récemment eu gain de cause en Cour supérieure.

Le jugement de 38 pages du juge Bernard Synnott est très critique à l’égard des fonctionnaires et des membres de l’entourage de Valérie Plante qui ont géré cette affaire de harcèlement psychologique, de communication déficiente et de mésentente professionnelle.

Le juge donne raison à la mairesse Montgomery en affirmant que le contrôleur général a outrepassé ses pouvoirs en émettant des directives pour que la directrice de cabinet Annalisa Harris ne communique plus avec certains fonctionnaires de l’arrondissement, dont le directeur général Stéphane Plante.

Au sujet des rapports des enquêtrices qui ont conclu au harcèlement psychologique de la part d’Annalisa Harris auprès de certains fonctionnaires, le juge affirme que Sue Montgomery, qui représente « l’autorité désignée », aurait dû avoir accès aux documents.

Cela dit, Sue Montgomery n’est pas une oie blanche dans cette affaire. Le juge souligne qu’en cours de route, elle a perdu son « objectivité ».

Au sujet des nombreuses tentatives de Sue Montgomery pour suspendre son directeur d’arrondissement, il écrit : « La délivrance d’une telle injonction ne doit pas non plus servir à Montgomery à titre de faire-valoir, lui permettant de semer à tout vent des mesures disciplinaires. Elle doit saisir les messages envoyés par les membres de son conseil. Bref, elle doit faire face au vent, pas le semer. »

À l’origine de toute cette affaire se trouvent les plaintes répétées d’Annalisa Harris concernant l’indifférence de Stéphane Plante lorsqu’elle lui demandait des documents ou de l’information. L’insistance de la directrice de cabinet a été perçue comme du harcèlement psychologique par le directeur de l’arrondissement.

« Il semble toutefois que le directeur de l’arrondissement soit peu enclin à la critique. La preuve révèle qu’il se froisse rapidement, jusqu’à être déconcerté et déconcentré devant des commentaires somme toute, anodins », peut-on lire dans le jugement.

Se pourrait-il que nous soyons en face d’une situation où un fonctionnaire masculin d’expérience (Stéphane Plante occupe ce poste depuis 2008) refuse d’obtempérer aux demandes et exigences d’une jeune cadre nouvellement arrivée ? Il est permis de le croire.

Ce jugement est un sérieux camouflet pour Valérie Plante et les membres de son cabinet souvent accusés d’en mener trop large.

La question qui demeure est la suivante : pourquoi l’administration centrale n’a-t-elle pas fait preuve de davantage d’écoute et de soutien auprès de Sue Montgomery ?

Car ce qui est frappant dans cette histoire, c’est que Sue Montgomery, elle-même, est allée voir le contrôleur général pour lui faire part d’un problème de gestion dans son arrondissement.

Or, elle est devenue le problème.

Difficile dans un tel contexte de faire confiance à l’avenir aux fonctionnaires censés épauler les élus dans leur travail. Surtout que ce travail est pour le bien-être des citoyens.