Le Réseau express métropolitain (REM) offrira un train toutes les deux minutes, en période de pointe, aux Montréalais qui voyagent entre le centre-ville et les quartiers du nord et de l’est de l’île.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) présentait mardi le projet de deuxième phase de son métro électrique léger, évalué à dix milliards. Le « REM de l’Est » reliera Montréal-Nord et Pointe-aux-Trembles, en passant par Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont, Saint-Léonard et plusieurs quartiers de l’est de Montréal. Les voyageurs monteront à bord de rames composées de deux voitures. Il comptera 23 stations.

« C'est une grande journée pour l'est de Montréal. On parle du plus gros investissement en transport collectif dans l'histoire du Québec. Moi, j'y crois depuis longtemps », a dit le premier ministre du Québec François Legault en conférence de presse.

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François Legault

Selon les plans actuels, ce réseau serait desservi par une rame à toutes les deux minutes en période de pointe, avec une rame à toutes les quatre minutes pour chacune des branches. La Caisse promet des temps de déplacement réduits de façon significative pour les résidants des quartiers desservis. Ainsi, un trajet :

• de Pointe-aux-Trembles au centre-ville prendra 25 minutes ;

• du Cégep Marie-Victorin au centre-ville prendra 30 minutes ;

• du parc Maisonneuve au centre-ville prendra 10 minutes.

IMAGE FOURNIE PAR CDPQ INFRA

Une modélisation d’une future station en bordure de la rue Notre-Dame

On espère attirer 133 000 passagers par jour. Le REM de l'Est doit accompagner un redéveloppement économique de secteurs industriels désaffectés. « Ce qu'on va viser, c'est une Silicon Valley du Nord, avec quatre saisons, dans l'est de Montréal », a dit M. Legault

Pour que ce projet-là soit viable, ça prend un projet de transport en commun digne du XXIe siècle. Un projet fort, un projet solide.

François Legault, premier ministre du Québec

Tracé aérien

Une grande partie du tracé du REM de l’Est sera aérien, surtout sur sa branche vers Pointe-aux-Trembles. La CDPQ promet de travailler à intégrer ses structures dans le paysage urbain. Sept kilomètres de la branche se dirigeant vers Montréal-Nord seront souterrains. Une soixantaine d’expropriations sont prévues.

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Valérie Plante

La mairesse Valérie Plante s'est réjouie de l'annonce, tout en reconnaissant un risque pour l'allure du centre-ville. Les équipes de la Caisse «nous ont prouvé que la formule aérienne était la formule à privilégier et moi, je le respecte», a-t-elle dit. «Cela dit, il faut s'entendre sur quelque chose : pas question de construire une autoroute métropolitaine en plein centre-ville. On doit en faire un ouvrage d'art, il faut que ça ait une signature, il faut que ça se démarque. C'est comme ça que dans d'autres grandes villes, ils ont réussi le pari.»

Québec et Montréal espèrent que le projet puisse contribuer à revitaliser l’est de Montréal en y attirant des entreprises et des projets domiciliaires. « Le nouveau réseau traversera 27 millions de pieds carrés de terrains vacants aux abords du fleuve Saint-Laurent, que ce soit dans le secteur de la Pointe-de-l’Île ou du secteur Assomption Sud-Longue-Pointe », indique CDPQ Infra, la filiale de la Caisse responsable du projet. « Le REM de l’Est servira ainsi de levier dans l’effort de décontamination des friches industrielles. »

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Charles Émond

« Le REM de l'Est viendra desservir des territoires qui en ont besoin », a dit Charles Émond, le grand patron de la CDPQ, en vantant « le plus important projet de transport collectif du Québec [avec] 60 000 emplois créés pendant sa phase de construction ».

Il a ajouté que le projet offrira «le niveau de rendement attendu par nos déposants». Le montage financier n'a toutefois pas été annoncé.

La Caisse travaille sur ce projet depuis mai 2019. Elle espère pouvoir commencer la construction en 2023 pour une mise en service en 2029. Il s’agirait d’un réseau complètement séparé du REM de l’Ouest, annoncé en 2016 et en construction depuis 2018.

Des enjeux d’intégration à prévoir

Chez Trajectoire Québec, le président François Pepin a accueilli la nouvelle avec enthousiasme, mardi avant-midi. « Ça va améliorer les temps de déplacements qui ont toujours été problématiques dans l’est. C’est une bonne nouvelle, autant au niveau économique que social », a-t-il dit.

L’organisme, qui avoue que le défi est grand en matière d’intégration urbaine, demande à la Caisse une vraie consultation publique « ouverte et transparente » pour cerner les besoins. « Dans l’ouest, ça avait plus été un processus d’informations. Là, on s’attend à un processus de consultation réel », martèle M. Pepin, qui invite les autorités à publier des études d’impact sur les autres lignes du métro.

Voilà une très belle opportunité de revoir l’ensemble du réseau dans ce secteur, surtout vers les parcs industriels. Il s’agit de voir comment ça peut aider la ligne verte et la ligne bleue.

François Pepin, ex-directeur d’études de la Société de transport de Montréal (STM)

Dans le milieu du logement, plusieurs organismes communautaires s’inquiètent des impacts qu’aura l’arrivée du REM dans l’Est. « On craint des expropriations, c’est certain, mais aussi, la spéculation est déjà commencée autour du futur parcours. Quand un trafic pareil est anticipé, les conséquences se font sentir avant même le début des travaux », rappelle Véronique Laflamme, au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Son groupe appelle l’administration Plante à être proactive, en adoptant des règlements « stricts » pour contrer les évictions.

Il faut prendre des mesures fortes pour protéger les locataires. La Ville doit rapidement réserver des terrains autour du tracé pour du logement social. Sinon, le coût du loyer augmentera sans cesse.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU

Expert en planification des transports à l’Université de Montréal, Pierre Barrieau seconde. « Il y a des inquiétudes à avoir. Montréal doit mettre en place un zonage qui interdit ou qui limite grandement le redéveloppement de bâtiments déjà occupés. Sinon, on peut s’attendre à une augmentation du loyer. Les prix sont bas dans ce secteur parce que le transport est mauvais », explique le spécialiste, qui a été consulté par le gouvernement dans ce projet.

M. Barrieau affirme que si elle est bien planifiée, l’arrivée du REM aura plusieurs impacts positifs. « Une fois qu’on traverse Notre-Dame pour se rendre au centre-ville via René-Lévesque, il y a un travail important à faire. Il faut s’assurer que ce ne soit pas un mini-métropolitain, que ça ne devienne pas une plaie urbaine, mais plutôt un symbole d’attraction comme la High Line à New York », illustre-t-il.