Les luttes intestines continuent de gangréner l’hôtel de ville de Saint-Jean-sur-Richelieu : la municipalité vient de lancer une poursuite de plus de 500 000 $ contre des partisans de son propre maire en leur reprochant des interventions publiques qualifiées d’intimidantes et de harcelantes.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les conseillers municipaux qui contrôlent l’administration de la ville — et qui sont à couteaux tirés avec le maire Alain Laplante — ont mandaté une firme d’avocats pour lancer ces procédures.

La poursuite, envoyée la semaine dernière à neuf citoyens politiquement actifs, leur reproche de monopoliser la période de questions du public au conseil municipal, d’insulter des élus et des fonctionnaires sur Facebook et de noyer l’administration municipale sous les demandes de renseignement.

En plus de dommages en argent importants, la Ville réclame aussi une injonction permanente pour empêcher ces citoyens de communiquer avec plusieurs de leurs cibles et de continuer à les critiquer.

« Les gestes et propos des défendeurs sont répétitifs et visent notamment à humilier, blesser, menacer, intimider et miner la crédibilité des victimes, soit les employés de la Ville ainsi que les élus », déplorent les avocats de la Ville dans leur requête.

La poursuite leur reproche notamment des propos disgracieux écrits sur Facebook, dans lesquels l’apparence physique et les capacités intellectuelles d’élus et de fonctionnaires ont fait l’objet d’injures. La probité des individus visés est constamment remise en doute.

« Malgré les démarches soutenues et les meilleurs efforts de la Ville afin de protéger ses employés ainsi que ses élus et d’enrayer l’intimidation et le harcèlement proférés par les défendeurs depuis les élections de 2017, le comportement des défendeurs est tout simplement hors de contrôle. »

Conséquences majeures

La Presse a pu parler à trois des neuf citoyens poursuivis. Tous ont refusé de s’exprimer étant donné la judiciarisation du dossier. « Je n’ai jamais vécu ça, a affirmé Yves Riopel. Je t’avoue que ça me stresse, quoique je n’ai rien à me reprocher. J’aimerais t’en dire plus, mais comme je ne connais pas ça, j’ai peur de me nuire. » « C’est devant les tribunaux, a dit Luc Lippé. Il faut se garder une réserve. » Stéphane Bellemare n’a pas non plus voulu réagir.

La poursuite assure que leurs actions ont eu un impact majeur sur la sérénité de leurs cibles. Une conseillère municipale, Claire Charbonneau, circule avec « un bâton de golf dans sa voiture en tout temps pour se protéger contre une éventuelle agression ». D’autres sont en arrêt de travail.

La poursuite laisse entendre que leur comportement s’inscrit dans une lutte menée par le maire Laplante pour obtenir une majorité au scrutin municipal de novembre 2021.

Ce dernier a été suspendu de ses fonctions pendant trois mois, cette année, par la Commission municipale du Québec.

L’organisation, qui sert de chien de garde en matière de déontologie chez les élus municipaux, lui reprochait son comportement dans un autre conflit avec la majorité du conseil municipal, concernant l’embauche puis le renvoi d’un chef de cabinet.

Lundi, la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu a diffusé un communiqué dans lequel elle se félicite d’avoir « agi contre le harcèlement et l’intimidation » avec cette poursuite. « Les citoyens visés ont, selon la poursuite, franchi de manière continue les limites des critiques jugées acceptables envers les gens exerçant une fonction publique, dans le respect des droits fondamentaux », a-t-elle expliqué, ajoutant avoir agi sur la recommandation du cabinet d’avocats qui la représente.

Le maire Alain Laplante, de son côté, a déposé une requête devant la justice afin de pouvoir intervenir dans la poursuite de sa propre administration municipale.