Les élus de Saint-Lambert se prononceront lundi soir, lors d’une séance du conseil municipal, sur la signature d’une nouvelle entente avec la Ville de Montréal concernant la production de décibels dans le parc Jean-Drapeau, a appris La Presse.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Selon nos informations, une restriction devrait être imposée sur le nombre d’évènements majeurs, spectacles et festivals pouvant se tenir au parc Jean-Drapeau, surtout pendant la haute saison estivale. La tenue du Grand Prix du Canada serait toutefois exclue de cette règle, vu ses importantes retombées économiques.

D’une durée de quatre ans, l’entente s’échelonnerait jusqu’en 2024, en dépit du fait que des élections municipales doivent se tenir l’an prochain. Plusieurs promoteurs, dont evenko, qui organise des évènements dans ce secteur, seraient au cœur des discussions. Un partage des données sera aussi effectué entre l’ensemble des sonomètres déjà en place, afin d’assurer une meilleure supervision des différentes sources de bruit.

Tous les conseillers ont reçu l’ordre de ne pas discuter publiquement de cette entente jusqu’à l’issue du vote.

« Je ne peux pas dire que j’aime qu’on travaille comme ça, dans l’opacité », a indiqué le conseiller municipal du district 3, Bernard Rodrigue, sans vouloir dévoiler la nature de l’entente. Il affirme néanmoins que les habitants « auraient dû être invités » à se prononcer davantage sur les tenants et aboutissants de l’entente. « Je serais pour le fait qu’on mette sur pied un système de données ouvertes, par exemple », a illustré M. Rodrigue.

Joint au téléphone, le maire de Saint-Lambert, Pierre Brodeur, n’a pas voulu s’avancer davantage. « La confidentialité a été demandée aux élus, donc je vais donner l’exemple et rester extrêmement prudent, a-t-il dit. On va d’abord attendre que le conseil entérine la résolution. »

Le point 7.2 de l’ordre du jour du conseil municipal devant se tenir lundi, disponible sur le site de la Ville de Saint-Lambert, concerne l’« approbation et autorisation » d’une entente « avec la Ville de Montréal et al. ». Au moment de publier, nous n’avions pas reçu de réponses à nos questions de la part du service des communications de Saint-Lambert.

« Ça prend un cadre »

Habitant de Saint-Lambert, Claude Ferguson voit d’un bon œil l’arrivée d’une nouvelle entente, à condition que celle-ci jette les bases d’une supervision plus claire. « Ça prend un cadre pour que Montréal et le parc Jean-Drapeau mettent des limites de bruit et d’heures pour respecter les populations avoisinantes », dit l’actuaire de profession, qui dénonce lui aussi le « manque de transparence » de la Ville.

Quand on fait du heavy métal un mardi soir alors que les gens vont travailler le lendemain, c’est inacceptable. Ça prend des balises claires.

Claude Ferguson, habitant de Saint-Lambert

Or, le résidant estime qu’une entente de quatre ans, en contexte électoral, est problématique. « Je trouve ça un peu odieux d’engager les droits de la population pour plusieurs années alors qu’on ne sait même pas si l’administration en place sera encore là dans 12 mois », soulève-t-il.

Une solution par les infrastructures ?

Selon Danielle Pilette, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialiste de la gestion municipale et métropolitaine, une entente ne réglera pas le problème du bruit à Saint-Lambert si elle ne contient pas un volet « infrastructures ».

Ce problème ne viendra jamais à sa fin tant qu’on ne réussira pas à internaliser le bruit. Il faudra éventuellement installer des murs antibruit ou des barrières de végétation, un peu comme on en voit le long de certaines autoroutes.

Danielle Pilette, spécialiste de l’UQAM, selon qui un compromis est possible sans « enlaidir » le parc Jean-Drapeau

En fin de compte, sans la présence de réelles installations physiques et surtout permanentes, il y aura toujours des dérogations au règlement, puisque celui-ci restera difficile à faire appliquer, selon la spécialiste. « En gros, la Ville peut toujours envoyer la police, mais si celle-ci constate les infractions à retardement, on n’est pas plus avancé. Il va falloir agir à un moment donné et investir dans du matériel », conclut Mme Pilette.

L’an dernier, une entente avait été conclue entre Montréal et Saint-Lambert pour limiter le bruit émanant des évènements. À l’exception de certains évènements autorisés sans limitation, le niveau de pression maximal autorisé était alors de 75 décibels tels que perçus par l’oreille humaine (dBA). Pour les évènements dont les contrats avaient déjà été signés, le plafond s’établissait à 80 dBA. Malgré ces règles et de nouvelles pratiques mises en place, de nombreux citoyens avaient déploré le fait que le bruit était encore très présent.