La COVID-19 fait mal aux finances de la Ville de Montréal, qui a présenté jeudi un budget 2021 équilibré grâce à l’aide de Québec et d’Ottawa, ainsi qu’à une minime hausse des taxes contrôlées par les arrondissements.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

La pandémie et ses effets ont creusé un trou de 178,5 millions dans les finances de la métropole, alors que ses dépenses totales ont été maintenues à peu près au même niveau que 2020, soit 6,17 milliards. La sécurité publique et le remboursement de la dette constituent les principaux postes de dépenses de la Ville, représentant à eux deux un tiers de ses dépenses.

« Ce budget, il est connecté à la réalité d’aujourd’hui, alors que nous sommes plongés dans une deuxième vague qui n’épargne personne et que nous devons également relancer notre économie », a affirmé Valérie Plante, en conférence de presse, après le dévoilement des documents budgétaires. Le budget inclut des investissements supplémentaires de 50 millions pour la vitalité commerciale de la métropole, une réduction du coût du transport en commun pour les aînés et les enfants, ainsi qu’une injection de fonds pour lutter contre l’itinérance.

« Je suis très fière de ce budget, comme je suis très fière de la remarquable résilience dont les Montréalaises et les Montréalais font preuve depuis le début de cette crise », a dit la mairesse Plante.

Malgré des revenus en baisse et des dépenses en hausse, l’administration de la mairesse Valérie Plante a décidé d’un gel des taxes contrôlées par la ville-centre. De légères augmentations des taxes d’arrondissement signifient que les comptes de taxes augmenteront en moyenne de 0,2 % pour les propriétaires de résidences. Les immeubles commerciaux voient quant à eux leurs taxes être bel et bien gelées.

En prenant ces décisions, plutôt qu’en augmentant les taxes au même niveau que l’inflation, la Ville se prive de revenus potentiels de 56 millions.

Compenser les pertes

Montréal a reçu 263,5 millions en aide gouvernementale en septembre dernier, pour l’aider à faire face aux dépenses extraordinaires liées à la pandémie de COVID-19. De cette somme, 85 millions ont servi à éponger les coûts des mesures d’urgence implantées en 2020.

Les 178,5 millions restants servent à équilibrer le budget 2021.

Dans son budget 2021, la Ville de Montréal prévoit utiliser ces montants de la façon suivante :

•22 millions pour pallier la baisse des revenus de stationnement et des contraventions ;

•2.5 millions pour compenser la diminution des transferts provenant de la TVQ ;

•45,7 millions pour financer le plan de relance économique ;

•108,3 millions pour maintenir les services locaux malgré une diminution des revenus.

La Ville compte ajouter l’équivalent de 67 employés à temps plein à sa main-d’œuvre, pour dépasser la barre des 22 600 employés (en équivalent temps plein). Au total, la Ville dépensera 2,5 milliards en rémunération en 2021, soit 6 % de plus que cette année. « Cette hausse s’explique en grande partie par une augmentation des charges de retraite », explique la Ville, dans les documents budgétaires, précisant toutefois que la proportion de ses dépenses allouées à la main-d’œuvre est en baisse constante depuis 2015.

Les militants qui tentent de convaincre les élus municipaux de diminuer le financement de la police ne trouveront pas satisfaction dans ce budget : le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) coûtera environ 2 % plus cher l’an prochain.

Une vingtaine d’entre eux ont d’ailleurs manifesté jeudi matin au Marché Bonsecours, dans le Vieux-Montréal, où se tenait la présentation du budget, retardant la conférence de presse de la mairesse.

Légère hausse de la facture de taxes

Les Montréalais devront débourser en moyenne un peu plus que l’année dernière pour leurs services municipaux : la ville-centre a décidé de geler sa portion de la facture, mais les arrondissements ont modifié la leur, pour une hausse moyenne de la taxe de service d’arrondissement de 2,2 %.

Cette augmentation varie grandement en fonction de l’arrondissement. Elle est particulièrement salée à Pierrefonds-Roxboro (+8 %), à l’Île-Bizard – Sainte-Geneviève (+5.2 %), ainsi que dans Mercier – Hochelaga-Maisonneuve et le Sud-Ouest (+5 % chacun). Au contraire, les citoyens d’Anjou profiteront d’une baisse de la taxe de service d’arrondissement (-5,6 %), alors que ceux de Verdun jouiront d’un gel de celle-ci (+0 %).

Comme la taxe d’arrondissement ne représente qu’une petite partie du compte de taxes des Montréalais, ces variations feront augmenter de 0,2 %, en moyenne, le montant de la facture fiscale. La Ville de Montréal calcule que la « résidence moyenne » coûtera ainsi 4168 $ en taxes à son propriétaire en 2021, contre 4161 $ en 2020.

Par ailleurs, la Ville poursuit ses mesures d’allègement des taxes pour les petits immeubles non résidentiels, qui diminuent en moyenne de 5 % en 2021. Depuis 2019, des taux différenciés ont été mis en place.

« Cette mesure permet d’alléger le fardeau fiscal pour les propriétaires d’immeubles non résidentiels de plus petite taille, notamment pour les commerces de proximité », peut-on lire dans les documents budgétaires. « Grâce aux actions menées depuis 3 ans par la Ville, deux tiers des propriétaires d’immeubles non résidentiels vont bénéficier d’un allégement de 16 % de leurs charges fiscales totales. »

De plus, « la Ville de Montréal a décidé de reporter d’un an la mise en place de la tarification volumétrique [de l’eau] pour les immeubles non résidentiels ».