Alors que l’hiver approche et que des dizaines de personnes se trouvent toujours au campement Notre-Dame, dans Hochelaga-Maisonneuve, la mairesse Valérie Plante veut prévenir les situations dangereuses. Elle a appelé jeudi les campeurs au dialogue, alors que Québec annonçait l’ajout de nouvelles places dans les refuges de la métropole.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Je ne veux pas vous dire que demain matin, on va les forcer à rentrer dans un refuge, mais il ne faut pas que ce soit dangereux », a indiqué la cheffe de Projet Montréal lors d’une conférence de presse, jeudi.

Son administration est catégorique : elle agira rapidement si la situation le demande. « On va d’abord accompagner ceux et celles qui ont envie [de quitter le campement] et on verra ensuite en fonction de la température. Si la santé des gens est en jeu, on ne va pas hésiter », a ajouté Mme Plante.

Respecter les personnes, ce n’est pas les laisser dormir au froid. […] Mais on ne va pas y aller avec la force. L’idée n’est pas de rendre les gens encore plus vulnérables.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

À ses côtés, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé l’ajout de 700 places dans des refuges à Montréal, pour un total de 1650. Cinq millions de dollars seront investis par Québec dans ce plan « sans précédent » de concert avec Ottawa. Il sera en vigueur entre le 1er novembre et le 31 mars. « On parle d’un ajout notoire de lits », s’est réjouie la mairesse.

Progressivement, Québec entend « travailler vers des solutions de logement » permanentes ; 26 baux ont déjà été signés dans le cadre du programme de supplément au loyer. « On a des travailleurs de rue et des infirmières qui circulent. Si nécessaire, on amène les gens dans un centre hospitalier, où ils sont redirigés. Il ne faut pas que les gens mettent leur vie en danger », a martelé M. Carmant. La ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, a reconnu que « l’itinérance a gagné du terrain » depuis l’arrivée de la pandémie.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Des organismes satisfaits, mais inquiets

Comme l’expliquait La Presse mardi, l’hôtel Place Dupuis sera converti en refuge de nuit de 380 places, au centre-ville. Le matin venu, des navettes de la Société de transport de Montréal seront offertes pour conduire les usagers vers d’autres ressources.

Cette « grande unité de débordement » sera destinée aux hommes et aux femmes, ainsi qu’aux couples, aux personnes transgenres et aux personnes à mobilité réduite. Un étage sera non mixte, et un « service de transport spécifique » sera offert pour les femmes. Sam Watts, président de l’organisme Mission Bon Accueil, qui pilotera le projet, appelle les autorités à entamer une profonde réflexion sur le milieu de l’itinérance.

Des mesures temporaires restent temporaires. On devrait peut-être profiter de la crise pour repenser la façon dont on fait les choses. Les personnes itinérantes veulent un logement, pas un refuge ou un matelas sur un plancher.

Sam Watts, de la Mission Bon Accueil

Organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Mariana Racine Méndez est du même avis. « C’est historique de voir autant d’annonces pour l’extérieur du centre-ville, et c’est une bonne nouvelle. Mais on rebâtit des projets chaque année, comme si on ne savait pas que l’hiver revenait. Il faut poursuivre vers des ressources à long terme. La Ville peut s’asseoir avec les campeurs de Notre-Dame, leur dire qu’elle a un plan, évaluer leurs besoins », plaide-t-elle.

Haltes-chaleur et centre de jour

Neuf « haltes-chaleur » seront réparties dans divers quartiers de Montréal : Plateau-Mont-Royal, Hochelaga-Maisonneuve, Villeray, Ahuntsic, Montréal-Nord, Côte-des-Neiges, Verdun et Lachine. Elles compteront environ 270 places au total. « On regarde aussi la possibilité d’ouvrir des places supplémentaires pour les clientèles COVID », a précisé la PDG du CIUSSS Centre-Sud-de-l’Îles-de-Montréal, Sonia Bélanger.

Un centre de jour ouvrira aussi ses portes au Grand Quai du port de Montréal. Il pourra offrir nourriture et assistance à près de 300 personnes quotidiennement.

Le porte-parole de l’opposition en matière d’itinérance à l’hôtel de ville, Benoît Langevin, salue ces « excellentes initiatives », mais conserve plusieurs inquiétudes. « Je me demande si ça sera suffisant. Ça fait deux semaines que les ressources sont pleines. Quand on ouvre et referme des ressources constamment, on fonde aussi une perte de confiance », dit l’élu.

Il déplore l’« absence » de plans pour les autochtones, notamment au square Cabot, où la situation est « critique ». Québec affirme que des annonces suivront prochainement à ce sujet.