Pour donner « un peu de répit » à la population, Montréal reporte à l’an prochain 20 des 64 chantiers majeurs sur lesquels elle a juridiction. La Ville, qui prévoit que leur suspension permettra de réduire les entraves de 41%, entend du même coup laisser certains axes majeurs libres de travaux pour assurer la fluidité de la circulation.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

C’est la mairesse Valérie Plante elle-même qui avait demandé en septembre « d’ajuster le calendrier des chantiers », devant une exaspération croissante des Montréalais face aux nombreux travaux en cours. « On est passés à travers chacun des projets pour voir quels sont les impacts », a souligné le directeur du Service des infrastructures, Claude Carette, lors d'une présentation mercredi matin.

Dans Griffintown, les travaux sur les rues Ottawa, William, Guy et Young – essentiellement des chantiers d’entretien d’égouts et d’enfouissement de fils électriques – seront reportés à 2021. Au centre-ville, la Ville repoussera également un chantier de réhabilitation d’aqueduc secondaire sur le boulevard Saint-Laurent.

Une série de travaux d’entretien aux abords du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) seront aussi reportés entre les axes Hôtel-de-Ville et Saint-Denis. Puis, dans le secteur Jean-Talon, des chantiers d’aqueduc seront temporairement mis sur pause. « Ça nous permettra de libérer certaines rues comme Bélanger », fait valoir M. Carette. Les travaux du Service rapide par bus (SRB) Pie-IX et du prolongement de la ligne bleue, eux, continueront d’aller de l’avant.

Selon les estimations de la Ville, les impacts des travaux seront ainsi « grandement diminués » sur sept axes principaux, que sont Saint-Laurent, Frontenac, Guy, Saint-Joseph, Van Horne, Ottawa et William. Montréal précise qu’elle n’autorisera aucun chantier majeur ou « mineur de longue durée » sur les axes de mobilité comme Papineau, René-Lévesque, Du Parc ou encore Saint-Denis.

Toutefois, les chantiers municipaux représentent seulement 25 % des travaux dans la métropole. La décision de la Ville ne touche pas les travaux du ministère des Transports du Québec (MTQ), d’Hydro-Québec ou encore de la Société de transport de Montréal (STM), ni des autres promoteurs privés ou organismes publics.

Valérie Plante se dit satisfaite

La mairesse Valérie Plante a dit être « satisfaite » par ces modifications mercredi. Elle affirme que l’idée n’est pas de « cesser les travaux, ce qui serait irresponsable », mais plutôt de trouver des façons de « mieux naviguer » à travers le large éventail de chantiers. « Il y avait un consensus social pour notre grand plan d’investissements majeurs dans les infrastructures. Ça a été décidé en 2014, et ça devait durer 10 ans. Mais personne n’avait prédit la pandémie », a rappelé la mairesse.

Bien que nos rues soient peu occupées, [...] il n’en demeure pas moins que les gens sont fatigués. Nos vies ont été chamboulées à différents niveaux, et on le comprend. Je pense que c’était nécessaire.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Signe que la Ville veut renforcer ses rangs en matière de surveillance des travaux, le conseiller de Marie-Victorin, Jocelyn Pauzé, a été nommé mercredi conseiller associé à la gestion des chantiers au comité exécutif. Il appuiera le responsable des infrastructures, Sylvain Ouellet, dans ses fonctions. « C’est sûr qu’il va rester des chantiers importants à Montréal, en raison du rattrapage qu’on doit faire. Mais je compte m’assurer que ceux qui restent nuisent le moins possible à la population », a assuré le principal intéressé.

Un geste électoraliste?

Le chef de l’opposition officielle Lionel Perez, lui, déplore que cette annonce survienne dans un cadre purement « partisan et électoraliste », alors que des sondages démontrent que l’électorat de Valérie Plante se fragilise à l’approche des élections en 2021.

Il ne faut pas se leurrer. La mairesse est en année pré-électorale. Elle veut donc essayer de sauver les meubles. Mais il est trop tard. Elle a eu le temps de montrer sa capacité à gérer les chantiers. C’est un aveu d’échec.

Lionel Perez, chef d'Ensemble Montréal

Son parti s’inquiète par ailleurs que l’annulation du tiers des chantiers cause des conséquences financières importantes. « On repousse les problèmes à plus tard, ce qui va engendrer des coûts supplémentaires. Ça prendrait surtout une meilleure exécution et plus d’inspecteurs sur le terrain », ajoute M. Perez.