Des intervenants qui luttent contre l’exploitation sexuelle de mineurs observent une hausse de demandes d’aide provenant de jeunes victimes depuis le confinement du printemps dernier.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

« On s’attendait à un ralentissement des demandes d’aide avec la COVID. Sauf qu’à l’exception du mois de mars où on a eu une baisse de demandes alors que tout le monde était confiné, on a ensuite vu une tendance à la hausse qui s’est maintenue au fil des mois », explique Nathalie Gélinas, coordonnatrice du projet Sphères.

Le projet Sphères offre un accompagnement hautement personnalisé à des jeunes de 12 à 24 ans se considérant en situation d’exploitation sexuelle sur le territoire du Grand Montréal.

Et depuis le début du mois d’octobre, les demandes montent en flèche, note Mme Gélinas, comme si la pandémie exacerbait les situations problématiques vécues par ces jeunes.

« C’est préoccupant », insiste cette intervenante spécialisée dans la lutte à l’exploitation sexuelle des mineurs.

À ce jour, 70 jeunes volontaires ont bénéficié d’un suivi confidentiel et à intensité variable, centré sur leurs besoins et leurs aspirations, pour se sortir d’une situation d’exploitation sexuelle.

Depuis le début de la pandémie, une vingtaine de jeunes ont demandé du soutien au projet Sphères, ce qui représente une augmentation comparativement à pareille date en 2019.

Les premiers résultats de la recherche associés au projet Sphères, issus des entretiens menés avec les participants, montrent que le projet répond à de grands besoins, selon Mme Gélinas. Aux chercheurs, une participante au projet a indiqué : « Avant pour moi, il y avait juste la prostitution, l’escorte. Puis maintenant, je sais qu’il y a plein de belles activités que je peux faire ».

Toujours selon cette recherche, les jeunes rapportent des changements bénéfiques sur leur façon d’évaluer les risques, leur capacité à mettre leurs limites et développer leur confiance envers les professionnels qu’ils côtoient grâce à Sphères. Le projet regroupe le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal qui coordonne le projet, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, En Marge 12-17, L’Anonyme, le SPVM via le programme Les survivantes, et la Fondation Marie-Vincent.

Les jeunes cités dans la recherche attribuent les bienfaits du projet à son approche unique, concertée et surtout positive. « C’est comme tu travailles tout ce qui a autour de la prostitution pis la prostitution. Parce que le problème, c’est pas la prostitution, c’est ce qui a autour », explique une autre participante du projet Sphères.