Des résidants du Vieux-Montréal s’inquiètent de plus en plus pour leur sécurité. Alors que le quartier s’est vidé de ses touristes étrangers, la criminalité semble y avoir gagné du terrain, au point où le SPVM a cru nécessaire d’augmenter la présence policière.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Le syndicat de copropriété de l’immeuble Le 10 St-Jacques a déposé une lettre à la Ville de Montréal mardi concernant la « montée de la violence » dans le quartier. La missive énumère plusieurs incidents, dont un meurtre, des tentatives de meurtre et de violentes attaques qui ont eu lieu dans les derniers mois, dont un a eu lieu près de leur édifice, le 23 août.

« Il y avait une mégabataille, on dirait qu’ils étaient une trentaine, raconte le résidant d’un des condos, qui a demandé l’anonymat parce qu’il souhaite vendre sa propriété. J’ai entendu des coups de feu et je me suis caché tellement j’avais peur qu’une balle passe par une fenêtre. J’ai tout de suite appelé le 911 ! »

« Je n’ai jamais eu peur dans le quartier. Maintenant, je ne veux même pas sortir le soir. Si j’ai oublié de changer ma voiture de bord, je préfère attendre le matin pour le faire, au risque d’avoir une contravention », affirme le résidant de cet immeuble de la rue Saint-Jacques.

Les copropriétaires de l’immeuble « craignent maintenant pour leur propre sécurité. La situation est préoccupante et nous ne pouvons rester les bras croisés », lit-on dans la missive. On demande ainsi à la Ville « une surveillance accrue du service de police » et des mesures « pour prévenir ce type d’incidents ».

Présence policière accrue

La porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Véronique Comtois, précise qu’elle n’a pas de statistiques pour confirmer ou contester la recrudescence de la criminalité dans l’arrondissement de Ville-Marie. Mais elle ajoute que les policiers prennent « la situation au sérieux ».

Un inspecteur travaille ainsi sur le dossier en récoltant les préoccupations des citoyens. « Le week-end dernier, il y a eu une augmentation de la présence policière pour augmenter le sentiment de sécurité des citoyens et pour prévenir la criminalité et les incivilités. C’est une mesure qui pourrait être répétée », explique Mme Comtois.

Le conseiller municipal de Ville-Marie, Robert Beaudry, a également affirmé que l’arrondissement collaborait avec le poste de quartier 21 et les citoyens : « Suite à une rencontre de travail conjointe qui s’est déroulée vendredi, un plan de visibilité policière accrue a été déployé durant le week-end, particulièrement entre 21 h et 4 h. »

Ces efforts se poursuivront dans les prochaines semaines, avec la mise à contribution d’unités d’enquête et spécialisées.

Robert Beaudry, conseiller municipal de Ville-Marie

La présidente de l’Association des résidants du Vieux-Montréal, Christine Caron, ne cache pas que la situation actuelle est « difficile ». Elle-même a été témoin d’une arrestation devant sa demeure, cet été. En plus des « problèmes de sécurité » que ressentent bien des résidants du quartier, l’action nocturne est devenue une importante nuisance à leur qualité de vie.

« L’année dernière, on avait un problème de voitures de sport qui circulaient à toute vitesse dans les rues du Vieux et qui dérangeaient les gens, puisque c’est très bruyant, explique-t-elle. Eh bien, le problème s’est amplifié cet été. »

Christine Caron affirme que son association et quelques syndicats de copropriété ont rencontré deux représentants de leur poste de quartier, il y a quelques jours. « Ce fut une rencontre fructueuse, ils comprennent bien nos préoccupations », indique-t-elle.

Appel au calme

Le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Vieux-Montréal, Mario Lafrance, abonde : « Il y a effectivement une recrudescence de petits crimes. »

Mais même s’il reconnaît que ce n’est « jamais rassurant » de sentir de plus en plus de criminalité dans son quartier, il croit que la situation « reste très embryonnaire » et qu’il faut « rester calme ». « Les autorités policières sont au courant et une prise en charge se fait », assure-t-il.

Le SPVM veut également créer un comité qui impliquerait des résidants du secteur et des commerçants pour « suivre la situation et mettre des mesures en place ». Surtout que l’on ne connaît pas encore les causes exactes du phénomène ni son ampleur.

Certains évoquent l’absence des touristes étrangers, d’autres, la popularité des boîtes de nuit et les gangs de rue. Pour Fiona Ham, aussi résidante du quartier, le nombre élevé de logements disponibles sur les plateformes de location à court terme comme Airbnb fait aussi partie du problème.

« Le type de touristes a changé, a-t-elle noté. Avant, il y avait un plus grand respect. Maintenant, ils sont de grands groupes à louer des logements. C’est fou le nombre de fois qu’il faut appeler la police parce que des jeunes font du bruit. »