La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a lancé jeudi un nouveau cri du cœur aux premiers ministres, François Legault et Justin Trudeau, afin que ceux-ci s’entendent d’urgence sur une entente en habitation au Québec. Pour elle, la pandémie ne donne plus d’excuses aux deux gouvernements pour ne pas investir davantage.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« La crise du logement frappe particulièrement fort à Montréal cette année, écrit la chef de Projet Montréal, dans une lettre dont La Presse a obtenu copie. Trop de familles montréalaises ne parviennent tout simplement plus à se loger convenablement. Pour plusieurs, la situation est dramatique. »

Elle soutient que plusieurs couples, familles, travailleurs et étudiants « se sont retrouvés sans logis au cours des derniers mois ». Puis, l’arrivée de la COVID-19 a « exacerbé » ces inégalités et « mis en lumière un nouveau visage de l’itinérance », écrit Mme Plante.

En trois ans, les négociations qui ont eu lieu entre Québec et Ottawa sur la signature d’une entente bilatérale en habitation n’ont jamais abouti. Ailleurs au Canada, ces ententes ont déjà été signées dans la plupart des autres provinces, dont l’Ontario. L’administration Plante estime qu’environ 1,4 milliard de dollars dorment dans les coffres du fédéral, empêchant la réalisation de « centaines de logements sociaux ».

Certains ont perdu leur emploi, d’autres ont vu le prix de leur logement augmenter au point où ils n’ont pu le conserver. […] La crise tarde cette fois à se résorber.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, dans sa lettre

Mme Plante ajoute que la situation « mènera inévitablement à des situations humanitaires criantes, comme nous le voyons actuellement avec le campement érigé aux abords de la rue Notre-Dame », dans Hochelaga.

Le « camping Notre-Dame » comptait en effet près de 70 résidants, au milieu de la semaine, malgré un avis de démantèlement donné par la Ville à la fin du mois d’août, et la mise sur pied d’un refuge temporaire dans le secteur. Si rien n’est fait pour contrer le manque de logements abordables, Montréal avoue craindre « une augmentation de ce genre de situation » dans les prochaines années.

Québec demeure « confiant »

Appelée à réagir, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, indique que « les négociations se poursuivent ». « Nous voulons aussi en arriver à une entente rapidement. Cet argent revient aux Québécois », martèle l’élue caquiste, dans une déclaration.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest

C’est au Québec de pouvoir déterminer où les sommes doivent aller. C’est nous qui avons l’expertise et savons où sont les besoins.

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l'Habitation

« Nous travaillons fort pour faire respecter la compétence du Québec par Ottawa, et pour leur faire comprendre que cette province a ses propres défis et enjeux liés à l’habitation », ajoute Mme Laforest. « À l’heure où on se parle, nous demeurons confiants », lance-t-elle.

Mais le cabinet du ministre fédéral du Développement social, Ahmed Hussen, a aussi des exigences. « Notre gouvernement souhaite ardemment que les fonds compris dans l’entente soient investis rapidement dans la création de nouvelles unités, le maintien de celles existantes et l’aide à l’abordabilité pour les ménages », dit l'attachée de presse, Jessica Eritou, sans donner plus de détails.

Au Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), la porte-parole Véronique Laflamme est catégorique. « À peine 1000 logements publics, coopératifs et sans but lucratifs ont levé de terre l’an dernier au Québec, alors que 244 000 ménages locataires avaient – avant même la pandémie – des besoins impérieux de logement », indique-t-elle.

Quelque 109 ménages locataires sans logis sont actuellement accompagnés par l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMHM). L'an dernier, à pareille date, à peine 17 d'entre eux l'étaient.