Si la pandémie transforme nos façons de consommer, Montréal n’entend pas pour autant « baisser les bras » devant la crise climatique. Son nouveau Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) 2020-2025, adopté mercredi, est bien accueilli par les écologistes, qui réclament toutefois certaines mesures supplémentaires.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Il faut diminuer l’usage des plastiques à usage unique. Malgré des crises comme celle qu’on vit actuellement, il y a moyen de continuer à travailler », a martelé la responsable de la transition écologique, Laurence Lavigne-Lalonde, lors du comité exécutif cette semaine.

Avec ce nouveau plan, la Ville dit vouloir « revenir à l’essentiel », en détournant 70 % des matières résiduelles d’ici 2025, et 85 % d’ici 2030. En 2018, ce chiffre atteignait à peine 47 % dans la métropole. D’ici 2030, l’administration Plante vise aussi à atteindre le zéro déchet, ou du moins y « tendre », tout en abaissant sa production de gaz à effet de serre (GES) de plus de 50 %. Pour ce faire, l’administration Plante veut notamment étendre la collecte sélective des matières organiques encore davantage.

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Jean-François Parenteau. responsable de l’environnement à la Ville de Montréal

Les gens vont voir le déploiement [de la collecte] se poursuivre au niveau des immeubles de neuf logements et plus. Les industries, commerces et institutions vont finir par y accéder.

Jean-François Parenteau, responsable de l’environnement à la Ville de Montréal

La Ville affirme qu’elle exigera dorénavant de ses contractants un rapport sur leurs émissions de GES. « Ça envoie un message clair. On a vraiment les mains sur le volant pour la transition, et je pense que les prochaines années vont le prouver », a ajouté M. Parenteau.

Satisfaits, mais sur leurs gardes

Chez les organismes environnementaux, un constat se dégage : le positionnement de Montréal arrive à point, alors que la crise sanitaire remet en question des gains importants en environnement des dernières années. « Il était temps, lâche Agnès Le Rouzic, de Greenpeace Québec. Par contre, avec la pandémie et la hausse de l’utilisation du plastique, il va falloir que la Ville se laisse de la place pour actualiser certains éléments. »

Son organisme dénonce le fait que, depuis plusieurs semaines, des commerces négligent le réutilisable au profit du plastique, afin de rassurer la clientèle sur les normes sanitaires en place. « Les experts nous disent pourtant que l’un n’est pas plus sécuritaire que l’autre. Ce serait bien que la Ville fasse quelque chose, et rapidement », tonne Mme Le Rouzic.

Au Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, le président Denis Blaquière accueille la nouvelle avec enthousiasme. « Le plan est ambitieux, et on sait que quand une métropole fait des pas décisifs, ça donne le ton au reste de la province », explique-t-il. L’écologiste déplore toutefois que les valoristes, qui récoltent les matières consignées des poubelles, ne soient pas impliqués de front.

J’aurais aimé voir la Ville militer plus fortement pour qu’un centre de dépôt permanent leur soit attribué. On a une coopérative exceptionnelle à Montréal qui a une valeur non négligeable.

Denis Blaquière, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

Pas de « taxes vertes » avant cinq ans

En mai, la Commission sur l’environnement a recommandé à la Ville de considérer comme « prioritaire » l’imposition de taxes vertes d’ici 2025. L’administration, elle, prévoit plutôt « analyser » cette possibilité, sans garantir sa mise en place.

À la Fondation David Suzuki, la chef des projets scientifiques, Louise Hénault-Ethier, salue la politique, mais aurait aimé davantage d’engagements à ce chapitre. « C’est un problème complexe, surtout dans une aussi grande ville, mais je trouve ça dommage qu’on prenne cinq ans pour étudier l’écofiscalité. J’aurais aimé une décision l’année prochaine », fait-elle valoir.

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Louise Hénault-Ethier, de la Fondation David Suzuki

Ça va devenir urgent d’envisager une taxe verte. On peut penser à un tarif sur l’enfouissement de matières résiduelles, ou un allègement du compte de taxes pour les autres modes de valorisation.

Louise Hénault-Ethier, de la Fondation David Suzuki

« Ça aurait pris une obligation pour les commerces de participer à la collecte sélective. Souvent, ils ont un plan de récupération, mais comme ce n’est pas une imposition généralisée, ça devient un enjeu de concurrence déloyale », ajoute-t-elle.

Chez Greenpeace, Agnès Le Rouzic est plus sceptique. « Avec la situation économique fragile de plusieurs ménages, ce n’est peut-être pas le moment d’implanter une taxe de plus, surtout qu’elle pourrait paraître assez injuste, tant qu’on ne proposera pas une vraie solution de rechange au jetable », conclut-elle.