Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, s’est dit inquiet « en majuscules » de l’augmentation des coûts et des délais de réalisation en raison des centaines de dossiers d’expropriation en litige sur le parcours prévu pour le futur prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, entre la station Saint-Michel et les Galeries d’Anjou.

Bruno Bisson
Bruno Bisson La Presse

Le ministre Bonnardel s’est servi de ce cas très complexe en commission parlementaire, mardi soir, pour reprocher aux partis de l’opposition leur refus d’adopter le projet de loi 61 proposé le printemps dernier par le gouvernement Legault.

Selon lui, pas moins de 500 dossiers d’expropriation sont ouverts sur le parcours du prolongement de la ligne bleue vers l’arrondissement d’Anjou. Le ministre affirme que ce projet de loi aurait permis de réduire ces délais pour que la Société de transport de Montréal (STM), responsable du projet, soit en mesure de prendre possession des immeubles requis plus rapidement, « tout en protégeant les droits des expropriés ».

Le ministre Bonnardel a tenu des propos très sombres par moments relativement à l’avancement de ce projet de transport collectif majeur estimé à 4,5 milliards.

« La situation actuelle, telle qu’on la connaît, c’est pas rose, a-t-il affirmé. Donc, ça suit son cours. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

François Bonnardel, ministre des Transports du Québec

« La plupart du temps, on [le ministère des Transports] s’entend de gré à gré avec nos expropriés, a indiqué M. Bonnardel. Là, il y a des gros joueurs à Anjou qui ont décidé de contester. C’est leur droit. Maintenant, est-ce que je peux vous assurer qu’il n’y aura pas de délais qui se prolongent pour la ligne bleue ? Je pense que vous pouvez deviner la réponse.

« Je suis inquiet, oui, en majuscules. En termes de nombre d’expropriations, c’est majeur. Je pourrais vous dire que c’est extrêmement difficile présentement. Je suis inquiet. »

Effet pervers

Le député libéral de Mont-Royal, Pierre Arcand, a pour sa part accusé le gouvernement d’avoir lui-même causé le problème en proposant cette loi « bulldozer », qui a suspendu tous les dossiers en négociation.

En effet, M. Arcand affirme que « la STM ne négocie à peu près plus avec personne, et que les propriétaires expropriés se font dire : ‟Écoutez, il n’y a rien à négocier, le gouvernement s’en vient avec sa loi bulldozer, et on va régler le problème, et c’est ça.” » Le député affirme avoir été en contact avec plusieurs expropriés, qui déplorent le climat actuel.

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Pierre Arcand, député libéral

« Vous avez laissé à la Ville de Montréal et à la STM le soin de procéder, mais par vos actions, les négociations sont devenues plus difficiles parce que tout le monde sait que la loi 61 s’en vient. » En conséquence, le député a demandé au ministre de retirer « cette épée de Damoclès » qu’il brandit au-dessus des dossiers d’expropriation, afin de laisser une chance à la négociation.

Selon lui, « certaines expropriations risquent de coûter infiniment plus cher » que ce qui était d’abord prévu par la STM.

Le projet de prolongement de la ligne bleue du métro qui comprend cinq stations, entre l'actuelle station Saint-Michel et l’arrondissement d’Anjou, dans l’est de Montréal, a d’abord été estimé à 3,9 milliards. Ces coûts ont été majorés à 4,5 milliards en mai 2019, en raison de divers oublis, et notamment d’une sous-estimation des coûts d’acquisition des terrains et des immeubles jugés nécessaires sur le parcours de plus de 5 kilomètres.

L’échéancier actuel du projet prévoit une mise en service complète de la nouvelle ligne en 2026.