La transformation du port continue de faire débat à Lachine. Des plaisanciers qui militent pour la protection de la marina se sont inscrits au Registre des lobbyistes pour faire pression sur l’arrondissement, qui assure pour sa part que toutes les options seront étudiées lors d’une éventuelle consultation publique.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On croit encore qu’une cohabitation soit possible, avec une vision inclusive des intérêts de tout le monde, mais jusqu’ici, c’est impossible de prétendre qu’on ait été vraiment consultés par les autorités », lance la porte-parole de l’Association des plaisanciers du port de Lachine, Josée Côté.

Début juillet, Montréal a investi 25 millions pour réaménager le port de Lachine afin d’en faire un nouveau parc sur les eaux du lac Saint-Louis. Les travaux, prévus jusqu’en 2025, transformeront le secteur en plage et en écosystème revégétalisé. Le projet a toutefois rapidement soulevé l’ire des usagers de la marina, dont la fermeture sera effective à partir de l’été 2021.

Ç’a été fait dans notre dos. On nous a mis devant le fait accompli que la marina allait fermer. Il y a environ 450 familles qui vont devoir relocaliser leur bateau, alors qu’il n’y a pas de place ailleurs à Montréal. On est à court de solutions.

Josée Côté, porte-parole de l’Association des plaisanciers du port de Lachine

« On a déjà proposé plusieurs pistes de solution pour partager l’espace avec les citoyens. Chacune de nos idées est négligée », illustre aussi la porte-parole, qui s’inquiète des impacts économiques qu’engendrera le départ de la marina. Une pétition de plus de 7000 noms circule d’ailleurs sur la Toile.

Un statu quo « impossible »

Jointe par La Presse, la mairesse de Lachine, Maja Vodanovic, dit comprendre les craintes et les inquiétudes des plaisanciers, ceux-ci consacrant « beaucoup d’argent » et de temps à l’entretien de leurs bateaux. Mais selon elle, il fallait faire avancer ce dossier qui traîne depuis trop longtemps. « Déjà en 2017, une étude de la Ville nous montrait que la désuétude des installations était avancée », avance-t-elle, soulignant qu’il aurait fallu 16,5 millions pour maintenir la marina en place.

Au début août, une rencontre avait eu lieu entre les plaisanciers et des élus. Une séance d’information publique doit aussi se tenir jeudi. L’arrondissement dit vouloir « rétablir les faits » et déboulonner certains mythes. « Il y a toutes sortes de choses et de chiffres qui circulent », affirme la mairesse.

Parmi les enjeux, l’administration cite entre autres le bris de la fosse septique, l’érosion des berges due aux inondations de 2017 et 2019, l’électricité déficiente et le poste d’essence non fonctionnel. « Il devait y avoir des travaux de toute façon », dit la principale intéressée.

Ça reste une décision difficile, que personne n’aime prendre. Mais ce n’est pas la Ville qui est le gros méchant là-dedans.

Maja Vodanovic, mairesse de Lachine

Il pourrait toutefois y avoir des compromis. Une marina « locale », de 70 à 80 places, devrait par exemple être conservée. « On est ouverts et on continuera à discuter. Ce n’est pas une décision politique, mais plutôt pragmatique », affirme l’élue. Si une consultation publique se tient plus tard cette année, l’arrondissement affirme avoir déjà lancé le projet « parce que les investissements sont imminents ».

Vulgarisez et expliquez, soulève une experte

Pour Danielle Pilette, experte en gestion municipale et métropolitaine à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), c’est surtout le manque de vulgarisation et d’information qui pose problème.

Dès le départ, on aurait dû étoffer un dossier avec le profil des utilisateurs de la marina, ses coûts annuels, ses impacts. Pour qu’il y ait acceptabilité, il faut que ces faits soient analysés, surtout quand on met fin à une tradition.

Danielle Pilette, spécialiste en gestion municipale

Mme Pilette regrette que sans cette documentation « essentielle », les points de vue qui émanent du débat public ne soient que partiels. « C’est un peu comme des opinions de réseaux sociaux, alors qu’on aurait l’occasion d’avoir un vrai débat », soutient-elle.

Chose certaine : un dossier comme celui du port de Lachine laissera forcément des séquelles, puisqu’il oppose deux visions résolument différentes d’une ville, aux dires de la spécialiste. « Les marinas sont un héritage du passé anglophone qui reflète en réalité un certain élitisme, soutient-elle. Ça ne correspond pas tellement au Lachine d’aujourd’hui, quoiqu’on doive aussi admettre qu’il y a une grande gentrification au bord de l’eau chez les riverains. »