La Ville de Montréal a abattu un nombre record d’arbres l’an dernier, mais elle en a aussi planté un nombre record dans le cadre de son combat contre l’agrile du frêne.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Près de 18 000 frênes ont ainsi été abattus en 2019, soit le double de l’année précédente.

Jamais la Ville n’en a abattu autant depuis la mise sur pied de son programme de foresterie, en 2012.

Cette augmentation importante s’explique par le fait que les interventions visent maintenant les milieux naturels, ce qui inclut les grands parcs et les parcs nature.

« Ce sont les derniers milieux à être attaqués par l’insecte, qui aime le soleil », a expliqué en conférence de presse mardi matin Anthony Daniel, conseiller en aménagement au Service des grands parcs, du mont Royal et des sports de la Ville de Montréal.

D’ailleurs, 77 % des frênes abattus en 2019 à Montréal l’ont été dans des milieux naturels.

Ces interventions en milieu naturel avaient commencé de façon « musclée » au mont Royal, en 2018, rappelle M. Daniel, qui prévient qu’une « phase 2 » sera bientôt nécessaire pour abattre les arbres qui étaient sains lors du premier passage, mais qui ont été infestés depuis.

La Ville a aussi procédé à l’abattage de quelque 5600 arbres dépérissants, affaiblis ou blessés autres que des frênes, ce qui porte le total d’arbres coupés en 2019 à 23 581.

Record de plantations

Parallèlement aux abattages, la Ville a aussi augmenté la cadence de plantation.

Près de 36 500 arbres ont été plantés en 2019, dont quelque 27 900 sur le domaine public – les 8600 autres étant des plantations hors du domaine public municipal, mais financées par la Ville.

L’augmentation des plantations est elle aussi attribuable aux interventions dans les milieux naturels, qui comptent presque la moitié des arbres plantés sur le domaine public montréalais.

Comme c’est le cas depuis que l’agrile du frêne a commencé à faire des ravages à Montréal, la Ville mise sur la variété et plante maintenant plus d’une centaine d’essences (d’arbres et d’arbustes).

L’augmentation des plantations et des abattages a eu une incidence à la hausse sur le budget que la Ville consacre à ces interventions, qui a atteint 16,9 millions de dollars en 2019 ; il était d’environ 12 millions par an durant les trois années précédentes.

Objectif 2025

L’administration Plante augmente encore la cadence de plantation avec des investissements de 24 millions de dollars en 2020.

Montréal ambitionne toujours d’atteindre un indice de canopée, soit la superficie du couvert végétal, de 25 % en 2025, alors qu’il était de 20 % selon le plus récent bilan, en 2015 ; le prochain est attendu à l’automne.

« Les récentes vagues de chaleur accablante nous rappellent l’importance des arbres en milieu urbain », a déclaré le responsable de l’habitation, de la stratégie immobilière, des grands parcs et du parc Jean-Drapeau au sein du comité exécutif de la Ville, Robert Beaudry.

Quelque 55 000 arbres et arbustes devraient ainsi être plantés cette année sur le territoire montréalais, dont 40 000 en milieu naturel.

Depuis 2012, Montréal dit avoir planté plus de 172 200 arbres.

Si la pandémie de COVID-19 a quelque peu ralenti les activités de plantation le printemps dernier, la Ville prévoit rattraper ce retard à l’automne.

En plus des plantations, le traitement au pesticide TreeAzin des frênes qui peuvent être sauvés se poursuit ; il est d’ailleurs gratuit pour les citoyens pour la deuxième année de suite.


L’an dernier, la Ville en a traité 4900 chez ses citoyens et 21 500 sur le domaine public.

Un autre ennemi

Avant même l’arrivée de l’agrile du frêne à Montréal, en 2011, un autre ennemi avait commencé à préoccuper les autorités depuis quelques années : le nerprun. Cette plante exotique originaire d’Europe, introduite en Amérique du Nord il y a environ 200 ans pour un usage horticole et médicinal, pousse très rapidement et étouffe les espèces indigènes, ce qui empêche la régénération naturelle d’un site. Le nerprun se reproduit facilement, grâce aux oiseaux qui mangent ses fruits et disséminent un partout ses graines, qui ont par ailleurs un très fort taux de germination et une grande longévité. Deux variétés sont présentes au Québec : le nerprun bourdaine et le nerprun cathartique, ce dernier étant un véritable fléau dans la métropole. « On en a énormément dans certains parcs », affirme Anthony Daniel, du Service des grands parcs, du mont Royal et des sports de la Ville de Montréal. Seul l’arrachage des tiges, qu’il faut ensuite brûler ou jeter, permet réellement de l’éradiquer.

Qu’est-ce que l’agrile du frêne ?

L’agrile du frêne est un insecte coléoptère originaire de l’Asie du Sud, dont la larve mange le bois. Il aurait probablement été transporté en Amérique du Nord dans des emballages en bois, au début des années 90, selon le ministère canadien des Ressources naturelles. Il a été détecté pour la première fois en 2002, près de Detroit, au Michigan, et de Windsor, en Ontario. Depuis, il a détruit des millions d’arbres dans 5 provinces du Canada et 30 États américains. Aucun prédateur naturel nord-américain n’a pu ralentir sa propagation. L’agrile du frêne est arrivé à Montréal en 2011, où il a, comme ailleurs, fait des ravages. Les études démontrent qu’il détruit généralement 99 % des frênes d’une région en moins de 10 ans.