Signe que la pandémie affecte durement ses revenus, BIXI Montréal s’attend à un déficit d’exploitation dans son budget annuel 2020. Selon des chiffres obtenus par La Presse, l’organisme devrait déclarer cette année des pertes de 900 000 $ à 2,2 millions, vu la baisse de l’achalandage marquée dans les derniers mois.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Avec ce qu’on voyait un peu partout dans le monde du transport, on savait que ça s’en venait chez nous », explique le directeur général de BIXI, Christian Vermette. Son équipe a présenté il y a quelques semaines une mise à jour financière à la Ville.

Deux scénarios ont alors été mis de l’avant. Le plus optimiste fait état d’une baisse d’achalandage de 40 %, ce qui entraînerait un déficit de plus ou moins 900 000 $ à la fin de l’année. La vision plus « pessimiste », elle, signifierait une diminution de 80 % des usages et des pertes annuelles d’environ 2,2 millions.

Malgré tout, M. Vermette ne s’inquiète pas pour la santé financière de BIXI, l’organisme ayant connu « plusieurs bonnes années » budgétaires depuis 2014. « On a un excédent accumulé qui sert justement à des imprévus comme ça. En plus de notre structure qui est très flexible, on a déjà réduit dramatiquement les dépenses », fait-il remarquer. Les dépenses totales du groupe atteignent en effet 11,4 millions, soit 14 % de moins que ce qui était prévu l’an dernier.

« De notre côté, c’est plus prometteur que ce qui a été présenté à la Ville », illustre le directeur général, pour qui le scénario optimiste semble plus réaliste à ce stade-ci.

Ce qu’on a surtout perdu, ce sont les travailleurs du centre-ville qui faisaient quotidiennement l’aller-retour depuis leur domicile. En termes de déplacements absolus, ça a eu un gros impact.

Christian Vermette, directeur général de BIXI

Quels seront les effets d’une seconde vague ?

Vendredi, la directrice de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, affirmait que la métropole devait « se préparer au pire » en vue d’une éventuelle deuxième vague de COVID-19, à l’automne. Il serait toutefois « peu probable » qu’un confinement général soit de nouveau imposé, ce qui donne de bons espoirs à la Ville pour la suite.

« Tout porte à croire qu’on vivra des scénarios différents, où il y aura quand même plus de déplacements avec les mesures sanitaires appropriées, que BIXI met justement déjà en place », soutient le responsable de la mobilité au comité exécutif, Éric Alan Caldwell. Selon lui, tous les facteurs sont réunis pour que le vélo-partage connaisse une hausse d’achalandage dans les prochains mois.

Nos indicateurs sont assez positifs, surtout que les vélos électriques de BIXI vont permettre de rejoindre de nouvelles clientèles, notamment les personnes âgées.

Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité au comité exécutif

M. Caldwell souligne également que les résultats budgétaires risquent d’être « bien en deçà » du scénario pessimiste de pertes de 2,2 millions. « Je ne suis pas inquiet pour la suite, mais c’est sûr qu’il faut faire attention, qu’il faut surveiller ça de près. Au final, BIXI subit les baisses d’achalandage comme tout le monde au centre-ville, mais s’en sort plutôt bien », avance-t-il.

L’administration Plante affirme par ailleurs qu’elle épongera les pertes de BIXI à partir de l’an prochain, peu importe le résultat final, soulignant que l’organisme « n’est pas responsable de ce déficit d’exploitation ».

Pas surprenant, mais pas inquiétant, dit un expert

L’expert en planification des transports Pierre Barrieau se dit « pas du tout surpris » par la situation. « Le service de BIXI a été inauguré beaucoup plus tard cette année, donc c’est certain que ça a coupé dans les abonnements. De plus, les touristes ne sont pas au rendez-vous, ce qui est quand même une clientèle importante, surtout l’été », juge-t-il.

Selon lui, le déficit est certes important, mais il n’est pas préoccupant, du moins pour le moment.

« Les pertes qu’on voit aujourd’hui restent beaucoup plus petites que celles qu’on avait vues dans les premières années de BIXI, à l’époque du maire Gérald Tremblay. Pour moi, c’est une situation assez raisonnable. Ils s’en sortent mieux que la Société de transport de Montréal ou les parcomètres à Montréal », ajoute-t-il.

Le principal défi, soutient M. Barrieau, restera de continuer à développer le service dans la prochaine année, malgré tout. « Ils seront forcément obligés de ralentir la cadence des investissements dans le redéploiement. Ce seront peut-être les arrondissements plus défavorisés économiquement qui seront pénalisés, car BIXI y est déjà moins présent », conclut-il.