L’idée d’imposer un moratoire sur la fermeture des refuges d’urgence fait son chemin à Montréal, alors qu’un campement de sans-abri s’est installé rue Notre-Dame, dans Hochelaga. Selon des organismes, cela pourrait contribuer à obtenir une analyse plus rigoureuse de la situation. La Ville, elle, affirme être à pied d’œuvre pour favoriser l’accès au logement.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Est-ce qu’il y a un lien entre l’arrivée de ces campements et la fermeture de certaines ressources ? J’ose croire que oui. Il faut s’assurer que si on ferme des refuges, il y ait aussi d’autres emplacements disponibles où les gens pourront facilement aller », explique le président de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce.

« De ce point de vue-là, un moratoire serait sage, en autant qu’on fasse une vraie analyse des besoins, et qu’on arrive à fermer les ressources à un rythme approprié pour s’assurer que personne n’est laissé pour compte », ajoute-t-il.

Le directeur général de Mission Bon Accueil, Sam Watts, demande pour sa part que les réalités du terrain soient prises en compte. « On comptabilise toujours les capacités dans les refuges, mais une personne itinérante qui change d’établissement ne va pas toujours migrer vers une autre ressource, même avec un référencement », illustre-t-il.

Ces gens sur Notre-Dame n’ont pas besoin de faire du camping urbain. Ce n’est pas ce qu’ils souhaitent. Ils ont plutôt le sentiment qu’ils n’ont pas le choix.

Sam Watts, directeur général de Mission Bon Accueil

L’accès au logement primordial

Au cours des dernières semaines, Montréal a en effet fermé certains refuges qui avaient été ouverts pendant la pandémie. Toutefois, l’ancien hôpital Royal Victoria a rouvert ses portes aux sans-abri. L’objectif serait de centraliser les ressources, en favorisant l’accès au logement.

Pour le conseiller élu de Projet Montréal Pierre Lessard-Blais, l’arrivée de campements dans Hochelaga n’a rien à voir avec la fermeture de ressources. « On accompagne quotidiennement les gens qui s’y trouvent, et ils sont pour la plupart très conscients qu’il reste des places dans les refuges », dit-il.

On est conscients qu’il y a une fermeture de ressources, et on comprend les craintes. Mais présentement, il y a encore des lits disponibles. Il y aura aussi de nouvelles ressources dans l’Est et le centre-ville d’ici la fin du mois.

Pierre Lessard-Blais, conseiller élu de Projet Montréal

Le porte-parole en matière d’itinérance d’Ensemble Montréal, Benoit Langevin, affirme quant à lui qu’un moratoire est urgent. « Le Y des femmes de Montréal a fermé le 31 juillet, mais il y avait encore 30 femmes. L’aréna Maurice-Richard a fermé le 14 juillet, mais il y avait encore 34 hommes. On se demande où vont aller ces usagers », s’inquiète-t-il.

Il faut mettre en place une table ronde avec plusieurs organismes. Ça aurait dû être fait depuis le début pour comprendre les défis.

Benoît Langevin, conseiller élu montréalais

À ses yeux, l’arrivée de tentes dans Hochelaga est particulièrement préoccupante. « Si on se compare à Paris ou à Vancouver, j’ai presque honte de ma ville. On tolère, certes, mais il faut trouver une option pour aider ces gens », tonne l’élu.