Après les statues de John A. MacDonald et de James McGill, c’est au tour de la station de métro Lionel-Groulx d’être remise en question. Des milliers de signataires d’une pétition exigent le remplacement du nom de la station de métro.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

La pétition circule en ligne et a déjà récolté presque 12 000 signatures. Dans la majorité des commentaires, on reproche à Lionel Groulx ses propos antisémites, mais on souhaite surtout souligner la diversité culturelle du secteur.

On propose de remplacer le nom de la station par celui d’Oscar Peterson. Le montréalais pionnier du jazz et louangé par Duke Ellington a marqué l’histoire du quartier Saint-Henri, où se trouve la station de métro.

« Notre ville devrait honorer les réalisations incroyables accomplies par Oscar Peterson en renommant la station de métro Lionel-Groulx par station Oscar Peterson. […] Cela permettrait à notre ville de célébrer la belle diversité culturelle et la représentation que les Montréalais noirs apportent à notre ville », explique l’instigateur de la pétition, Naveed Hussain.

Nuancer sans effacer

Lionel Groulx, grande figure historique au Québec, était à la défense des Canadiens-Français de l’époque.

« Une défense ancrée dans la langue et la religion », note Yolande Cohen, historienne et auteure.

Toutefois, certains propos écrits de sa plume sont antisémites, précise-t-elle.

Il serait faux de le décrire comme un antisémite notoire, comme l’est par exemple Adrien Arcand, personnage historique explicitement raciste, pense Mme Cohen.

Les statues et la toponymie sont des symboles puissants et effacer l’histoire ne sert à rien. Il faudrait plutôt la remettre en contexte, en ajoutant des détails historiques près des monuments controversés, juge l’experte.

« Ajouter un commentaire historique nous permettrait de réapprendre notre histoire et d’enlever ce voile d’invisibilité qui a été mis sur le racisme et l’antisémitisme, au Québec ou ailleurs. On veut garder en mémoire ce qui a été fait et montrer qu’aujourd’hui les choses changent. »

Malgré le fait que les femmes et les minorités noires et juives sont constitutives de l’identité québécoise, ça ne se traduit pas dans la toponymie des villes, nuance Mme Cohen. « Il serait intéressant qu’en nommant de nouvelles stations de métro, on y pense. »

Lionel Groulx a tenu des propos peu élogieux à l’égard des Juifs. Il s’en prenait au stéréotype du commerçant de confession juive, qui, pensait-il, empêchait les Canadiens-Français de se libérer économiquement. « Ça ne l’excuse en rien, mais on ne parle pas d’une figure historique dont la principale motivation était la haine des Juifs, donc il ne peut pas devenir le bouc émissaire de l’antisémitisme québécois qui a marqué une époque », Jonathan Livernois, professeur d’histoire intellectuelle et littéraire à l’Université Laval.

À la fin des années 1990, des groupes ont déjà réclamé le changement de nom de la station située dans le quartier de la Petite-Bourgogne. Des tentatives souvent mortes dans l’œuf.

Vouloir rendre hommage à Oscar Peterson est légitime. Ces changements doivent être le fruit d’une longue réflexion et d’un processus de consultation publique, pense M. Livernois. De la diversité dans la dénomination des stations de métro, c’est intéressant et même essentiel.

« C’est un processus de délibération qui appartient au citoyen, et, en tant qu’historien, on ne peut pas s’y opposer », ajoute M. Livernois.