Sous l’impulsion de la Fondation de la CSDM, de grandes entreprises ont accepté de donner des ordinateurs usagés à des élèves défavorisés de Montréal pour répondre aux besoins que le ministère de l’Éducation ne parvient pas à combler.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« On s’est dit que ce que le gouvernement a fait jusqu’à maintenant est à la fois insuffisant et pas assez rapide à donner des résultats », explique Suzanne Dansereau, directrice générale de la fondation.

La Commission scolaire de Montréal, la plus grande au Québec, qui est devenue le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) depuis la disparition, le 15 juin, des commissions scolaires, a d’immenses besoins : 6800 élèves n’ont toujours aucun accès à un ordinateur pour faire l’école à la maison, 3000 n’ont qu’un accès limité et 3500 n’ont pas de lien internet.

Plus des trois quarts de la clientèle (76 %) de ce centre de services sont issus de familles à faible revenu, rappelle Mme Dansereau.

« Tu as toute la pauvreté concentrée là », dit-elle.

Dès que le Ministère a obtenu le feu vert de la Direction de santé publique pour le retour dans les écoles, en avril, le CSSDM a prêté des outils informatiques aux élèves qui en avaient besoin, notamment à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage. « Nous avons déjà préparé et livré plus de 1000 ordinateurs aux familles », précise Alain Perron, porte-parole de l’organisation. « Les élèves ont reçu le matériel et s’en servent depuis. Il s’agit d’ordinateurs déjà configurés. Il faut que l’élève possède un accès internet à la maison. »

En mai, toujours dans le contexte de la pandémie, Québec a fait l’acquisition de 15 000 tablettes avec connexion internet pour permettre à tous les élèves de bénéficier de l’école à distance. Mais le CSSDM n’en a reçu que 1220, nombre largement insuffisant pour combler les besoins. De plus, la tablette n’est pas toujours l’outil idéal pour favoriser les apprentissages à distance.

« Atténuer les inégalités sociales »

« Donner des ordinateurs est une façon concrète d’atténuer les inégalités sociales, croit Mme Dansereau. Ce n’est pas vrai que ce sont les écoles qui vont devoir décider à qui elles donnent des ordis s’il n’y en a pas assez pour tous les enfants cet automne. C’est un choix impossible à faire. »

Christian Lacombe, directeur de l’école Saints-Martyrs-Canadiens, dans le quartier Ahuntsic, pense lui aussi que la réduction des inégalités sociales dans les classes « passe par l’accès à un ordi ». Dans son école, qui compte quatre classes d’accueil, 125 des 625 élèves avaient des besoins technologiques pour une raison ou une autre quand est venu le temps de faire l’enseignement à distance : un ordi pour six, des parents qui font du télétravail, pas de connexion internet, un ordinateur désuet…

Pour éviter que le scénario catastrophe du printemps se répète, la Fondation de la CSDM a donc décidé de solliciter le milieu des affaires montréalais au cours des dernières semaines : Banque Nationale, CGI, Desjardins, etc. La réponse ne s’est pas fait attendre. Plus de 1640 ordinateurs, usagés mais encore performants, ont déjà été récoltés. Et d’autres s’ajouteront d’ici la fin de l’été.

Tous les appareils seront remis au centre de services scolaire ou envoyés directement dans les écoles qui les distribueront aux élèves en vue de la prochaine rentrée.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé à la fin mai qu’il rendra disponible, pour les centres de services scolaires du Québec, une enveloppe de 150 millions. Celle-ci, qui ne constitue pas de l’argent frais, permettra aux écoles d’acheter de l’équipement informatique pour le prêter aux élèves.

« Est-ce que ce sera parfait ? Je ne le crois pas. La volonté, c’est que les élèves soient équipés correctement si jamais on devait retourner à la maison », souligne Anne Geneviève Ialongo, directrice adjointe par intérim aux services pédagogiques du CSSDM.