Le virage majeur promis avec insistance l’année dernière par l’administration Plante pour mettre en œuvre les correctifs dans la gestion de la ville, tel que recommandé par la vérificatrice générale de Montréal, ne s’est pas produit. La situation a même régressé.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

La proportion des problèmes détectés par la vérificatrice générale qui ont fait l’objet de recommandations et qui ont été réglés comme prévu diminue d’année en année : 41 % en 2016, 32 % en 2017 et 27 % en 2018. C’est le constat que fait la vérificatrice générale, Michèle Galipeau, dans son plus récent rapport annuel déposé au conseil municipal lundi.

Lors d’un entretien avec La Presse, Mme Galipeau a dit souhaiter que les fonctionnaires soient tenus responsables des changements qui doivent être faits. « Quand on s’engage avec un échéancier, qu’on le respecte », tranche-t-elle. C’est d’autant plus important, selon Mme Galipeau, que tous les plans d’action élaborés en réponse à ses recommandations soient soumis à l’approbation de la direction générale de la Ville.

On émet des recommandations parce qu’il y a des risques importants. Et on veut rassurer les citoyens et les élus sur la bonne gestion des fonds publics.

Michèle Galipeau, vérificatrice générale de Montréal

Elle rappelle qu’elle n’a qu’un pouvoir de recommandation. « Ce qui me surprend, c’est lorsqu’on s’engage à réaliser, dès la première année, 80 % des recommandations et que le taux de réalisation est de 27 %. J’ai de la difficulté à comprendre. Il y a même des recommandations pour lesquelles l’échéance est dépassée et rien n’a été entrepris », souligne-t-elle.

Il y a un an, le président du comité exécutif, Benoit Dorais, avait fait un « statement », comme il l’avait lui-même qualifié, afin de démontrer le sérieux de l’administration face aux recommandations formulées par la vérificatrice générale. Un gestionnaire sous la responsabilité du contrôleur général aurait dorénavant le mandat de faire un suivi régulier auprès de toutes les unités d’affaires dans les services centraux et dans les arrondissements, affirmait-il.

Dans les faits, ce fonctionnaire a bel et bien été embauché, mais le suivi des recommandations, et donc, des correctifs pour colmater les brèches, ne représente que 50 % de sa tâche, a indiqué Michèle Galipeau. D’autres mécanismes de contrôle doivent toutefois être mis en place d’ici la fin de 2020, ce qui devrait améliorer la situation, du moins « en principe », a précisé la vérificatrice lors d’une présentation aux élus du conseil municipal, mardi.

De façon générale, pour que les choses bougent, il faut qu’un dossier atterrisse entre les mains du comité de vérification relevant du conseil municipal, a souligné la vérificatrice générale.

Pour Benoit Dorais, des améliorations notables sont en marche afin que les calendriers de réalisation des gestionnaires soient plus réalistes. Il a donné l’assurance à La Presse que le suivi des recommandations serait fait. « On a donné déjà un sérieux coup de barre, mais le travail n’est pas fini », a-t-il reconnu.

La cible politique de 12 000 logements

La question de l’habitation a également suscité des questions au conseil municipal puisque dans son rapport, la vérificatrice générale a ciblé plusieurs améliorations à apporter afin de suivre les projets de logements sociaux et, surtout, pour « ne pas exposer la Ville à des risques indus ». Ce volet de la stratégie de la Ville s’appuie sur le programme AccèsLogis maintenant géré à Montréal à la suite de la reconnaissance de son autonomie (entente Réflexe Montréal) par le gouvernement du Québec.

Interrogée sur le nombre de logements sociaux effectivement construits, Mme Galipeau a été claire. « Le portrait que l’on donne, c’est celui dans Réflexe Montréal. Et le nombre d’unités réellement réalisées à ce jour, c’est zéro. Ce sont des projets », a-t-elle indiqué au conseil municipal.

Selon l’opposition officielle, l’administration Plante « ne livre pas la marchandise » quant à sa promesse d’offrir 12 000 logements. Le chef de l’opposition officielle, Lionel Perez, ne voit pas comment l’objectif peut être atteint avec « lignes de communication ».

En marge de l’assemblée, le responsable de l’habitation au sein du comité exécutif, Robert Beaudry, a nuancé le portrait présenté par Mme Galipeau. Il a indiqué que les travaux de la vérificatrice générale correspondaient à la réalité de l’automne dernier. Depuis, 80 unités ont été construites grâce à la formule montréalaise AccèsLogis, et 240 autres qui sont liées à l’ancien programme relevant de la Société d’habitation du Québec.