(Montréal) Après avoir aménagé des refuges temporaires et des centres de jour extérieurs dans des parcs et places publiques, la Ville de Montréal s’active pour offrir des haltes permettant aux personnes en situation d’itinérance de trouver un peu de chaleur.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

Une première halte a été ouverte dimanche dernier dans le hall de la Grande Bibliothèque, puis une deuxième halte a suivi à l’aréna Francis-Bouillon dans l’arrondissement Mercier—Hochelaga-Maisonneuve.

Puis, deux autres sites font toujours l’objet de discussions dans le secteur de la Place du Canada et du Square Cabot.

Depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire dans la métropole, de nombreuses ressources d’hébergement et de répit accueillant les personnes en situation d’itinérance ont fermé leurs portes ou limité leur offre de service pour se conformer aux consignes de prévention de la santé publique.

En réaction, Montréal a ouvert des refuges temporaires et déployé des installations sanitaires dans des parcs ou des organismes communautaires accueillent les personnes en situation d’itinérance. Ce que l’on a appelé des « centres de jour ».

« Tous les organismes ont fermé alors on s’est retrouvé avec une augmentation soudaine du nombre de personnes à aider », raconte Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal et aussi impliquée dans la direction de l’organisme Résilience Montréal.

« Spontanément, on s’est dit “on sort dehors » on s’installe directement dans le Square Cabot ! La Ville a vu ça et elle a dit, « on sort tout le monde dehors” ! Pour nous, ce n’était pas une solution, c’était une réaction dans l’urgence », poursuit-elle.

Des haltes attendues

En tant qu’intervenante dédiée à venir en aide aux personnes vulnérables, Nakuset trouve insensé de forcer ces gens à passer toutes leurs journées dehors. Les derniers jours ont d’ailleurs été particulièrement froids avec la pluie et les puissantes rafales qui se sont mises de la partie.

« Comment voulez-vous que l’on convainque ces gens-là que la société se soucie de leur sort quand on les laisse dehors toute la journée ? », s’interroge-t-elle avec dépit.

Nakuset raconte que le local de Résilience, transformé en cuisine géante pour nourrir les gens du Square Cabot, servait normalement de lieu pour faire la sieste. Comme les nuits sont rarement reposantes dans un recoin de béton, les siestes dans un lieu sécurisé font un bien immense.

Son collègue, le coordonnateur de Résilience Montréal David Chapman, mentionne que des discussions sont en cours avec les autorités municipales pour leur offrir un local adéquat dans un bâtiment à proximité du Square Cabot.

Le commissaire aux personnes en situation d’itinérance, Serge Lareault, confirme que le processus se poursuit en vue d’offrir un lieu d’accueil intérieur. Il explique qu’il n’est pas si simple de dénicher un lieu propice qui permette de bien recevoir des gens en temps de pandémie.

Contrairement aux catastrophes naturelles, où l’on peut entasser de nombreuses personnes dans de grandes salles, cette option est à proscrire alors que l’on doit actuellement combattre la contagion d’un virus.

De plus, chaque nouveau lieu nécessite de coordonner des équipes de nettoyage pour décontaminer régulièrement les surfaces ainsi que des équipes d’intervenants sociaux et de sécurité.

L’exemple de la Grande Bibliothèque

À une époque pas si lointaine, quand existait encore la notion de lieux publics, des centaines de personnes en situation d’itinérance fréquentaient chaque jour la Grande Bibliothèque de Montréal pour profiter d’un abri le temps d’un répit.

Après avoir perdu l’accès à ce lieu familier depuis le début de la crise sanitaire, bon nombre de ces visiteurs ont pu y retourner depuis dimanche dernier.

À la demande de la Ville de Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a aménagé le hall de la Grande Bibliothèque en halte permettant à la population en situation d’itinérance d’entrer pour se réchauffer, d’utiliser les salles de bain et de s’asseoir un peu plus confortablement.

« On en est au troisième jour et ce qu’on me dit c’est qu’on est plein tout le temps et que ça se déroule impeccablement bien », affirme le président-directeur général de BAnQ, Jean-Louis Roy.

La halte est ouverte tous les jours de 10 h à 17 h. Une cinquantaine de personnes à la fois sont admises afin de respecter la distanciation physique.

Des animateurs sont sur place pour s’assurer du respect des consignes et de superviser une rotation afin de permettre aux gens qui attendent à l’extérieur de profiter à leur tour du hall.

Selon M. Roy, 200 à 250 personnes sans domicile fixe avaient l’habitude de fréquenter quotidiennement la bibliothèque avant la crise. Elles venaient s’y informer, effectuer des recherches d’emploi et se détendre.

« Comme tout le monde », résume-t-il.