C’était le statu quo, lundi soir, sur les territoires autochtones de Kahnawake et de Listuguj, où les blocus ferroviaires sont demeurés en place, malgré le projet d’entente conclu dimanche en Colombie-Britannique entre les chefs héréditaires wet’suwet’en et deux ministres.

Audrey Ruel-Manseau
Audrey Ruel-Manseau La Presse
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« C’est une grosse décision que de démanteler ou non la barricade, alors [les leaders de la communauté] veulent s’assurer d’avoir toutes les informations », a affirmé Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk à Kahnawake.

Des représentants de nombreux secteurs de la communauté ont participé à une rencontre lundi soir pour discuter de la suite des choses. En fin de soirée, aucune décision n’avait été prise, et la barricade n’avait pas bougé.

Les Mohawks bloquent depuis maintenant trois semaines les voies du Canadien Pacifique qui traversent le territoire de Kahnawake, ce qui a forcé l’annulation du service de trains de banlieue entre Candiac et Montréal. Le CP soutient aussi que cette barricade « a coupé des liens vitaux » des trains de marchandises vers les provinces atlantiques et les États-Unis.

De son côté, le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie a indiqué lundi que les militants maintenaient toujours leur blocus dans la communauté micmac de Listuguj. 

Éric Dubé, qui est aussi maire de New Richmond, a déclaré que l’entreprise avait réussi à faire passer deux trains dans le secteur vendredi, mais le lendemain, les convois ne sont pas passés en raison de la présence de manifestants près des voies.

Les chefs héréditaires des Wet’suwet’en sont parvenus dimanche à un accord avec une ministre fédérale et un ministre provincial sur un projet de règlement du différend sur un gazoduc qui a déclenché des manifestations de solidarité et des perturbations des transports ferroviaires partout au Canada au cours des dernières semaines.

M. Deer s’est dit heureux de « la reconnaissance des chefs héréditaires par le gouvernement canadien », mais a toutefois indiqué que le problème du gazoduc était toujours « non résolu ». 

Et puisque le détail du projet d’accord n’a pas été divulgué, M. Deer explique que la communauté veut obtenir plus de précisions sur cette entente de principe avant de prendre une décision définitive.

« Le problème du gazoduc est très important, et pas seulement pour les Wet’suwet’en », a-t-il ajouté.

Plutôt une nouvelle barricade

Non seulement les barricades n’avaient pas bougé, lundi, au Québec, mais une autre s’était en outre ajoutée, à Montréal, vers 14 h. 

Une nouvelle manifestation sur un chemin de fer, à l’ouest de Pointe-Saint-Charles, a causé l’interruption du service de train de banlieue exo pendant plus d’une heure entre Saint-Lambert et la gare Centrale, lundi après-midi. 

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Une nouvelle manifestation sur un chemin de fer, à l’ouest de Pointe-Saint-Charles, a causé l’interruption du service de train de banlieue exo pendant plus d’une heure entre Saint-Lambert et la gare Centrale, lundi après-midi. 

La barricade n’a toutefois pas duré longtemps puisqu’elle a été démantelée pacifiquement peu avant 17 h.

Les manifestants s’étaient installés sur le pont ferroviaire du Canadien National qui passe au-dessus de la rue Wellington dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Cette voie, qui relie Montréal et Toronto, est utilisée pour le transport à la fois de passagers et de marchandises.

Les militants n’ont pas adressé la parole aux journalistes venus sur place, mais ont soutenu dans un communiqué qu’ils répondaient « à l’appel lancé par les Wet’suwet’en, réitéré [dimanche] soir après trois jours de négociations entre les chefs héréditaires et le gouvernement canadien ». 

Ils affirmaient que même si les parties avaient conclu une entente de principe au sujet des droits et des titres des Wet’suwet’en, « elles n’ont pas conclu d’entente au sujet de Coastal GasLink (CGL) », l’entreprise qui cherche à faire passer un pipeline sur le territoire des Wet’suwet’en en Colombie-Britannique.

Rappelons que le Canadien Pacifique a obtenu mardi dernier de la Cour supérieure une injonction ordonnant le démantèlement de la barricade qui bloque les rails, injonction qui n’a toujours pas été officiellement signifiée par huissier aux manifestants de Kahnawake. L’ordonnance est en vigueur jusqu’au 5 mars.

Toujours aucun détail sur le projet d’entente

Dans un message transmis aux médias, lundi, le chef héréditaire Woos des Wet’suwet’en, le ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, et la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, ont déclaré que les discussions des derniers jours avaient porté sur « la reconnaissance des droits et du titre des Wet’suwet’en sur l’ensemble du Yintah [territoire] et les questions soulevées par le projet Coastal GasLink », tout en précisant que « ces sujets ont été abordés séparément ». 

Le projet d’entente porte sur la reconnaissance des droits et du titre et, « si l’entente est ratifiée, le ministre Fraser et la ministre Bennett ont convenu de retourner sur le territoire des Wet’suwet’en pour la signer. Les parties ont également convenu de mettre en œuvre le titre de manière accélérée afin de coordonner leur collaboration ».

Par ailleurs, la chef élue de la communauté wet’suwet’en, Maureen Luggi, regrette de ne pas avoir été invitée à étudier le projet d’entente.

« Tout en respectant les chefs héréditaires […] et bien qu’ils prétendent représenter nos communautés wet’suwet’en, ils nous ont exclus de ces discussions et de la participation à la conclusion de l’accord, déplore Mme Luggi. Les gouvernements fédéral et provincial nous ont également ignorés dans ces importantes négociations. »

— avec La Presse canadienne