La banlieue éloignée de Montréal gagne du terrain, et ce phénomène d’étalement urbain accentue le problème du transport automobile dans la région. Selon la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), 94 % des 100 000 navetteurs provenant des municipalités limitrophes à son territoire et qui viennent y travailler tous les jours utilisent presque exclusivement l’automobile comme mode de transport.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Selon les données publiées hier par l’Observatoire Grand Montréal qui relève de la CMM, plus du tiers (34,2 %) des navetteurs habitant des villes qui connaissent une croissance démographique accélérée parcourent des dizaines de kilomètres pour aller travailler jusque dans l’île de Montréal ; 20 % se déplacent dans les agglomérations de Laval et Longueuil. On en compte 21,3 % qui font l’aller-retour entre des villes comme Saint-Jean-sur-Richelieu, Sainte-Martine ou Salaberry-de-Valleyfield, et leur lieu de travail dans la couronne sud. Quant à la couronne nord, ils sont 23,7 % des navetteurs à emprunter les autoroutes matin et soir pour s’y rendre travailler.

« La congestion automobile, c’est le problème numéro 1 dans la couronne nord. Numéro 1. Que ce soit du côté est ou ouest, les autoroutes sont bondées tous les matins. Un moment donné, il faut réfléchir aux façons de renverser la tendance. C’est une question de cohérence », soutient le directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni.

Tout-à-l’auto

Les élus de la Commission des transports de la CMM se réunissent ce mardi afin de se pencher sur la question de l’étalement urbain et proposer des mesures pour favoriser un modèle d’urbanisation qui prend en compte le transport collectif. Le conseiller en recherche à la CMM, Philippe Rivet, rappelle que les transports en commun peuvent se développer dans des milieux de vie densément peuplés (nombre minimum d’unités d’habitation par hectare) alors que c’est le règne de l’automobile dans le pourtour de la CMM, où 94 % des navetteurs sont derrière leur volant tous les jours pour se rendre au travail. C’était le cas, en 2016, de 14 200 travailleurs de Saint-Jean-sur-Richelieu et de 11 000 autres provenant de Saint-Jérôme.

Si le développement qui est préconisé et qui se poursuit dans les municipalités limitrophes continue à être de très faible densité, on ne voit pas le jour où les transports en commun pourront s’y implanter.

Philippe Rivet, conseiller en recherche à la CMM

Ainsi, dans les MRC qui bordent les 82 municipalités constituant la CMM, la construction de maisons individuelles demeure la principale offre d’habitation. Par exemple, ce fut le cas pour 89,8 % des chantiers résidentiels à Saint-Colomban et 40,2 % à Lavaltrie, entre 2013 et 2018, selon les chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) traités par la CMM.

Ce développement suit la croissance démographique. Chaque année depuis 2015, la CMM perd 7000 personnes au profit des municipalités au nord et au sud de son territoire. C’est dans ces villes et villages que l’on retrouve la possibilité d’acheter une maison unifamiliale moins cher. La CMM présente l’exemple de municipalités voisines, l’une dans la MRC Les Moulins et l’autre hors CMM, à Saint-Lin–Laurentides. Le prix médian pour une maison dans la première s’établissait à 285 000 $ en 2019, contre 227 000 $ dans la seconde. Cet écart se vérifie également dans les villes de Chambly (CMM) et Saint-Jean-sur-Richelieu, où le prix médian respectif s’établissait à 330 000 $ et à 280 000 $ l’année dernière.

Revisiter la CMM ? 

Du côté de la CMM, un Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) a été adopté en 2012. C’est ce qui détermine le périmètre d’urbanisation, donc le développement résidentiel avec un objectif de densifier le territoire et de freiner l’empiétement en zone agricole. 

Le contrôle de l’urbanisation n’est pas appliqué de la même façon du côté de la CMM et du pourtour. Pourtant, ce sont les mêmes orientations gouvernementales.

Massimo Iezzoni, qui plaide en faveur d’un véritable arrimage entre la CMM et les MRC voisines

Au sein même du ministère des Affaires municipales et de l’habitation, il semble y avoir des divergences entre le discours officiel et les actions. Dans son Plan stratégique 2019-2023, le Ministère constate que l’étalement urbain prend de l’ampleur dans la région métropolitaine. Cette situation entraîne des déplacements automobiles qui « contribuent à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à la congestion routière », explique-t-on.

Le Ministère souligne également que « ce phénomène fait pression sur les terres agricoles et les milieux naturels, nuit à la mixité sociale, en plus d’engendrer des coûts importants en infrastructures publiques ». Malgré cette position officielle, le Ministère a donné un avis favorable à la demande des MRC Jardins-de-Napierville, Maskoutains, Joliette et Montcalm, dont La Presse a abordé la situation le mois dernier, de faire du dézonage agricole afin de permettre du développement résidentiel. La CMM n’est pas en faveur de ces empiétements.