Elle a vu défiler tour à tour Gérald Tremblay, Denis Coderre et Valérie Plante à la tête de Montréal. Seize ans à recevoir les plaintes des citoyens. Seize ans à enquêter, à jouer le rôle de chien de garde, à tenter de réparer les préjudices dans la population.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Première et à ce jour unique personne à avoir occupé le poste d’ombudsman de la Ville de Montréal, Me Johanne Savard a annoncé récemment sa décision de passer le flambeau. Départ à la retraite. Lors d’un entretien avec La Presse, dans ses bureaux du centre-ville, l’ancienne avocate en droit du travail a évoqué tout le chemin parcouru depuis la création du bureau de l’Ombudsman à la Ville de Montréal.

« Ça n’existait pas, un poste d’ombudsman à l’époque, ni à Montréal ni dans aucune autre ville canadienne. J’avais déjà travaillé pour la Ville, mais à titre de sauveteuse, comme étudiante. Je suis arrivée un peu comme tous les citoyens, avec du cynisme, et j’ai été étonnée de trouver du monde compétent et dévoué, mais du monde passablement occupé. »

Au début, se remémore-t-elle, les citoyens étaient peu nombreux à se tourner vers l’ombudsman pour régler leurs problèmes. Ce n’était pas tant par « peur de porter plainte » que par méconnaissance du service. Les temps ont changé. L’an dernier, plus de 2000 plaintes ont été traitées, indique le bureau de l’Ombudsman.

« Durant les premières années, on recevait surtout des plaintes au sujet du bruit. Les arrondissements centraux n’étaient pas nécessairement bien équipés. Nous, ce qu’on expliquait aux arrondissements, c’est que ça n’avait pas d’allure d’évaluer des plaintes avec un sonomètre acheté à la quincaillerie du coin. Il n’y avait pas d’inspecteurs possédant la formation. Puis, tranquillement, je pense à Ville-Marie, par exemple, de la prévention a été instaurée. »

Accessibilité universelle

Autre problématique où l’ombudsman estime avoir agi concrètement : « l’accessibilité universelle ».

Me Savard raconte que les problématiques vécues par les personnes en situation de handicap étaient nombreuses dans les arrondissements. Les problèmes d’accès ne se limitent pas aux personnes à mobilité réduite, mais touchent aussi celles qui ont des problèmes de vision et les malentendants, explique-t-elle

Elle se rappelle un cas en particulier, le dossier du « demi-trottoir » de 70 cm de la rue De Brébeuf, coupé en deux sous Denis Coderre pour implanter une piste cyclable sans avoir à retirer du stationnement sur rue. À la suite d’une plainte auprès de l’ombudsman, il a finalement été reconstruit par l’administration Plante, au printemps dernier.

Il y a des gens pour qui les mesures adaptées n’étaient même pas à envisager. Il a fallu expliquer que si tu tiens une assemblée publique, il faut une rampe d’accès pour les fauteuils roulants, et que si tu as une rampe, il faut qu’elle soit déneigée en hiver. Il a fallu aussi expliquer que si elle est installée à l’arrière, ça prend des panneaux.

Me Johanne Savard

Avec un taux de satisfaction de 95 % à la suite du traitement d’une plainte, Me Savard explique que son rôle consiste aussi à aider les citoyens à obtenir l’information exacte.

« Quand il y a eu le premier règlement sur les pitbulls, il y a eu beaucoup d’informations mises sur le web par la Ville de Montréal. Mais honnêtement, c’était difficile de s’y retrouver. En discutant avec le service, on a réussi rapidement à faire apporter des corrections pour faciliter la compréhension. »

« Garder les choses simples »

Comme pour le vérificateur général de la Ville de Montréal, les pouvoirs de l’ombudsman se bornent à énoncer des recommandations. Me Savard parle d’une « culture de bienveillance » à inculquer chez les fonctionnaires, chez les élus.

Au fil des ans, elle estime que l’approche municipale a évolué. « Il y a une réelle volonté », dit-elle. Mais, nuance-t-elle, la structure de la Ville de Montréal est compliquée, et ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver.

« Nous, on travaille beaucoup avec les citoyens pour faire comprendre la réalité de la Ville de Montréal. On écoute les demandes, on tente de comprendre les besoins des gens, et on règle beaucoup de sentiments d’injustice. »

Avant son départ, prévu dans les prochains mois, Me Savard entend poursuivre une tournée des arrondissements pour expliquer le mandat de « collaboration » de l’ombudsman. Des journées citoyennes sont aussi prévues avec l’objectif d’enlever des peurs, dit-elle.

« On a un devoir de confidentialité, rappelle-t-elle. On n’est surtout pas un processus judiciaire ici, on a l’avantage de pouvoir garder les choses simples. Les gens doivent savoir ça. »