La vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Myrlande Pierre, a recommandé au SPVM de mettre fin aux interpellations sans motif, dans le cadre d’une discussion publique organisée par la Commission de la sécurité publique qui s’est tenue à l’hôtel de ville de Montréal vendredi matin.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

« À la lumière du phénomène du profilage racial, il était important pour nous de nommer le phénomène pour ne pas masquer la réalité », a déclaré Mme Pierre dans la salle de conseil où se sont réunis divers élus, représentants du Service de police de la ville de Montréal et acteurs de milieux communautaires.

Cette discussion publique survient quatre jours après l’adoption unanime d’une motion lundi dernier par le conseil de ville de Montréal, qui recommandait au Service de police de la ville (SPVM) de Montréal d’en finir avec les interpellations. La motion avait été déposée par Marvin Rotrand, conseiller indépendant de Snowden.

Elle fait suite au rapport indépendant, préparé par trois chercheurs et déposé le 7 octobre dernier. Le rapport faisait état d’un nombre disproportionné d’interpellations visant les membres des communautés noires, autochtones et arabes, notamment.

Les recommandations de la CDPDJ

Mis à part l’abandon des interpellations sans motif, la vice-présidente de la Commission des droits de la jeunesse et des droits de la personne (CDPDJ) a proposé dans son propre rapport, intitulé « Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées », que les services de police intègrent dans leur pratique la collecte de différentes données en lien avec l’identité des individus interpellés.

Avec ces données en main, Mme Pierre a proposé que « la Ville de Montréal, le SPVM et à la STM effectuent une reddition de comptes publique annuelle », qui permettrait de faire le point sur la situation afin de faire état d’un progrès potentiel dans la réduction des disparités remarquées dans les interpellations.

Le SPVM, représenté par Marc Charbonneau, chef à la direction des services corporatifs, a profité de l’évènement pour revenir sur les recommandations du rapport indépendant, en rappelant ses intentions d’écrire une nouvelle politique sur les interventions policières. Il a souligné le fait que le SPVM « prenait le problème du profilage racial au sérieux ».

L’idée d’abandonner toutes les interpellations ne figure pas dans les plans du SPVM.

« Le témoignage des victimes de profilage est par ailleurs sans équivoques quant au message de double standard que [perçoivent les victimes], a-t-elle martelé lors de son allocution. Ils se sentent traités comme des citoyens de seconde zone, des personnes pour qui le droit à l’égalité demeure encore, malheureusement, abstrait et théorique ».

Myrlande Pierre a toutefois dénoncé la portée limitée du rapport qui, selon elle, ignorait certains aspects du profilage en limitant la définition employée par les chercheurs de celui-ci. Elle déplorait notamment que la recherche n’inclût pas l’aspect « social » du profilage, soit le profilage exécuté sur les bases du statut social de l’individu interpelé.

En tout et pour tout, la discussion qui a duré plus de 3 heures et demie a permis à une quinzaine d’intervenants des milieux communautaires de poser des questions aux chercheurs, aux élus et au SPVM.

Ensemble Montréal désire aller plus loin que l’abolition des contrôles « de routine ». « Nous ne voulons pas d’un énième plan d’action : la solution que nous privilégions depuis longtemps est le déploiement de caméras portatives au SPVM, » a-t-il fait savoir Abdelhaq Sari, vice-président de la Commission sur la sécurité publique et porte-parole de l’opposition officielle à l’hôtel de ville en matière de sécurité publique.