Incapable de payer son loyer de 45 000 $ par mois, le propriétaire du gym Machina, dans le quartier Mile End, a changé les serrures et fermé les portes de l’établissement sans prévenir, la veille de la paye.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les employés l’ont appris par courriel, le 7 novembre, et plusieurs membres l’ont découvert le lendemain matin en se butant à une porte close.

« Malheureusement, aujourd’hui même, Machina a été dans l’obligation de déposer une cession de ses biens en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité », ont-ils pu lire sur une feuille collée dans la vitre.

« C’est absolument horrible comment ils ont géré la faillite », a réagi Kristen Banker, une ex-membre, sur Facebook.

« Les élèves se sont pointés pour le cours ainsi que les profs, et les portes étaient fermées. Les entraîneurs et le gym ont toujours été incroyables. Mais les propriétaires n’ont jamais semblé vouloir se concentrer sur la communauté et faire bien les choses. Clairement, c’est le cas plus que jamais. »

« Je ne peux pas croire à quel point Machina était mal géré. Ils avaient des entraîneurs et un espace exceptionnels, mais ils ne savaient pas les payer correctement, garder ça propre et gérer leurs finances », a ajouté Myrite Rotstein, également membre.

Un gym de 4 millions

Le propriétaire, Alex Brosseau, bien connu dans le milieu de la restauration, est copropriétaire du Flyjin, brasserie asiatique dans le Vieux-Montréal, et possède le Soubois, vaste resto du centre-ville. Il a ouvert Machina avec sa femme, Jasmine Legault, et d’autres investisseurs, le 31 janvier 2018, avec plus d’un an de retard sur l’échéancier prévu.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le propriétaire Alex Brosseau

Investissement total ? Autour de 4 millions, fait savoir M. Brosseau.

« On a étiré ça le plus longtemps possible, assure-t-il. Un moment donné, il y a des paiements à faire et il n’y a pas d’argent dans le compte. »

Le prix du loyer était de 45 000 $ par mois pour une superficie de 21 000 pi2, avenue de Gaspé, près de la rue Saint-Viateur, au cœur d’un quartier en pleine effervescence, où les anciennes usines sont investies par des artistes et des entreprises en démarrage. Le nombre de membres frôlait les 850 après deux ans d’activité. Ces deux facteurs combinés expliquent en partie l’échec du projet, selon M. Brosseau.

« C’est une industrie très difficile où il y a énormément de compétition, avance-t-il. J’aurais voulu avoir 1500, 1700 membres. »

PHOTO FOURNIE PAR MACHINA

Le prix du loyer était de 45 000 $ par mois pour une superficie de 21 000 pi2, avenue de Gaspé, près de la rue Saint-Viateur, au cœur d’un quartier en pleine effervescence.

En plus du centre d’entraînement qui occupait une superficie de 16 000 pi2, Machina comptait un espace de restauration de 2500 pi2 et une clinique de santé de 1500 pi2.

Criblé de dettes

Alex Brosseau assure avoir tout fait pour sauver son entreprise de la faillite. Un nouvel investisseur a été pressenti il y a deux mois, mais l’entente n’a pas été conclue, dit-il.

« Sans joke, à [15 h 45], jeudi, j’étais encore en train de convaincre le propriétaire de l’immeuble de trouver une solution pour garder le gym ouvert. J’ai mis la compagnie en faillite à [16 h]. »

En entrevue avec La Presse, plusieurs employés ont émis des doutes sur la gestion de l’entreprise, qui était criblée de dettes.

« J’ai été surpris et pas surpris, a dit l’un d’eux. Il y avait beaucoup de départs chez les entraîneurs. »

« Ça devait coûter 1,2 million, au départ, et ça en a coûté presque 4. Je m’attendais à ce que ça ferme, mais pas si vite. Et pas avant Noël », a dit une autre.

Deux semaines de salaire

Le lendemain de la fermeture, les membres du personnel ont été informés que le syndic de faillite leur enverrait un formulaire de réclamation pour les deux dernières semaines de salaire, mais n’ont encore rien reçu.

Quant aux clients qui détenaient des abonnements annuels, ils doivent s’adresser à l’Office de la protection du consommateur (OPC) pour obtenir un remboursement. Les propriétaires ont déposé une caution de 15 000 $ à l’OPC, comme le prévoit la loi.

Machina a été condamné le 4 octobre dernier à une amende de 9322 $ à la suite d’une enquête de l’OPC. M. Brosseau a aussi dû verser 4400 $ à titre d’administrateur de l’entreprise. Faits reprochés : opération sans permis et signature de contrats non conformes.

Le centre rouvrira-t-il un jour sous un autre nom ?

« De ce que j’entends, différentes parties sont intéressées à le rouvrir comme gym », répond Alex Brosseau, dont la mère Francine Brûlé est propriétaire des restaurants Les Enfants terribles. « Mais je n’ai pas été approché par un groupe qui me proposait quelque chose de viable. »

Abonnés recherchés

Les anciens membres du Machina sont courtisés par le centre d'entraînement L’Espace Thomas, aménagé dans une ancienne église, rue Saint-Denis. « Prêt à faire une nouvelle rencontre qui répondra à vos standards élevés ? On vous offre 20 % sur tous nos services », annonce-t-on dans un message diffusé ces jours-ci sur les réseaux sociaux. L’Espace Thomas a ouvert ses portes à la fin de l’été à la suite de la fermeture du Saint-Jude Gym & Spa, qui a, lui, cessé ses activités du jour au lendemain, en mai, faute de moyens financiers suffisants. L’entreprise n’a toutefois pas déclaré faillite.