La Ville de Montréal souhaite établir un nouveau « partenariat financier » de 10 ans avec le gouvernement du Québec qui garantira « pour l’ensemble de cette période des sources de financement prévisibles, stables, indexées et récurrentes » afin de financer les transports collectifs et actifs, jusqu’en 2030.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

Dans un mémoire commun avec la Société de transport de Montréal (STM) présenté la semaine dernière à Québec, Montréal demande au gouvernement Legault d’« augmenter rapidement » sa contribution au financement des transports collectifs, et ce, dès le prochain budget.

Le mémoire propose ainsi que la part des réseaux de transports collectifs dans les budgets d’infrastructures du ministère des Transports du Québec (MTQ) soit rehaussée de 30 % à 50 % lors de la prochaine mise à jour du Plan québécois des infrastructures (PQI), au printemps 2020.

Appliquée au dernier PQI, une telle mesure aurait représenté à elle seule un transfert de plus de 6 milliards des budgets routiers vers les transports collectifs sur une période de 10 ans.

Investissements en transports 2019-2029

Routes : 24,6 milliards 67,2 %

Transports collectifs : 12,0 milliards 32,8 %

Total : 36,6 milliards 100 %

Source : Plan québécois des infrastructures (PQI)

Dans leur mémoire commun, la Ville de Montréal et la STM manifestent de plus leur inquiétude devant le peu d’empressement du gouvernement actuel de donner suite à la Politique de mobilité durable, qui a notamment pour objectifs de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports de 37,5 % et de hausser l’achalandage des transports collectifs de 30 % d’ici 2030.

« L’état de la congestion des réseaux et surtout l’urgence climatique nous forcent à atteindre nos objectifs sans délai, soutient le mémoire. Plusieurs choix importants ont été trop souvent repoussés par les gouvernements successifs », et « nous sommes inquiets des délais engendrés alors que les résultats se font de plus en plus urgents et nécessaires ».

Coûts par année de la congestion routière dans le Grand Montréal : 4,2 milliards

Coûts par année de la congestion évitée grâce aux transports collectifs : 1,85 milliard

Sources : Ville de Montréal et STM

« L’atteinte de nos objectifs collectifs en matière de mobilité durable et de lutte [contre les] changements climatiques, conclut-on, ne sera pas possible avec les efforts gouvernementaux, le modèle et les sources de financement actuels », et ce, malgré des projets majeurs en cours de réalisation comme le prolongement de la ligne bleue ou la construction du Réseau express métropolitain (REM).

Réduire la consommation de pétrole de 20 %

Ce mémoire a été déposé à Québec la semaine dernière dans le cadre d’une consultation gouvernementale portant sur le financement de la politique de mobilité durable (PMD), adoptée en 2018 par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Elle propose des cibles ambitieuses sur le plan environnemental et sur les changements d’habitudes jugés nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 37,5 % d’ici 2030.

La politique vise ainsi une réduction de la consommation totale de pétrole de l’ordre de 40 %, une diminution des déplacements en auto solo de 20 %, une baisse de 20 % des dépenses des ménages liées aux transports, ainsi qu’une réduction des coûts associés à la congestion routière, tout ça d’ici 2030.

Après avoir décidé de reconduire la politique, le gouvernement caquiste a lancé en juillet dernier ce « chantier du financement », en reconnaissant d’emblée que pour atteindre ces cibles, il est « nécessaire de réexaminer le modèle actuel de financement des transports au Québec ».

Seulement pour les cinq premières années de mise en œuvre de cette politique, on prévoit des investissements de près de 10 milliards. Comment « pérenniser » son financement à plus long terme ? Augmenter les taxes sur les carburants ? Imposer une taxe au kilomètre parcouru ? Créer un cordon de péage autour du centre-ville ou sur les ponts de Montréal ? Taxer la masse salariale, les stationnements, la pollution, les grosses cylindrées ?

Un poids démesuré

À l’exception de sa recommandation de consacrer 50 % des investissements en infrastructures aux transports collectifs, le mémoire de la Ville de Montréal et de la STM ne s’attarde pas aux sources de revenus potentielles pour financer la mobilité.

En entrevue éditoriale avec La Presse, fin octobre, la mairesse Valérie Plante a affirmé que son administration s’était positionnée « sur les grandes orientations plutôt que sur des mesures spécifiques », parce que le modèle de financement actuel des transports collectifs imposait aux villes « un poids financier démesuré ».

Cadre financier des transports collectifs 2018-2028

Coûts des services 

2018 :  2,9 milliards
2028 : 5,7 milliards
Croissance annuelle de 7,1 %

Contributions municipales

2018 : 0,9 milliard
2028 : 2,0 milliards
Croissance annuelle de 8,3 %

Source : Communauté métropolitaine de Montréal (CMM)

Au cœur du nouveau « partenariat financier de 10 ans » proposé à Québec, la Ville de Montréal et la STM demandent ainsi que le gouvernement contribue à tous les aspects du financement des transports collectifs. Actuellement, Québec finance essentiellement le développement de nouveaux services ou de nouvelles infrastructures d’entretien.

Pour Montréal, le financement gouvernemental doit s’étendre aussi aux coûts d’exploitation des réseaux, à l’entretien des infrastructures, aux coûts de la transition vers l’électrification complète des services, en plus de couvrir une part plus importante des frais liés au transport adapté.

« Le PQI 2020-2030 et les futurs budgets du gouvernement du Québec devront répondre à ces ambitions, plaident la Ville et la STM. Cette contribution financière, accompagnée d’un partenariat clair et prévisible pour les 10 prochaines années, est nécessaire pour compléter le cadre financier du transport collectif du Grand Montréal. »