Montréal veut adopter des « cibles ambitieuses » pour réduire à zéro la quantité de déchets qu’elle enfouit d’ici 2030.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

L’administration Plante ambitionne de détourner 85 % des matières résiduelles de l’enfouissement d’ici 2030, avec la « cible intermédiaire » de 70 % d’ici 2025.

Il faudra donc accélérer significativement la cadence, puisque la quantité de matières résiduelles générées par habitant n’a diminué que de 13 % entre 2010 et 2018, passant de 534 kg à 465 kg.

« L’urgence d’agir est bien réelle », a déclaré la responsable de la transition écologique et de la résilience au comité exécutif de la Ville, Laurence Lavigne Lalonde, en rendant public le Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025.

C’est que la Ville anticipe la fermeture du site d’enfouissement de Terrebonne, où sont enfouis 39 % des déchets des ménages Montréalais, qui atteindra au rythme actuel sa pleine capacité d’ici 2029.

Pour atteindre le zéro déchet, Montréal mise sur la réduction à la source, la « mobilisation des parties prenantes », et, surtout, sur le bac brun.

Plus de la moitié des déchets

Les matières organiques représentent plus de la moitié des déchets générés par les ménages montréalais, mais seulement 26 % sont collectées, tandis que le reste est envoyé à l’enfouissement, démontrent les données de la Ville.

La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles avait comme objectif que 60 % des matières organiques soient récupérées à l’horizon 2018, puis 100 % en 2022.

Montréal poursuivra le déploiement de la collecte des matières organiques, notamment dans « tous les immeubles de neuf logements et plus d’ici 2025 », alors qu’elle est actuellement limitée aux immeubles de huit logements et moins, a annoncé Mme Lavigne Lalonde.

Les établissements scolaires devraient aussi s’y joindre ; des projets-pilote seront menés en ce sens dans 22 écoles « dès cette année ».

Réduire à la source

Montréal compte également réduire la quantité de déchets générés par habitant de 10 kg par année, ce qui représente une diminution de 20 % à l’horizon 2030.

L’une des façons d’y parvenir sera la lutte contre le gaspillage alimentaire ; la Ville prévoit interdire aux supermarchés et aux institutions de jeter aux ordures des denrées alimentaires, comme le rapportait La Presse, mercredi.

La Ville souhaite amener ces grands générateurs de déchets organiques à se tourner vers des banques alimentaires et à faire en sorte que « ce qu’il n’est pas possible de donner soit composté et non enfoui », a déclaré Laurence Lavigne Lalonde.

D’autres mesures viendront également diminuer la quantité de déchets enfouis, comme l’interdiction planifiée pour le printemps prochain des articles de plastique à usage unique, ou encore l’interdiction pour les commerçants de jeter ou détruire des vêtements qui ne sont pas vendus.

L’administration Plante prévoit aussi « utiliser son influence » auprès de Québec pour développer l’économie circulaire et élargir la responsabilité des producteurs, notamment par l’instauration de la consigne et de critères sur les emballages.

« Les entreprises disent depuis longtemps qu’elles paient [pour le traitement de ce qu’elles mettent en marché], via Éco Entreprises Québec ; c’est vrai pour ce qui est recyclé, mais pas pour les déchets qui finissent à l’enfouissement », a illustré Jean-François Parenteau, responsable de l’environnement et des services aux citoyens au comité exécutif.

Laurence Lavigne Lalonde ajoute que la réduction des déchets aura aussi des bénéfices indirects, comme la réduction des émissions de gaz à effet de serre générés par leur transport.

Accueil favorable

Le plan de gestion des matières résiduelles proposé par Montréal est bien accueilli par le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).

« C'est une approche novatrice », a déclaré son directeur général, Karel Ménard, se disant « agréablement surpris ».

« Avant, on parlait de grosseurs des bacs, de la mécanique, [alors que maintenant], on vise la réduction à la source », relève-t-il, se réjouissant également de la présence d'« outils intéressants que d'autres municipalités n'ont pas », comme l'interdiction de l'enfouissement des textiles et des articles de plastique à usage unique.

« C'est rare qu'on voie des plans comme ça, qui osent aller aussi loin », dit-il, reconnaissant que certaines mesures pourraient « brusquer ».

« Mais on est rendus là. »

Le Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025 fera l'objet de consultations publiques, dès le mois prochain, au terme desquelles un cadre financier sera établi en vue de son adoption au printemps prochain.