Un participant au demi-marathon de Montréal est mort hier matin. Patrick Neely, un ingénieur de 24 ans, a fait un arrêt cardiorespiratoire à moins de 1 km du fil d’arrivée. Malgré les manœuvres de réanimation faites par des passants, le jeune homme est décédé.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Thomas Dufour Thomas Dufour
La Presse

Il avait presque terminé son demi-marathon. Il était à quelques centaines de mètres du parc La Fontaine quand il s’est effondré, au coin des rues Cherrier et Saint-Hubert, sur le Plateau Mont-Royal. Patrick Neely venait de faire un arrêt cardiorespiratoire.

« Il n’avait pas de pouls, il ne respirait presque plus, a indiqué Andrée-Anne Gagné, médecin résidente en psychiatrie et l’une des premières personnes arrivées sur les lieux. J’ai dit : “On commence les manœuvres.” »

Non loin de là, Cécile Lagoutte regardait les coureurs passer devant chez elle quand elle a remarqué un attroupement autour de quelqu’un au sol et une personne commencer un massage cardiaque. Elle a accouru.

« Il y avait une personne qui massait, personne ne ventilait, alors je me suis proposée. On a réclamé un pocket mask [masque de réanimation], et finalement une policière nous en a apporté un », raconte la résidante du quartier, qui détient une formation de secouriste. Elle témoigne que les policiers n’ont pas pris le relais.

« Les policiers ont été extrêmement passifs », déplore Mme Lagoutte, qui assure avoir elle-même effectué les manœuvres avec Mme Gagné jusqu’à l’arrivée des premiers répondants.

« On a un policier qui a vu la personne tomber et les policiers sont allés vers lui. Ils ont fait la demande d’assistance à Urgences-santé, rapporte l’agent Jean-Pierre Brabant, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Les pompiers sont arrivés dans les minutes qui ont suivi et ensuite la personne a été transportée dans un centre hospitalier. »

Or, tant Mme Lagoutte que Mme Gagné affirment que les secours ont mis « une éternité » à arriver.

Ç’a été long ! Je ne peux pas dire combien de temps exactement, mais on a eu le temps de faire plusieurs cycles [de RCR].

Cécile Lagoutte, témoin de la scène

Le porte-parole d’Urgences-santé, Benoît Garneau, n’a pas pu confirmer le délai d’intervention des ambulanciers. « Je n’ai pas ces détails-là, a-t-il indiqué. Il faut comprendre que c’est le marathon, il faut se déplacer et ce n’est pas toujours évident. »

Des amis de la victime, inquiets de son absence au fil d’arrivée, ont appris que Patrick se trouvait à l’hôpital Notre-Dame en consultant l’application Find My Friend, a appris La Presse. En fait, le père de la victime, qui était le contact d’urgence fourni dans le formulaire d’inscription de son fils, aurait reçu l’appel officiel de l’organisation longtemps après l’incident.

Silence radio des organisateurs

L’organisation du marathon de Montréal avait-elle adéquatement prévu les circuits pour les véhicules d’urgence ? Manquait-il de bénévoles dans les équipes médicales ? Des défibrillateurs étaient-ils disponibles ? La Presse a tenté à de nombreuses reprises de joindre les organisateurs du marathon de Montréal à la suite de l’incident, puis de nouveau lorsque le décès a été confirmé, en vain.

Dans un courriel laconique, la relationniste de l’événement, Josée Massicotte, a répondu en début de soirée : « Puisque la personne concernée a été prise en charge par les services d’urgence, votre demande doit aller à Urgences-santé. »

Ça a pris une éternité. Quand la personne du marathon de Montréal est arrivée, ça faisait au moins 25 minutes [que le jeune homme était par terre].

Andrée-Anne Gagné, témoin de la scène

Absence de défibrillateurs

En retournant le dossard du coureur, Mme Gagné a vu que le jeune homme souffrait de sténose aortique modérée, un trouble cardiaque. « Quand il a été branché sur le défibrillateur [après l’arrivée des secours], il avait les extrémités bleutées et il était en asystolie [absence de contraction cardiaque] », a-t-elle expliqué.

Les bonnes samaritaines déplorent que l’équipement nécessaire à une réanimation rapide, comme un défibrillateur ou de l’épinéphrine, n’était pas disponible sur place ni dans les véhicules de police.

« On ne souhaite pas que ça prenne autant de temps, surtout dans une grosse organisation comme ça », a indiqué la médecin.

« J’étais persuadée que les véhicules de patrouille étaient dotés de défibrillateurs. C’est tellement répandu en Amérique du Nord. J’essayais de réfléchir à un endroit où on pouvait en trouver un, mais il n’y avait rien autour », a constaté Mme Lagoutte, qui compte bien entamer des démarches auprès de la Ville de Montréal et du SPVM pour qu’ils se penchent sur la question.

« Les personnes qui sont intervenues dans les minutes qui ont suivi l’incident se sont vraiment consacrées à essayer de sauver cette personne », a-t-elle conclu, transmettant ses condoléances à la famille du jeune homme.

Départ retardé

La journée avait déjà bien mal commencé. À cause d’un manque d’effectifs pour sécuriser le parcours, le coup d’envoi du Marathon Oasis Rock’n’roll de Montréal a été donné avec un retard de 50 minutes. Le producteur et directeur de course, Dominic Piché, a présenté des excuses et a pris l’entière responsabilité de cette maladresse. Samedi soir, il espérait encore pouvoir assurer la sécurité du parcours juste à temps pour le coup d’envoi prévu à 7 h 10. Une cellule de crise a même été mise sur place. Les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont venus à la rescousse pour combler ce manque de ressources de l’organisation du marathon de Montréal. M. Piché n’a pas précisé si cela entraînera des coûts supplémentaires. Il n’a pas expliqué non plus la raison de « ce manque d’effectifs en sécurité », une situation qui sort vraiment de l’ordinaire à Montréal où se sont déroulés plusieurs marathons depuis 40 ans. Près de 18 000 participants étaient inscrits aux cinq épreuves du marathon.