Luc Ferrandez a beau avoir démissionné de la mairie du Plateau-Mont-Royal, son nom est encore sur toutes les lèvres alors que les électeurs de l’arrondissement montréalais doivent élire son successeur, le 6 octobre. La Presse a rencontré les trois candidats qui font campagne en se positionnant par rapport au coloré maire démissionnaire.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Luc Rabouin, Projet Montréal : l’autre « Luc »

« Je ne suis pas Luc Ferrandez. Je n’ai pas l’intention de remplacer Luc Ferrandez. J’ai l’intention d’être maire du Plateau. »

Luc Rabouin sait qu’il aura de grands souliers à chausser s’il est élu le 6 octobre. Occuper l’espace d’un personnage politique aussi coloré et apprécié par sa base que l’ancien maire du Plateau (qui, par ailleurs, l’a appuyé lors de la course à l’investiture) n’est pas un travail de tout repos. « Mon plus grand défi, c’est de me faire connaître du public », affirme le candidat de Projet Montréal, qui multiplie les rencontres dans les cafés et commerces de l’arrondissement depuis le début du mois d’août.

Pour conserver la mairie de cet arrondissement, le parti de Valérie Plante a misé sur l’homme actuellement responsable du développement stratégique de la Caisse d’économie solidaire de Desjardins. La Presse l’a d’ailleurs trouvé attablé avec les membres du conseil d’administration de Temps Libre, un espace de travail partagé géré en mode coopératif dans le Mile End.

« Beaucoup de gens me demandent si j’ai “l’intention de continuer ou pas”, en faisant référence à la transformation du Plateau. C’est simple : je suis tout à fait dans la même lignée, dit-il. Je suis là pour maintenir le cap sur la transition écologique. C’est ma cause numéro un, c’est pour ça que je suis en politique. »

Père de deux enfants en bas âge, il dit faire de l’apaisement de la circulation, de la sécurité et de la promotion du transport actif ses priorités. « Moi, mes enfants, je n’aime pas trop quand ils partent à vélo, dit-il. Je trouve que ce n’est pas normal, parce qu’on est dans un quartier où l’on devrait pouvoir se déplacer à vélo. »

Au-delà de la transition écologique, sa longue expérience dans le domaine du développement économique et social confère à sa candidature une certaine « crédibilité » auprès des commerçants, avance-t-il. Il évoque des entretiens récents avec les sociétés de développement commercial du Plateau : « Ils sont assez contents qu’il y ait quelqu’un avec cette expérience et une préoccupation pour le développement économique local », dit-il.

Jean-Pierre Szaraz, Ensemble Montréal : l’anti-Ferrandez ?

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Jean-Pierre Szaraz, candidat d’Ensemble Montréal à la mairie du Plateau-Mont-Royal

Vers 8 h du matin, devant l’école primaire Lanaudière, des dizaines de parents pressés viennent déposer leurs enfants. Ils sont venus en voiture, à bicyclette, à pied. Jean-Pierre Szaraz est là pour leur accueillir et distribuer des dépliants.

Le candidat d’Ensemble Montréal, qui s’était présenté une première fois en 2017, est dans une situation similaire à celle de ses opposants : il est peu connu. Sans se positionner comme un « anti-Ferrandez », Jean-Pierre Szaraz multiplie les attaques contre l’ancien maire. Il dénonce son « manque de transparence » et ses « décisions en catimini », et semble vouloir miser sur les électeurs qui n’ont aimé ni le style de gestion ni les idées de M. Ferrandez. « Il faut dépolariser le Plateau », dit-il.

Visiblement, M. Szaraz est en territoire fertile. Si plusieurs parents abordés par La Presse admettent qu’il fait bon vivre sur le Plateau, la plupart se sont plaints du manque de places de stationnement et de la reconfiguration des voies de circulation qui leur complique la vie, surtout lorsque vient le temps d’accompagner les enfants à l’école, le matin.

David-Samuel Saint-Georges, un père qui habite le Plateau mais qui se rend à Rosemont pour le travail, résume bien les sentiments conflictuels partagés par d’autres résidants. « Chaque jour, je dois faire une méditation dans ma voiture parce que c’est un casse-tête sans fin. C’est l’enfer. Sinon, pour ce qui est des activités à faire dans le coin, je n’ai rien à dire : c’est fabuleux. »

Issu d’une famille qui était propriétaire de Chez Farfelu, une boutique bien connue du Plateau située sur l’avenue du Mont-Royal, Jean-Pierre Szaraz travaille aujourd’hui dans un des magasins RONA de l’arrondissement. Selon lui, l’administration précédente a tenté de diviser pour mieux régner, en mettant en opposition les habitants et les commerçants.

« Ça fait 10 ans qu’on tourne le dos aux commerces, dit-il. C’est le temps de les inclure dans les décisions. » Il s’est dit ouvert à une reconfiguration des règles de stationnement et à une baisse des taxes pour les locaux commerciaux afin de les aider.

Marc-Antoine Desjardins, Vrai changement pour Montréal : une troisième voie

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Marc-Antoine Desjardins, candidat du Vrai changement pour Montréal à la mairie du Plateau-Mont-Royal

Proche des idées de Projet Montréal, ancien candidat d’Équipe Coderre, Marc-Antoine Desjardins entend proposer une troisième voie pour la mairie du Plateau en défendant des idées proches de ce que proposait Luc Ferrandez, tout en rejetant son style de gestion. Pour ce faire, il se présentera sous la bannière de Vrai changement pour Montréal, une formation qui s’était mise en veilleuse depuis deux ans.

La Presse a rencontré M. Desjardins à la Maison des cyclistes, devant le parc La Fontaine. C’est que le candidat est un cycliste passionné, qui organise depuis 2016 les événements Cyclovia du Plateau : plusieurs dimanches de l’année, la voie Camillien-Houde est fermée à la circulation automobile pour faire place aux amateurs de vélo sportif.

Lors des élections municipales de 2017, M. Desjardins s’était présenté comme candidat pour le parti Équipe Coderre, devenu Ensemble Montréal, mais il dit ne plus s’y reconnaître. Ses propositions se rapprochent bien plus de celles de Projet Montréal, un parti dont il reconnaît d’emblée les mérites.

« Quand il est arrivé au pouvoir il y a 10 ans, Projet Montréal a peut-être forcé le jeu, a même paru un peu frondeur, mais ça prenait une médecine de cheval et, finalement, ils ont eu raison », dit-il. Ce qu’il a moins apprécié de la période Ferrandez, c’est « la façon de faire », le ton « moralisateur ». « Je veux dire aux gens que l’on peut continuer dans la même direction, mais en prenant une autre trajectoire. »

M. Desjardins a publié une plateforme garnie de propositions qui témoignent de son penchant pour une transition écologique accélérée, rivalisant avec celle de Luc Rabouin : création d’un Conseil jeunesse dans l’arrondissement, tarification au poids des déchets commerciaux et résidentiels en contrepartie d’un ajustement fiscal, création d’un registre des locaux vacants, entre autres.

D’ici la fin de la campagne, Marc-Antoine Desjardins compte rencontrer les citoyens dans les parcs de l’arrondissement et cherchera à faire du bruit sur les réseaux sociaux. Mais ses opposants ont commencé leur campagne plus tôt et Vrai changement pour Montréal a suspendu ses activités après les élections de 2017 : le candidat devra donc pédaler vite s’il veut remonter la pente.

Profil démographique du Plateau-Mont-Royal

Nombre d’habitants : 104 000 (2016)
Nombre de familles avec enfants : 10 245 (2016)
Nombre d’électeurs : 65 283 (2019)
Taux de participation aux élections passées : 47,87 % en 2017, 51,52 % en 2013
Source : Ville de Montréal