(Montréal) Un événement international d’envergure sur l’apiculture et tout ce qui en découle rassemblera cette semaine quelque 6000 participants à Montréal.

Helen Moka
La Presse canadienne

Jusqu’au 12 septembre, le 46e Apimondia réunira des gens de l’industrie, mais aussi des chercheurs provenant de 130 pays et environ 200 exposants.

L’événement s’ouvre dimanche, mais ce n’est qu’à compter de lundi qu’il prendra véritablement son envol.

Plusieurs sujets seront abordés durant les quatre jours de l’événement. L’écologie, la pollinisation, la santé de l’abeille et les préoccupations liées aux pesticides figurent parmi les sujets de discussion, tout comme la préparation du miel, ses produits dérivés et leur utilisation.

Le «honey money» une industrie florissante

«Depuis les 15 dernières années, on observe une croissance du nombre de ruches au Canada parce qu’il y a une demande pour les services de pollinisation», explique en entrevue à La Presse canadienne Pierre Giovenazzo, président du 46e congrès international Apimondia.

Celui qui est aussi professeur au département de biologie de l’Université Laval, explique que les services de pollinisation ont pris de l’ampleur en raison de l’augmentation des grandes cultures, par exemple des petits fruits comme les bleuets ou les canneberges.

«ll n’y a pas assez de pollinisateurs naturels — donc d’abeilles sauvages —, alors que les champs de bleuets par exemple sont dépendants à 90% de la présence d’abeilles. On les remplace donc par des “abeilles domestiquées” gérées par des apiculteurs», explique M Giovenazzo.

Dans un champ de bleuets, le producteur peut faire appel à l’apiculteur pour qu’il amène mille ruches dans son champ, illustre-t-il.

«Au Québec, on a au-dessus de 25 000 colonies qui rentrent dans les champs de bleuets tous les ans et environ 15 000 dans les canneberges», dit-il.

Si l’industrie de la pollinisation est florissante, avec une valeur estimée à plus de 2 milliards par année au Canada, selon M. Giovenazzo, elle doit aussi faire face à plusieurs défis.

«Quand on fait un immense champ de canola, il n’y a aucune abeille là-dedans. C’est beau, mais il n’y a plus d’abeilles sauvages. La destruction de l’habitat pour une monoculture, ça affecte tout ce qui vit dans un habitat naturel», souligne Pierre Giovenazzo.

Il raconte qu’un apiculteur au Québec peut transporter ses ruches dans les vergers de la Montérégie, pour ensuite les transporter jusqu’aux champs de bleuets au Lac-Saint-Jean, puis sur la Côte-Nord, voire jusque dans les Maritimes.

«Puis il y a les canneberges et les concombres. L’apiculteur va faire peut-être faire du miel après s’être promené avec ses ruches partout, mais il est mal pris parce qu’il doit trouver un endroit où il y a des fleurs à butiner pour faire du miel.»

Pour pallier le manque d’abeilles sauvages, les apiculteurs québécois et du reste du Canada doivent donc en importer, « dans des tubes », illustre M. Giovenazzo, mais l’abeille dite «domestique» est moins résistante à nos hivers. L’an dernier, les apiculteurs ont ainsi perdu 25% de leurs colonies d’abeilles domestiques au Canada.

«L’abeille qu’on a ici, c’est l’abeille européenne. On l’a travaillé génétiquement pour qu’elle s’adapte, mais c’est quand même long nos hivers ici», explique le chercheur.

«Ça veut dire que le printemps suivant, l’apiculteur doit commander des reines du Chili, de la Californie, d’Hawaii et de la Nouvelle-Zélande.»

Une variété de sujets sur 48 symposiums

Les technologies nouvelles, comme pour inséminer les reines et essayer de travailler la sélection pour trouver des abeilles qui passent mieux l’hiver, la biologie de l’abeille et l’apithérapie sont aussi à l’ordre du jour des divers symposiums. La préparation du miel, ses produits dérivés et leur utilisation sont aussi des sujets incontournables, d’autant plus avec l’intérêt des fabricants de produits cosmétiques.

Il y a aussi le volet sur les maladies des abeilles et comment les traiter puisque ces insectes peuvent attraper 15 virus différents.

Sans compter tout le dossier de la fraude du miel, qui est un phénomène de plus en plus préoccupant sur les marchés internationaux. Il en sera question lors de tables rondes, notamment sur des méthodes pour déceler ces fraudes qui consistent à mélanger le miel avec des sucres raffinés, qui coûtent moins cher, sans toutefois en aviser le consommateur qui paie le plein prix.

Brasser des affaires

Le 46e congrès international Apimondia sert aussi à brasser des affaires.

«Je vous dirais que notre Apimondia a deux grands volets : un volet scientifique et un volet exposition apicole qui occupe les 3000 mètres carrés du Palais des congrès au 1er étage. On a au-dessus de 200 kiosques d’exposants qui proviennent de 70 pays différents. Ils viennent faire la promotion de leurs équipements apicoles, d’équipements pour l’analyse, et il y a des compagnies qui dirigent des imports-exports en miel», affirme M. Giovenazzo.

Il y a aussi plusieurs délégations étrangères qui ont un kiosque sur place.

«On a notamment une délégation chinoise et une délégation africaine. Ils viennent tous ici faire de la business à leur kiosque alors, oui, il y a beaucoup d’affaires qui vont se brasser ici à Montréal», confirme le président de ce rassemblement apicole.

Le Québec a aussi un kiosque, note-t-il.

À noter que c’est seulement la troisième fois que le Canada reçoit ce congrès d’envergure internationale. Il y a près d’un siècle que le Québec a été l’hôte de l’événement, soit en 1924 dans le Vieille-Capitale, puis plus récemment à Vancouver qui l’a organisé en 1990.