La nouvelle ligne de bus 445 Express ne fait pas que des heureux. Parlez-en aux automobilistes qui sont restés coincés, hier matin, dans une avenue Papineau pleine à craquer. La Presse a fait le trajet, en bus, puis en auto, histoire de comparer les deux expériences.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Patrick Sanfaçon Patrick Sanfaçon
La Presse

7 h 30

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Josée Patry

Josée Patry attend le bus 445 Express au coin des rues Beaubien et D’Iberville, comme tous les matins depuis lundi. Cette nouvelle ligne est idéale pour elle. Tellement idéale qu’on pourrait croire qu’elle a été conçue pour la conduire de son appartement au bureau et du bureau à son appartement. « J’habite tout près et je travaille au centre-ville, précise-t-elle. Donc, ça m’amène de porte à porte. Je peux m’asseoir, lire, je n’ai pas d’interruption, pas de correspondance. »

7 h 35

Inauguré il y a quatre jours, le 445 Express Papineau relie Rosemont–La Petite-Patrie au centre-ville. Le bus part de la rue de Bellechasse, au coin de la 20e Avenue. Il roule rue Beaubien, puis tourne sur l’avenue Papineau, en direction sud, où une des deux voies carrossables est désormais réservée aux autobus et aux taxis, entre Jean-Talon et Sherbrooke, aux heures de pointe. Le but ? Désengorger la ligne orange du métro et faciliter la circulation des autobus. Josée Patry descend à l'avant-dernier arrêt, rue René Lévesque, au coin de Robert Bourassa. Son bureau est de l’autre côté de la rue. « Le matin, ça va bien, dit-elle, assise dans le bus. Il y a un peu de trafic sur Papineau, mais c’est vraiment efficace. »

7 h 40

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Le 445 roule du lundi au vendredi, de 6 h 30 à 9 h 30, en direction sud, et de 15 h 30 à 18 h 30, en sens inverse. Josée Patry préfère mille fois cette nouvelle ligne au métro. « À Laurier, Rosemont ou Beaubien, ce n’est pas possible d’embarquer dans la ligne orange, affirme-t-elle. Ou, si tu embarques, tu as la face dans la porte et tu arrives de mauvaise humeur au bureau. J’évite le métro. Ça me prend plus de temps pour me rendre au travail, mais je suis de meilleure humeur et je peux m’asseoir et lire. »

7 h 50

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Le chauffeur Enzo Anoja

Des passagers heureux, le chauffeur Enzo Anoja en voit tous les jours depuis l’inauguration de cette ligne express. « Les gens sont très contents », lance-t-il, au volant de son autobus coincé dans le trafic, avenue Papineau. « Regardez, il y a un camion dans la voie réservée », ajoute-t-il, en faisant remarquer que la majorité des véhicules ne compte qu’une personne à bord. « Une voiture de 1600 kg pour transporter 70 kg ! » M. Anoja pense que la STM devrait développer plus de lignes express, comme c’est le cas en Italie, d’où il vient. « À Rome, je me rappelle, quand j’étais jeune, on restait comme, disons, à Montréal-Nord, et ma mère prenait un autobus et se rendait au centre-ville. Un autobus ! À Rome ! »

7 h 55

Assise dans le bus, Virginie Côté-Gravel est aussi ravie de cette nouvelle ligne qui la conduit de chez elle, dans Rosemont, au CHUM, où elle est assistante de recherche. C’est l’application Transit qui lui a suggéré ce trajet. « Avant, je prenais la ligne 18 pour aller au métro Beaubien, et je sortais à la station Champ-de-Mars, indique-t-elle. Mais je préfère le 445. Ça fait deux fois que je le prends et il y a tout le temps des places assises. Et c’est un peu plus rapide même s’il y a du trafic sur Papineau. »

8 h

Simon Charland, assis à l’arrière du bus, en est moins sûr. C’est aussi la deuxième fois qu’il monte à bord du 445. « Dans mon cas, c’est un petit peu plus long que de prendre le [bus] 18 et ensuite le métro parce que je travaille au square Victoria, explique-t-il. Je trouve ça bien d’avoir cette option-là, mais je dois marcher une dizaine de minutes, en sortant de l’autobus. »

9 h

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Un peu passé 8 h, La Presse quitte le bus, à l’intersection de la rue Sainte-Rose, au sud de Sainte-Catherine, pour retourner en taxi au point de départ, à l’angle des rues Bélanger et D’Iberville. Le trafic est dense, en direction nord, sur l’avenue De Lorimier. « Plus dense que d’habitude », dirait l’application Google Maps. Mais sur l’avenue Papineau, en direction sud, c’est bien pire. Les voitures font du surplace. Au coin de la rue Saint-Grégoire, un policier distribue des contraventions de 170 $ aux automobilistes qui s’aventurent dans la voie réservée. Au moins trois voitures sont prises en défaut chaque fois que le feu vire au rouge, dit l’agent.

9 h 10

Au volant de son auto, Olivier Paquin, lui, est dans la bonne voie. Il prend son mal en patience. « Je suis parti de l’Office municipal d’habitation de Montréal, rue Crémazie. Ça m’a pris au moins 30 minutes pour me rendre ici, dit-il. Je n’ai pas de problème avec les voies réservées aux vélos dans de petites rues. Mais, au moins, qu’on laisse les grands axes aux véhicules. Ça devient impossible de rouler. »

9 h 15

Chantal Desjardins, elle, roule depuis plus de 75 minutes quand elle s’arrête au feu rouge, rue Saint-Grégoire. Elle est partie de Sainte-Thérèse à 8 h. « Ça me prend à peu près ce temps-là en hiver, glisse-t-elle, résignée. Je vais me trouver un autre chemin, probablement D’Iberville, et descendre jusqu’à la CSN. »

9 h 20

Richard Pilon est tout aussi découragé. « Ce n’est bon à rien, les voies réservées », balance-t-il.

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Il est 9 h 20 quand La Presse abandonne les automobilistes à leur sort. Dans 10 minutes, ceux-ci pourront rouler dans la voie réservée sans risquer de se faire donner une contravention. L’heure de pointe sera terminée sur Papineau. Jusqu’à ce matin…