Après des années de croissance, l’économie de Montréal va mieux. Mais la faible qualification de sa main-d’œuvre freine son élan, estime l’Institut du Québec (IdQ).

Réjean Bourdeau Réjean Bourdeau
La Presse

En rattrapage 

« Pour rattraper les autres villes, Montréal devra garder son rythme des dernières années », dit Jean-Guy Côté, directeur associé de l’IdQ. L’économie montréalaise a progressé de 3,7 % en 2017 et de 3,4 % l’an dernier, note le coauteur de Comparer Montréal : toujours une locomotive pour le Québec. Cette étude a été réalisée en partenariat avec Montréal International et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Elle évalue la performance de Montréal par rapport à 14 autres villes nord-américaines de taille comparable. Parmi elles, on retrouve notamment Toronto, Vancouver, Boston et Philadelphie. « Montréal devra continuer à courir plus vite pour augmenter son niveau économique global, dit M. Côté. On espère que ce sera le cas. »

Le grand défi

Mais la « locomotive » montréalaise est freinée par une main-d’œuvre moins qualifiée et une faible productivité. « C’est le grand défi, précise M. Côté. Sans coup de barre pour redresser le cap, l’élan observé ces dernières années risque de s’essouffler. » Il constate que Montréal arrive au 14e rang pour le taux de diplomation au baccalauréat. Et en 10e place pour la proportion des 25 à 44 ans sans diplôme d’études secondaires. En outre, le taux de décrochage est élevé. « On a un passé montréalais et québécois où les taux de diplomation étaient plus bas, explique-t-il. Même si on s’est améliorés depuis 30 ans, il faut garder à l’esprit que les autres villes ont aussi avancé. »

Coup d’accélérateur

Jean-Guy Côté suggère de « donner un coup d’accélérateur » pour régler cette situation. « Il faut augmenter le nombre de personnes qui ont de bons diplômes et de bonnes compétences, dit-il. Ça doit être l’enjeu du Québec. » Il reconnaît que le gouvernement Legault a mis l’éducation au cœur de ses préoccupations. « C’est une étape, ajoute-t-il. Mais l’éducation, ce n’est pas juste s’occuper des écoles. Il y a un enjeu économique. Car c’est toute l’économie qui est touchée quand le taux de décrochage est plus élevé. » Le rapport recommande donc d’améliorer la scolarisation et la qualification de la main-d’œuvre pour « faire bouger l’aiguille de la productivité ».

L’impact sur la productivité

Le directeur associé observe un lien entre éducation et productivité. « Les villes plus productives ont des taux de diplomation plus élevés », dit-il. Pensons à San Francisco. « On est dans une économie qui a besoin de cerveaux, dit-il. Il faut donc des gens bien formés, souples et efficaces dans leurs classes de travail. » Il rappelle que Montréal est reconnu, entre autres, dans les secteurs de l’intelligence artificielle et de l’aéronautique. « Mais on a besoin de plus de gens avec des diplômes », dit-il. À son avis, une main-d’œuvre plus qualifiée servirait de levier pour améliorer la productivité sur le territoire de Montréal.

Qualité de vie

Cela dit, Jean-Guy Côté remarque que Montréal se classe dans les plus élevés au chapitre de qualité de vie. « Dans le contexte nord-américain où des villes ont de moins bons portraits, comme St. Louis et Phoenix, la carte de visite de Montréal est très intéressante. » Par ailleurs, il souligne que l’innovation « semble enfin décoller ». De plus, ajoute-t-il, Montréal reste la locomotive pour l’économie du Québec. Il compte pour presque 53 % de son produit intérieur brut (PIB). « Montréal attire les travailleurs et les immigrants prêts pour le marché du travail, dit-il. Donc, la création d’emplois se fait généralement ici. »

Qu’est-ce que l’Institut du Québec ? 

L’IdQ présente des études portant sur des enjeux socioéconomiques du Québec. Il est composé d’économistes et de chercheurs spécialisés en politiques publiques. Et il est issu d’un partenariat entre HEC Montréal et le Conference Board du Canada.