« On entendait une série d’explosions. Les pneus qui éclataient, sûrement les réservoirs à essence qui explosaient. Il devait faire 700-800 degrés ! Je suis encore sur les nerfs. »

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Raphaël Pirro
La Presse

Mayssa Feyra
La Presse

Au bout du fil, Patrick Plamondon raconte son histoire d’un seul trait, secoué par la scène de frayeur dont il a été témoin, hier après-midi, sur l’autoroute 440 Ouest, à Laval. Quatre personnes sont mortes et 11 ont été blessées dans un carambolage survenu près de l’autoroute 15.

Vers 15 h 35, un premier camion aurait embouti une voiture, ce qui aurait causé les collisions subséquentes entre un total de neuf véhicules, selon les premiers éléments d’enquête de la Sûreté du Québec. M. Plamondon était quelques mètres derrière, au volant de son camion de livraison.

« J’ai vu le camion venir de travers. Il était à droite et moi, à gauche. Sa remorque a tassé et ça a fait une réaction en chaîne. Quand ça a pété, ça a pété solide ! Ça a sauté drette en avant de moi, j’ai reçu des débris sur mon camion », raconte le chauffeur du fourgon dont la lunette avant et le capot ont été endommagés lorsque les véhicules ont pris feu.

Il estime qu’une vingtaine de voitures séparaient son camion cube de la scène.

C’était la panique totale ! J’ai essayé de m’approcher pour essayer d’aider, mais c’était trop chaud. J’ai pogné la chienne et j’ai reculé. Après ça, les pompiers, la police et les ambulances sont arrivés assez vite, dans les cinq minutes.

Patrick Plamondon, camionneur témoin du carambolage

Mario Lehoux, employé d’ACE experts-conseils, dont les bureaux sont situés en face de l’autoroute, a aussi été témoin des dommages spectaculaires causés par la collision. Il était sur place quelques minutes après avoir entendu le bruit cacophonique de l’impact entre les véhicules. Un « son bruyant et métallique » difficile à ignorer, même de l’intérieur.

« J’ai vu la remorque enflammée se plier en deux et fondre », a-t-il dit à La Presse.

« Tout a explosé. Je n’ai pu voir que les carcasses », ajoute-t-il en décrivant un chaos total, où des gens tentaient de sortir de véhicules en flammes. L’incendie a débuté instantanément et a pris une proportion considérable, au milieu des véhicules encastrés et de certaines voitures qui avaient visiblement fait des tonneaux, selon M. Lehoux. Il a décrit une scène cauchemardesque où plusieurs automobiles se trouvaient coincées sous d’autres véhicules.

CONFIGURATION DANGEREUSE ?

Onze personnes étaient toujours hospitalisées au moment d’écrire ces lignes hier soir, dont deux luttaient pour leur vie. Selon Stéphan Gascon, porte-parole d’Urgences-santé, des policiers et des pompiers incommodés par la fumée ont dû quitter les lieux et être évalués par les ambulanciers paramédicaux.

L’enquête s’annonce longue et complexe, considérant l’ampleur et la gravité de l’accident. La Sûreté du Québec invite les témoins de l’accident à contacter les autorités. N’empêche, la majorité des témoins joints par La Presse hier ont évoqué la dangerosité de la configuration des lieux.

« Ça fait comme un entonnoir, tu es porté à ralentir systématiquement, même s’il n’y a rien. Tu es porté à ralentir. Je passe là trois fois par semaine et je me fais souvent avoir », soulève Patrick Plamondon, camionneur pour Tapis VN.

Mario Lehoux, lui, a insisté sur la fréquence des accidents dont il est témoin sur cette route. Elle représente, à son avis, un enjeu de sécurité. « Ça fait 25 ans que je travaille ici et ce n’est pas la première fois que j’observe des accidents sur cette jonction. C’est de loin le plus grave et le plus choquant dont j’ai été témoin », a dit l’employé d’ACE experts-conseils.

« Les gens te freinent dans la face »

Camionneur depuis une trentaine d’années, Steve Mercier trouve aussi que le segment de l’A440 où a eu lieu le drame est un endroit « très dangereux ». Le 19 février 2016, au même endroit, un accident similaire à celui d’hier est survenu : un camion a embouti une voiture, faisant un mort, a-t-il raconté à La Presse.

Il en avait fait une vidéo qu’il a diffusée sur sa page Facebook. Il n’est aucunement surpris de l’accident d’hier. Depuis plusieurs années, il dénonce ce qu’il décrit comme un « entonnoir entrecroisé » : des gens voulant prendre une sortie de l’autre côté de la route dépassent les camions, et puisque les autres sorties ne sont pas loin, freinent au dernier moment.

« C’est reconnu comme étant la jonction d’autoroute la plus dangereuse pour les camions au Québec en ce moment », a-t-il déclaré.

Les gens te freinent dans la face. Ils coupent à la queue-leu-leu, et c’est probablement ce qui s’est passé hier. C’est de même tout le temps.

Steve Mercier

Après avoir eu vent de l’accident hier après-midi, M. Mercier a publié une vidéo sur sa page Facebook dans laquelle il dénonce ce qu’il perçoit comme étant de l’inaction dans ce dossier.

Que la configuration de la route soit en cause ou pas, Patrick Plamondon, camionneur depuis 12 ans, rappelle aux automobilistes l’importance de se tenir loin des poids lourds, autant que possible.

« Des fois, les gens n’ont pas conscience qu’on ne voit rien. Je ne veux pas critiquer les automobilistes, loin de là. Mais ils n’ont pas conscience que dans l’angle mort d’un camion, c’est dangereux, évoque-t-il. Reste loin. À la limite, klaxonne, mais assure-toi que le camionneur t’a vu. Toutes les semaines, je me fais couper. »