Déjà récompensé au Festival d’architecture mondial, à Amsterdam, le projet de structures gonflables imaginé par la firme montréalaise Kanva vient de se distinguer une fois de plus en remportant l’un des 20 prix du concours canadien d’architecture international AZ Awards.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Ce projet, qui avait pour but de couvrir et d’animer le chantier de réfection des infrastructures souterraines de la rue Sainte-Catherine, a pourtant été boudé par Montréal.

Baptisé Imago, il a remporté le concours de design lancé par la Ville de Montréal à l’automne 2016, qui y voyait un « geste emblématique ». Il n’a toutefois jamais vu le jour parce que l’administration Plante a décidé, en janvier 2018, de l’abandonner, estimant « qu’il y avait trop d’incertitudes » quant à l’impact sur l’échéancier des travaux. 

Architecte et cofondateur de Kanva, Tudor Radulescu continue à trouver cela dommage. « On est convaincus, comme on l’était en 2016, que c’est une façon adéquate et élégante de répondre aux défis d’un chantier comme la rue Sainte-Catherine », affirme-t-il.

Le rejet de l’administration Plante n’a pas empêché Imago de remporter, en décembre 2018, le prix « expérimental » dans la catégorie Projets futurs au Festival d’architecture mondial. À cela s’ajoute maintenant le prix remis aux AZ Awards, dans la catégorie « idées et prototypes », puisqu’il est resté au stade de projet.

1175 candidatures

Ce concept verra-t-il le jour ailleurs dans le monde ? « Je ne veux pas dire non, répond M. Radulescu. Il peut servir sur d’autres artères commerciales. Pas juste sur Sainte-Catherine. C’est une valeur ajoutée dans le contexte de commerces qui ont besoin d’amour et d’achalandage pendant plusieurs mois. »

Le concours canadien AZ Awards, même s’il n’a pas la renommée de celui d’Amsterdam, décerne des prix recherchés : 1175 candidatures en provenant de 50 pays ont été reçues. Et 20 lauréats ont été choisis parmi 68 finalistes. Plusieurs projets gagnants sont là pour nous rappeler que l’architecte a aussi pour but de nous faire rêver : musée sous une dune de sable, immeuble infini, bibliothèque sans livres, centre d’art en forme de bulle de savon (voir capsules ci-contre).

Pièce infinie

Autre Montréalais récompensé aux AZ Awards, l’architecte Jean-Maxime Labrecque cumule les prix. Son projet, nommé Immeuble infini, a été primé dans la catégorie Installation temporaire et expérientielle, à Toronto. En janvier, il avait reçu un Grand Prix du design, à Montréal, et en avril, le Prix d’excellence de l’Ordre des architectes. De quoi s’agit-il ? D’une installation d’art dans une maison privée de Montréal. À la demande des propriétaires, M. Labrecque a conçu une œuvre unique dans un sous-sol d’une hauteur de 6 pieds et 6 pouces. Tous les murs, les planchers et les plafonds ont été recouverts de miroirs. L’espace se divise en deux lieux distincts. Dans le premier, un couloir mène à l’étage et dissimule du rangement derrière une série de portes noires. Dans l’autre, une pièce carrée tapissée de miroirs est dotée d’une épaisse porte. 

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Le projet de l'architecte montréalais Jean-Maxime Labrecque, nommé Immeuble infini, a été primé dans la catégorie Installation temporaire et expérientielle, à Toronto.

Musée sous le sable

Autre projet primé : le Musée d’art Dune, salué dans la catégorie Meilleur immeuble de moins de 1000 mètres carrés du concours AZ. Construit entièrement sous le sable, il se trouve au bord de la mer, dans le nord de la Chine. Ses concepteurs, Beijing Open Architecture, ont voulu le fondre dans le décor pour préserver la nature. Il se présente sous la forme d’une série de structures organiques qui émergent de la dune. Les galeries souterraines, semblables à des grottes, sont baignées de lumière naturelle grâce à de larges ouvertures. Le sable permet aussi de conserver une certaine fraîcheur dans les pièces en été. C’est tout sauf conventionnel.

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Le Musée d’art Dune, dans le nord de la Chine, salué dans la catégorie Meilleur immeuble de moins de 1000 mètres carrés du concours AZ.

Biblio-navire

L’étonnante bibliothèque centrale d’Helsinki Oodi épouse quant à elle la forme d’un navire en bois. D’une superficie de 17 250 mètres carrés, elle abrite des coins lecture, une zone centrale avec des gradins, des studios d’enregistrement et de montage. Au dernier étage, sous un toit en forme de nuage, des chaises longues invitent à la détente avec une vue imprenable sur le centre-ville. Cette bibliothèque a gagné le prix du meilleur immeuble de plus de 1000 mètres carrés.

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La bibliothèque centrale d’Helsinki Oodi

Penthouse de 50 millions

Dessiné par la célèbre architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, morte en 2016, le 520 West 28th de ZHA n’a pas grand-chose en commun avec les tours vertigineuses qui poussent dans le ciel de Manhattan. Adossé au fameux High Line Park, à New York, cet immeuble résidentiel ne compte que 11 étages. Il a décroché le prix AZ dans la catégorie Meilleur immeuble résidentiel. « La voix de Zaha Hadid était l’une des plus puissantes de la seconde moitié du XXe siècle », rappelle Thom Mayne, architecte et président du jury des AZ Awards. Prix du penthouse au toit-terrasse tentaculaire de 637 mètres carrés : 50 millions US !

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Le 520 West 28th de ZHA, à New York

Bibliothèque sans livres

À Cambridge, dans le sud-ouest de l’Ontario, la firme RDHA a donné une nouvelle vocation à un ancien bureau de poste en ruine. Le bâtiment patrimonial de style victorien érigé en 1885 est la première bibliothèque « sans livres » au Canada. Doté d’un pavillon en verre de 9000 pieds carrés construit en porte-à-faux, il comprend notamment des espaces d’apprentissage et de créativité, un marché, des studios d’enregistrement, une salle de conférence, un toit végétal et une grande terrasse. Ce projet a été primé dans la catégorie Meilleure réutilisation d’un bâtiment existant.

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Ce bâtiment patrimonial de style victorien érigé en 1885 est la première bibliothèque « sans livres » au Canada.

Bulles de savon

Destiné aux jeunes, le Centre d’art international Hele, à Wuhan, en Chine, s’inspire des bulles de savon. Cet immeuble, qui s’est imposé dans la catégorie Meilleure institution au concours AZ, offre des cours de ballet, de musique, de peinture et d’arts martiaux à quelque 2000 enfants. L’organisme gouvernemental China Poly Education, à la tête du projet, voulait réaliser un centre ludique pour plaire à sa jeune clientèle. À l’intérieur, les escaliers et les murs blancs se tordent et s’enroulent pour imiter des bulles de savon qui s’étirent et se déforment. Le résultat est réjouissant.

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Le Centre d’art international Hele, à Wuhan, en Chine