Le salaire de base des maires des villes défusionnées est « plus raisonnable en moyenne » que celui versé dans les villes de la grande région de Montréal, constate la spécialiste des affaires municipales Danielle Pilette, professeure à l’UQAM.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Dans l’île de Montréal, des villes de banlieue reconstituées comme Beaconsfield, Dollard-des-Ormeaux, Westmount ou Mont-Royal versent un salaire moyen de 46 000 $ à leur maire. Le plus haut salaire s’élève à 74 000 $ et le plus bas, à 14 000 $. Dans la couronne sud, la rémunération moyenne des maires est de 59 000 $, avec toutefois un écart plus important entre le maximum, 138 270 $, et le minimum, qui se situe à 8000 $.

« Tout est plus modeste dans les villes reconstituées » et cela s’explique, dit Mme Pilette.

« Ce sont des municipalités favorisées où les élus représentent une élite. En général, les élus veulent être discrets et modestes dans leur rémunération parce que de toute façon, la réputation de la population, c’est d’être bien nantie. » — Danielle Pilette

La professeure s’appuie sur des données provenant de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui a mené une enquête auprès de ses membres à l’été 2018. Quatorze des quinze villes reconstituées de l’île de Montréal y ont participé. Dans la couronne sud, 27 municipalités ont répondu aux questions de l’UMQ.

Selon Mme Pilette, l’enquête de l’UMQ tend à montrer que les salaires de base des maires dans les villes défusionnées sont « beaucoup plus restreints ». « Ils se versent des salaires plus raisonnables en moyenne », observe-t-elle.

Salaire et primes

Les chiffres de l’UMQ correspondent au salaire de base, c’est-à-dire qu’ils ne prennent pas en compte les primes versées relativement à d’autres fonctions assumées par les maires et pour lesquelles ils sont rémunérés (comité exécutif, poste dans un organisme municipal de transport, siège à l’agglomération ou à la Communauté métropolitaine de Montréal, par exemple). Cela exclut également l’allocation de dépenses fixée par la loi. Le cumul des rémunérations est désormais permis par le gouvernement du Québec.

La comparaison avec les villes plus importantes ou plus populeuses laisse voir une tendance à la hausse de la rémunération des élus. Dans la couronne sud, la mairesse de Longueuil trône au sommet quant à son salaire de base, soit 138 270 $ en 2018 (il est passé à 148 090 $ en 2019).

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvie Parent, mairesse de Longueuil

Mais comme l’a révélé hier La Presse, la rémunération de la mairesse Sylvie Parent ne s’arrête pas à son salaire de base. Mme Parent empochera une rémunération de 240 404 $ en 2019. Elle bat ainsi tous les records de rémunération parmi les grandes villes au Québec, y compris Montréal, où la mairesse Valérie Plante touche 185 000 $ pour l’année en cours.

À la faveur d’un changement législatif (découlant du projet de loi 122) qui accorde plus d’autonomie aux municipalités, y compris le plein contrôle du traitement des élus, la mairesse Parent additionne désormais son salaire de base et les différentes primes liées à ses fonctions. Ainsi, les fonctions de Mme Parent au sein de l’agglomération, de la Communauté métropolitaine de Montréal et de l’Autorité régionale de transport métropolitain lui permettent d’obtenir une rémunération de 223 637 $, à laquelle il faut ajouter l’allocation de dépenses de 16 767 $. Total : 240 404 $.

Vision « professionnalisante »

Selon Danielle Pilette, c’est la démonstration d’une tendance de plus en plus importante, maintenant qu’il n’y a plus de balises légales, vers un rattrapage salarial. Celui-ci consiste à rapprocher les rémunérations de la mairie et de la direction générale.

La professeure explique que certains maires estiment avoir une plus grande légitimité que des députés et même que le premier ministre du Québec ou du Canada parce qu’ils sont élus au suffrage universel. Par ailleurs, certains maires administrent des budgets plus importants que ceux de certaines provinces, notamment dans les Maritimes, souligne-t-elle.

« C’est une vision que j’appelle professionnalisante de la politique. Ce sont des gens qui se comparent avec des premiers ministres et qui se voient dans une carrière de pouvoir. On observe d’ailleurs de plus en plus de passages de la politique fédérale et provinciale vers le municipal et vice versa », analyse Danielle Pilette. Elle donne l’exemple de l’ancien maire de Victoriaville Alain Rayes, devenu député conservateur, et celui de Denis Coderre, qui était passé du Parti libéral du Canada à la mairie de Montréal en 2013.

Quant à savoir si les maires et, plus largement, les conseils municipaux sont en conflit d’intérêts lorsqu’ils s’attribuent des hausses de rémunération, Mme Pilette se montre tranchante. « C’est ça, la vraie question. »

Salaire « un peu gênant »

Le chef de l’opposition officielle à Longueuil estime que la rémunération record de 240 000 $ de la mairesse Sylvie Parent, « c’est payant, mais c’est aussi un peu gênant ». Xavier Léger invite donc Mme Parent à corriger ce « déséquilibre » en déposant un règlement municipal pour établir un plafond, comme le faisait la loi jusqu’en 2018. « La mairesse a délibérément choisi de cumuler plusieurs fonctions, notamment au niveau régional. Que ce soit pour des raisons de rémunération ou pour concentrer le pouvoir, c’est sûr que c’est payant, mais c’est aussi un peu gênant », a affirmé à La Presse M. Léger. Selon lui, la rémunération de Mme Parent devrait être « sensiblement proportionnelle à la taille de la population de la municipalité ». Longueuil compte 246 000 habitants, alors que l’agglomération en totalise environ 420 000.