Un groupe de citoyens « s'oppose fermement » à l'arrivée prochaine à l'aéroport de Saint-Hubert de Boeing 737-200 qui décolleront cinq fois par semaine, dont une fois en pleine nuit, afin de desservir Baffinland Iron Mines, une société minière située dans l'île de Baffin, au Nunavut.

Mis à jour le 18 mars 2019
ISABELLE HACHEY LA PRESSE

Ces vols étaient jusqu'à maintenant assurés par la compagnie Nolinor, qui les a déménagés de Kitchener à Mirabel en 2016 parce que les citoyens de la région de Waterloo se plaignaient du bruit des Boeing 737-200.

Ces avions conçus en 1968 ont l'avantage de pouvoir atterrir dans les pistes de gravier du Grand Nord.

« Nous nous sommes installés dans un aéroport qui n'a que des vaches pour voisins », avait déclaré Dave Morgan, à l'époque directeur des opérations de Nolinor, au Waterloo Region Record.

« On a dû déménager de Kitchener à Mirabel parce qu'il y avait trop de plaintes en raison du bruit », a confirmé à La Presse le vice-président de Nolinor, Marco Prudhomme.

Depuis 2016, Nolinor a effectué plusieurs vols par semaine entre Mirabel et l'île de Baffin, dont « deux ou trois » vols cargos à 2 h 30 du matin, selon M. Prudhomme.

Une entreprise concurrente, Chrono Aviation, vient toutefois de ravir à Nolinor le contrat de Baffinland Iron Mines. À partir du 1er avril, ses Boeing 737-200 décolleront de l'aéroport de Saint-Hubert, qui a renforcé sa piste l'an dernier dans l'espoir d'attirer, notamment, des transporteurs au rabais.

« Les vols de nuit qu'on avait déménagés près des vaches pour ne plus avoir de plaintes à propos du bruit, on les transfère maintenant à Saint-Hubert, dans un milieu densément peuplé », s'inquiète Johanne Domingue, présidente du Comité anti-pollution des avions - Longueuil (CAPA-L).

« C'est impossible qu'il y ait des vols de nuit à Saint-Hubert, s'indigne-t-elle. On vient de régler un recours collectif avec les écoles de pilotage pour qu'ils aient des couvre-feux à 23 h et qu'ils installent des silencieux ! »

CINQ VOLS PAR SEMAINE

« Il va y avoir cinq vols par semaine, dont un de nuit », confirme le président du conseil d'administration de l'aéroport de Saint-Hubert, Charles Vaillancourt.

Le vice-président de Chrono Aviation, Dany Gagnon, assure cependant que ses Boeing « ne sont pas plus bruyants que la dernière génération des Boeing. [...] Des systèmes se vendent sur les Boeing 737-200 pour réduire le bruit des avions. »

« Les citoyens, ajoute-t-il, ne pourront jamais faire la différence entre un Boeing de Chrono et un Boeing de Canada Jetlines », qui a annoncé en février son intention de s'installer à l'aéroport de Saint-Hubert pour offrir des vols au rabais vers des destinations québécoises et américaines, comme New York et la Floride.

« La volonté de l'aéroport, c'est de se développer. Le comité de citoyens n'a pas fini de crier », prédit M. Gagnon.

Mme Domingue soutient d'ailleurs que la transformation de l'aéroport se fait sans véritable consultation avec la population locale. « Il n'y a aucun plan d'action. Tout est fait en cachette », regrette-t-elle.

Le 1er mars, le CAPA-L a écrit au président du C.A. de l'aéroport, Charles Vaillancourt, pour lui souligner que le comité de gestion du bruit mis en place dans la foulée d'un jugement rendu en 2015 ne s'était réuni qu'une seule fois en 2018 - et jamais cette année. Mme Domingue siège à ce comité.

« L'arrivée de gros porteurs et les conséquences futures sur la qualité de vie des citoyens n'ont jamais fait l'objet d'un point à l'ordre du jour de l'une des rares rencontres du comité consultatif sur le climat sonore », lit-on dans cette lettre.

« Manque de transparence », dénonce le CAPA-L

M. Vaillancourt explique que le climat est très tendu au sein du comité de gestion du bruit depuis que le CAPA-L a déposé une plainte pour outrage au tribunal contre un dirigeant d'une école de pilotage, membre du comité, parce qu'un de ses avions avait volé hors des heures permises. « Cela devenait difficile de tenir des réunions dans un contexte où la poursuite pour outrage au tribunal est encore en cours. »

Mme Domingue n'en déplore pas moins le « manque de transparence » des dirigeants de l'aéroport. « Il n'y pas de réunion du comité sur le climat sonore, pas d'études d'impacts sur la collectivité, pas de consultations publiques », énumère-t-elle.

Faux, rétorque M. Vaillancourt. « Des consultations publiques sont prévues dans le processus d'approbation du plan directeur de l'aéroport ; elles vont se faire d'ici l'été, dit-il. L'aéroport est dirigé par un conseil d'administration très représentatif de la communauté. [...] Je pense qu'on est bien connectés dans la collectivité et qu'on a le soutien de toutes les parties prenantes, sauf le CAPA-L, pour qui toute augmentation de trafic à l'aéroport est vue comme menaçante. »

M. Gagnon estime pour sa part que les citoyens de Saint-Hubert ont tout à gagner de la transformation de l'aéroport, qui aura pour effet de limiter les activités des écoles de pilotage. Selon lui, les petits appareils, qui tournoient sans relâche au-dessus de l'aéroport à 1200 pieds d'altitude, peuvent être beaucoup plus irritants que les gros aéronefs.

« Si jamais Saint-Hubert réussit son pari et développe un aéroport avec des mouvements de low cost, ce sera tant mieux pour les citoyens, dit-il. Il y aura assurément moins d'avions d'école dans le ciel et les citoyens vont vite comprendre qu'un Boeing, quand ça met de la puissance et que cela décolle, c'est une affaire de 30 secondes. »