Le gouvernement Legault a décidé de placer sous tutelle la Ville de Chambly, mercredi, quelques heures après une série de perquisitions de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), à l'hôtel de ville, notamment. Et avis à toutes les municipalités : il entend resserrer les règles d'éthique et donner plus de pouvoir à la Commission municipale du Québec (CMQ).

TOMMY CHOUINARD ET PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN LA PRESSE

La journée de mercredi marquait la date limite de paiement des taxes pour les citoyens de Chambly. Mais ce sont plutôt les limiers de l'UPAC qui ont cogné à la porte de la municipalité. Tôt mercredi matin, les policiers ont investi l'hôtel de ville, le garage municipal et des bureaux administratifs afin de mener des perquisitions. Aucune arrestation n'a eu lieu, l'opération se déroulant « en cours d'enquête ».

Puis en après-midi, c'était au tour de Québec de se manifester. Le gouvernement a annoncé qu'il plaçait Chambly sous tutelle.

À la sortie d'une réunion du Conseil des ministres, la responsable des Affaires municipales, Andrée Laforest, a expliqué que la municipalité « a fait les manchettes » dans les dernières années pour plusieurs raisons : « expulsion de citoyens lors de séances du conseil, poursuites en diffamation par le conseil municipal contre des citoyens, envoi de mises en demeure à des citoyens s'opposant à des projets de la municipalité, allégations à l'effet que le maire abuserait de ses pouvoirs, intimiderait et harcèlerait psychologiquement différentes personnes dont des employés de la Ville ».

La ministre a rappelé qu'elle avait demandé une enquête de la CMQ il y a quelques mois - enquête toujours en cours - au sujet « d'allégations relatives à des manquements en matière d'éthique et de déontologie ». Elle a ajouté que le Commissaire à l'intégrité municipale et aux enquêtes se penchait sur des « divulgations d'actes répréhensibles en lien avec l'administration de la Ville ».

« On a eu énormément de lanceurs d'alerte auxquels on fait énormément confiance aussi qui nous ont téléphoné, qui ont écrit des lettres au Ministère », a-t-elle ajouté. Mme Laforest n'a pas donné de détails sur les allégations, prétextant que des enquêtes étaient en cours.

Quelque 6000 citoyens ont signé une pétition pour dénoncer les dysfonctionnements dans l'administration de leur ville, ce qui est « vraiment considérable », a-t-elle fait valoir.

L'intervention de la police, mercredi, est la goutte qui a fait déborder le vase à Québec. « Quand j'ai vu l'UPAC se déplacer sur les lieux de Chambly, ça change la donne complètement [...]. On est rendu loin », a-t-elle affirmé.

« Il faut rétablir la crédibilité de l'administration de Chambly et surtout, surtout, la confiance de la population envers la Ville. La mise sous tutelle de la Ville de Chambly est le fruit d'une décision très bien réfléchie. » - Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales

La tutelle entre en vigueur maintenant. Les tuteurs seront nommés bientôt. Concrètement, le conseil municipal continuera de se réunir, mais ses décisions devront être approuvées par la CMQ. Cette dernière aura des pouvoirs en matière de finances, comme l'approbation du budget. Elle devra signer tous les documents financiers et administratifs. Elle aura le pouvoir de nommer, de destituer, de suspendre sans traitement ou encore de remplacer les officiers, les fonctionnaires et les employés de Chambly.

En congé de maladie depuis la mi-novembre, le maire Denis Lavoie a dénoncé la perquisition dans une entrevue à TVA. « J'ai fait 25 ans dans la police, je veux défendre le comportement policier, mais des fois, il y a de l'indéfendable », a-t-il dit. Même s'il était absent au moment de la perquisition, il dit avoir été informé des questions posées par les policiers et a déploré le « peu de substance des questions », y voyant des allégations sans fondement.

Par ailleurs, Andrée Laforest a annoncé son intention de déposer un projet de loi pour « resserrer les règles d'éthique et de déontologie dans les municipalités ». Elle compte également « donner plus de pouvoir » à la CMQ « pour faciliter ses interventions », « accompagner les municipalités » et « redonner confiance aux citoyens ».