Préoccupée par le climat de suspicion à la Ville de Montréal, la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ) souhaite développer « une relation contractuelle mutuellement intéressante pour tout le monde ».

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Le vice-président directeur de la CEGQ, Éric Côté, veut améliorer le dialogue, compte tenu de la situation évoquée hier par La Presse, des conditions qualifiées de « pénalisantes » à l’égard des entrepreneurs lorsque ceux-ci réalisent des avis de changements, communément appelés « extras ». « À la CEGQ, on souhaite s’asseoir rapidement avec la Ville de Montréal pour corriger la situation, mettre un terme à cette culture de confrontation. […] À l’heure actuelle, l’intérêt du public n’est pas bien servi », estime M. Côté.

Ce dernier souligne que les entrepreneurs n’ont aucun pouvoir de négociation avec la Ville lorsque des extras sont demandés sur un chantier. Les avis de changements sont exécutoires et l’estimation des coûts des travaux à effectuer peut être revue et corrigée par la Ville. L’entrepreneur fait face au risque de faire les travaux sans profit, souligne M. Côté. « C’est une culture pénalisante qui encourage malheureusement des pratiques. Il faut s’entendre sur des coûts réels et que la Ville soit prête à les payer », ajoute-t-il.

Sans nommer l’arrondissement montréalais et l’entrepreneur général en cause, M. Côté donne l’exemple récent d’un cas où la Ville aurait réclamé la réalisation d’extras alors que l’enveloppe budgétaire prévue pour le projet était vide. « Même s’il n’y avait plus de fonds disponibles, les fonctionnaires exigeaient que les travaux soient faits. Leur demande est exécutoire. Le rapport de force est inégal », dit-il.

« On a étiré la sauce »

Dans la plupart des contrats, Montréal accorde 6 % de la valeur des extras pour couvrir les frais d’administration et les profits de l’entrepreneur général. De son côté, le sous-traitant peut obtenir 12 %. Plusieurs entreprises contestent ces pourcentages qui devraient, selon elles, être ajustés selon l’ampleur des extras : plus l’extra est petit, plus le pourcentage doit être élevé.

En comparaison, le gouvernement du Québec accorde une majoration de 10 ou 15 % lors des avis de changements, souligne Éric Côté.

Selon lui, le climat qui règne à la Ville de Montréal a des allures de ressac des travaux de la commission Charbonneau. « On a étiré la sauce de l’ère de la commission Charbonneau, de la suspicion et de la méfiance à sa limite. On en voit les conséquences : des entrepreneurs délaissent les travaux publics, le nombre de soumissionnaires est en diminution. Ce n’est pas sain pour le marché, ce n’est pas dans l’intérêt du public. C’est clair que nous allons solliciter une rencontre avec la Ville », affirme le dirigeant de la CEGQ.

Au-delà des sommes accordées aux entrepreneurs, il y a aussi un problème de retard dans les paiements. Montréal et Laval sont parmi les donneurs d’ouvrage publics qualifiés de « mauvais payeurs » par des entrepreneurs.