La Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation recommande à la Ville et à l'agglomération de Montréal d'imposer un « temps d'arrêt » au projet touristique et commercial Royalmount, « afin que le projet final puisse offrir une réponse adéquate aux besoins de la population montréalaise ».

Mis à jour le 25 janv. 2019
BRUNO BISSON LA PRESSE

La commission recommande de plus qu'en « l'absence d'une entente négociée » avec le promoteur du projet, Carbonleo, la Ville de Montréal et l'agglomération utilisent tous les « outils légaux requis pour imposer la suspension du projet dans sa forme actuelle ».

Cette commission mixte du conseil municipal de Montréal, formée de 11 élus de villes liées ou des arrondissements montréalais, examine depuis novembre dernier les impacts du projet Royalmount, prévu sur des vastes terrains industriels désaffectés à l'intersection des autoroutes 15 et 40, au coeur de Montréal.

Ce projet, estimé à plus de 2 milliards de dollars, prévoit la construction d'un grand ensemble d'hôtels, de tours à bureaux, de commerces et restaurants de haut de gramme dotés de deux salles de spectacle, un cinéma, un aquarium et même, possiblement, un parc aquatique.

Un volet résidentiel pouvant accommoder jusqu'à 6000 logements, sur une période de 20 ans, pourrait se greffer au projet commercial de Carbonleo.

Le projet est entièrement privé. Sa vocation commerciale est conforme au zonage des terrains situés dans le territoire de la Ville de Mont-Royal. La municipalité, qui compte 21 000 habitants, l'a approuvé. Les permis nécessaires ont été émis, les premiers travaux de construction sont déjà commencés.

Controversé

Le projet est toutefois controversé parce qu'il attirera jusqu'à 140 000 visiteurs par jour à l'intersection des deux autoroutes les plus congestionnées du Québec.

Les études et les engagements du promoteur visant à limiter l'augmentation du trafic sur les autoroutes n'ont visiblement pas convaincu les élus, qui citent les nuisances liées à « l'intensification de la congestion routière » parmi les motifs justifiant une pause de la part du promoteur.

Les recommandations ont été acceptées sur division, à la surprise apparente du président de la commission, le conseiller municipal du Mile-End, Richard Ryan. Les maires de Montréal-Est, Robert Coutu, et Dollard-des-Ormeaux, Alex Bottausci, ont voté contre leur adoption. Le maire Coutu a annoncé qu'on songe à présenter un « rapport minoritaire » à l'occasion du dépôt de ces recommandations au conseil municipal de Montréal, le 25 février prochain, et au conseil d'agglomération de Montréal, le 27 février.

Les projets de l'envergure de Royalmount sont rares. Depuis l'automne dernier, les consultations publiques ont pourtant révélé l'absence de toute planification d'ensemble du projet, et ce, dans un secteur urbain appelé Namur-De la Savane qui est en chantier partout et qui vit déjà des problèmes de congestion routière importants.

Ainsi, au moins une douzaine de projets immobiliers sont en cours ou en planification dans les municipalités de Côte-Saint-Luc et Mont-Royal et les arrondissements de Saint-Laurent et Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de Grâce, en plein centre de l'île de Montréal. Jusqu'à 20 000 logements devraient être construits dans ces secteurs, sans concertation entre les administrations et les promoteurs, et sans étude globale pour en évaluer les impacts sur un réseau routier insuffisant.

Et Royalmount est au beau milieu de ce secteur.

À échelle humaine

Les 15 recommandations adoptées jeudi entraîneraient une redéfinition complète du vaste projet touristique et commercial de plus de 2 milliards prévu à l'intersection des autoroutes 15 et 40, dans la municipalité de Mont-Royal.

La commission recommande ainsi que le volet résidentiel du projet soit placé au centre du développement prévu sur ces vastes terrains industriels désaffectés d'une superficie équivalant à 40 terrains de football.

Les recommandations formulées vont aussi dans le sens de la planification d'un quartier « à échelle humaine » avec commerces de proximité, écoles et services normalement offerts aux résidants d'un quartier mixte. Ce qui correspond assez peu à la vocation prévue de Royalmout.

La commission souhaite aussi lancer un message fort aux élus de l'ensemble de l'île de Montréal pour que les arrondissements montréalais et les villes liées de l'agglomération travaillent ensemble au développement de leur territoire et que ce développement s'inscrive dans une démarche cohérente.

Dans un communiqué jeudi, le promoteur Carbonleo s'est dit « confiant en l'avenir du projet ». L'entreprise « entend profiter des prochains jours pour faire l'analyse détaillée » des 15 recommandations de la commission.

« D'emblée, Carbonleo annonce qu'il répond favorablement aux recommandations proposant d'intensifier la concertation dans les prochaines années, afin d'améliorer un projet de classe mondiale. »