Montréal compte refaire l'ensemble des clôtures qui protègent ses piscines extérieures à la suite de la noyade l'été dernier d'un jeune de 15 ans, a appris La Presse. Des grillages ne respectent pas les normes et sont trop faciles à franchir.

Publié le 16 janv. 2019
PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN LA PRESSE

Un soir de juillet dernier, Mohamed Ndimurwanko a escaladé la clôture ceinturant la piscine extérieure du parc Marcelin-Wilson, dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville. Après avoir plongé dans le bassin d'eau, l'adolescent de 15 ans s'est noyé.

Le rapport du coroner sur les circonstances précises entourant la mort du jeune homme n'a pas encore été rendu public, mais la Ville de Montréal a décidé de prendre des mesures pour améliorer la sécurité autour de ses piscines. Quelques semaines après la noyade, la métropole a analysé l'état des clôtures protégeant l'ensemble de ses piscines et de ses pataugeoires et constaté que les grillages de 62 de ses 74 piscines extérieures ne répondaient pas aux normes : leurs mailles sont trop grosses.

«Le rapport d'enquête a démontré qu'il y avait une faille de sécurité, ce qui permettait à des petits pieds de grimper dans les grillages», indique Émilie Thuillier, mairesse d'Ahuntsic-Cartierville.

Depuis 1977, le règlement sur la sécurité des bains publics stipule que les piscines ainsi que les pataugeoires doivent être inaccessibles au public en dehors des heures d'ouverture. Pour en interdire l'accès, les règles imposent l'installation d'une clôture d'une hauteur minimale de 1,20 m et dont les mailles du grillage ne mesurent pas plus de 38 mm (1,5 po).

Si les clôtures ceinturant les piscines de Montréal sont suffisamment hautes, variant de 1,80 m à 2,4 m, la métropole a toutefois constaté que certaines clôtures ont des mailles beaucoup plus larges. C'était d'ailleurs le cas de la piscine du parc Marcelin-Wilson, aménagée en 1962, soit avant ces règles. 

Ahuntsic-Cartierville a depuis remplacé le grillage de la piscine où le jeune Mohamed Ndimurwanko s'est noyé.

«Quand on fait des rénovations, on doit se mettre aux normes, mais il n'y [avait] probablement pas eu de travaux sur cette clôture depuis longtemps. C'est pour cela que ça a été un peu une surprise de se rendre compte que la clôture était trop large», relate Émilie Thuillier.

«C'est quand même étrange que ça n'ait pas été fait plus tôt, que personne depuis 1977 ne se soit rendu compte que les mailles étaient trop grosses», a renchéri Hadrien Parizeau, élu responsable des sports et loisirs au sein de l'administration Plante.

Programme panmontréalais

La facture pour remplacer les grillages étant élevée pour les arrondissements, la Ville de Montréal a décidé de mettre en place un programme. Celui-ci vise à mettre aux normes «les clôtures ceinturant l'ensemble des installations aquatiques extérieures d'ici le début de la saison 2019».

Bien que les piscines relèvent des arrondissements, ce sont ainsi les services centraux de la métropole qui épongeront la facture. Montréal demandera toutefois à ses administrations locales de s'engager formellement à maintenir en bon état les clôtures qui seront refaites. Le programme ne couvre pas les 15 villes liées au sein de l'agglomération.

Un appel d'offres a été lancé à la fin de novembre et Montréal prévoit accorder deux contrats à la fin de janvier. L'entreprise G. Daviault recevra 635 000 $ pour refaire les grillages dans l'Ouest-de-l'Île, tandis que Clôtures Summum recevra 728 000 $ pour refaire celles dans l'Est.

Les travaux devraient ainsi débuter vers le 18 février et s'étendre jusqu'au 3 mai. Pour éviter de fermer des piscines en pleine saison chaude, les travaux auront lieu cet hiver. Si les travaux devaient s'étirer, Montréal prévoirait des mesures de mitigation pour les usagers.

«On veut s'assurer qu'à l'ouverture de la prochaine saison de baignade, l'ensemble des piscines soient aux normes. On veut éviter que des jeunes escaladent les grillages et aillent dans les piscines en dehors des heures», dit Hadrien Parizeau.

Chantiers simultanés

Pour que le travail soit réalisé rapidement, Montréal a divisé les travaux en deux contrats. Chaque entreprise devra mettre sur pied plusieurs équipes, de sorte que plusieurs chantiers pourront avoir lieu simultanément. Lors des travaux, des clôtures temporaires seront en place pour éviter les incidents. Celles-ci devront mesurer 1,85 m de haut.

La Société de sauvetage du Québec voit d'un bon oeil la décision de la Ville de Montréal de refaire ses clôtures. «On ne sait pas encore si le rapport d'investigation du coroner va identifier la clôture comme un facteur, mais si on veut se rendre conforme, on ne peut pas être contre. La réglementation a été pensée pour empêcher les jeunes d'escalader et de se retrouver près des plans d'eau sans surveillance», a dit son directeur général, Raynald Hawkins.

Montréal estime être dans l'obligation de mener ces travaux, s'exposant à des poursuites. «De plus, certaines des installations aquatiques pourraient se voir dans l'obligation de fermer temporairement à la suite de l'émission d'un avis de non-conformité par la Régie du bâtiment du Québec.»