Le marché Jean-Talon peine à remplir son mail d’hiver. Une semaine après la fin de la saison estivale, moins de la moitié des emplacements intérieurs sont occupés, et plusieurs risquent de rester vides.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

La Presse a appris que 16 des 54 espaces du mail hivernal cherchaient preneurs. Du jamais-vu au marché Jean-Talon.

« On est dans une période de transition », a affirmé hier Robert Beaudry, responsable du développement de l’habitation et du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal. « L’objectif, c’est de tester de nouvelles approches pour attirer plus de producteurs dans l’avenir. »

Cette situation exceptionnelle découle du grand ménage entrepris à la demande du contrôleur général de la métropole qui a déposé, fin 2018, un rapport qui faisait état de nombreuses irrégularités dans les marchés publics de la ville, notamment Jean-Talon, Atwater, Maisonneuve et Lachine.

Depuis une dizaine d’années, plusieurs marchands sous-louaient leurs emplacements ou les vendaient à un acheteur de leur choix, contrevenant ainsi aux règles de la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal (CGMPM), créée en 1993.

Un nouveau conseil d’administration, composé de quatre maraîchers et de cinq administrateurs de l’extérieur, a été élu le 7 octobre. Deux des quatre membres de la Corporation ont toutefois dû démissionner parce qu’ils n’étaient pas en règle.

Une assemblée générale extraordinaire aura lieu d’ici à la fin de novembre pour élire de nouveaux administrateurs.

De son côté, la Ville s’est prévalue de son droit de nommer un observateur au sein de l’organisme.

« L’urgence, c’est les baux d’hiver, indique Serge Marticotte, président du conseil d’administration de la Corporation. Depuis une semaine, le marché Jean-Talon est assez vide. On a du mal à remplir les emplacements. »

Plusieurs marchands qui détenaient des baux hivernaux dans le passé attendent le renouvellement de leur contrat. D’autres ont pris la décision de partir ou se sont fait montrer la porte par l’administration parce qu’ils enfreignaient les règlements. C’est le cas de Monique Chenail, qui sous-louait illégalement ses cinq emplacements.

« On dit aux membres : “Mettez-vous en règle”, précise M. Marticotte. On veut le moins possible de radiations. »

« Dans la plupart des cas, les irrégularités sont mineures. Mais dans d’autres cas, elles sont majeures », ajoute Robert Beaudry.

Laisser-aller

Depuis son élection, le conseil d’administration s’est réuni à trois reprises, la dernière étant hier soir. Son mandat consiste, dans un premier temps, à revoir chaque bail d’hiver pour s’assurer qu’il est aux normes, avant de le renouveler.

« Il y a eu beaucoup de laisser-aller au marché Jean-Talon depuis 10-15 ans », admet M. Marticotte.

Après les baux d’hiver, les administrateurs s’attaqueront aux baux d’été, beaucoup plus nombreux. Le marché Jean-Talon compte à lui seul plus de 460 espaces extérieurs l’été. Les locataires peuvent louer jusqu’à quatre emplacements.

Une fois le ménage fait, la Ville compte soutenir la Corporation dans sa cueillette de données sur l’achalandage des marchés publics montréalais et la provenance des produits offerts. Elle entend aussi investir dans une stratégie de recrutement de nouveaux locataires.

« Le but, c’est de donner des espaces à nos producteurs locaux », dit M. Beaudry.