Pensées suicidaires, divorces, dépressions, épuisement, traumatismes : les sinistrés des inondations de Sainte-Marthe-sur-le-Lac n’ont plus les pieds dans l’eau, mais leur détresse psychologique est bien réelle. Certains d’entre eux l’ont souligné lors d’un petit rassemblement hier après-midi.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Il y a six mois jour pour jour, la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac s’est rompue, provoquant des inondations telles que de nombreux foyers ont dû être évacués. Depuis, les sinistrés sont plongés dans une situation précaire et incertaine. Ils peinent toujours à se relever.

Une vidéo publiée sur Facebook montre un homme qui vit dans une tente à proximité de sa demeure condamnée. Les voisins, très émus par cette histoire, ont tenu à se rassembler, pancarte à la main, pour « montrer qu’ils [étaient] toujours là ».

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Un résidant vit dans une tente à proximité de sa demeure condamnée.

Beaucoup attendent toujours une réponse du ministère de la Sécurité publique (MSP) et ne savent pas s’ils doivent quitter leur domicile ou le reconstruire.

Les derniers mois ont été ardus pour Caroline Monastesse et son conjoint, Hugo Messier. Ils sont sous antidépresseurs depuis l’inondation et souffrent de choc post-traumatique causé par l’évacuation de leur maison six mois auparavant. « C’était choquant de voir l’eau monter à vue d’œil et d’essayer de ramasser toutes nos affaires », rappelle M. Messier. La 19e Avenue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, où ils résident, a été lourdement touchée par la catastrophe. Dans un rayon de 200 mètres, une vingtaine de maisons doivent être démolies.

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Les derniers mois ont été ardus pour Caroline Monastesse et son conjoint, Hugo Messier. Les deux filles du couple, âgées de 5 ans et 9 ans, sont aussi restées marquées par le sinistre.

Les deux filles du couple, âgées de 5 ans et 9 ans, sont restées marquées par le sinistre. « Elles ont commencé à être anxieuses. Elles faisaient des dessins au crayon de cire de maisons inondées, confie leur mère. J’en ai parlé à des intervenants psychosociaux qui m’ont dit que c’était normal : elles extériorisent l’évènement. »

« Nos filles ne jouent plus à cache-cache. Elles jouent à évacuer la maison », laisse tomber Mme Monastesse.

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Dans un rayon de 200 mètres, une vingtaine de maisons doivent être démolies.

« On se sent laissés pour compte »

Dans son voisinage, beaucoup sont en dépression. Certains couples se sont séparés après avoir abandonné leur maison et ont fait état de pensées suicidaires, raconte Mme Monastesse.

La famille Messier n’est pas la seule à être encore ébranlée. « Avez-vous déjà perdu 23 ans de souvenirs ? », demande Annie Chouinard, ancienne résidante de la 19e Avenue. Les 20 jours passés dans l’eau restent frais à sa mémoire. Six mois plus tard, elle doit s’occuper de la démolition de sa maison. Elle a dû arrêter de travailler pendant un temps. Mme Chouinard a trouvé un endroit où vivre avec ses filles depuis seulement un mois. Avant ça, elles vivaient séparément. « Mes filles sont très affectées. C’est dur », laisse-t-elle tomber, en pleurs.

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« Avez-vous déjà perdu 23 ans de souvenirs ? », demande Annie Chouinard, ancienne résidante de la 19e Avenue.

« C’est faux de dire que tout est réglé et tout se passe bien », dit Steve Dany, l’un des organisateurs du petit rassemblement. Il est père de quatre enfants. Deux d’entre eux vivent chez des proches, faute d’espace dans la demeure familiale, qui a subi des dommages importants. « Je suis enragé. On se sent laissés pour compte dans notre détresse et notre colère », lance-t-il.